Critique : Les Proies de Sofia Coppola

Critique : Les Proies de Sofia Coppola

Dans le sud des Etats-Unis, la guerre de Sécession fait rage. Un pensionnant pour jeunes filles se voit contrainte d'accueillir un yankee blessé par bonté chrétienne. L'ambiance se dégrade cependant très vite : alors que les plus jeunes sont fascinées par ce nouveau venu, les plus âgées tentent de le séduire, entraînant de lourdes rivalités.

Sofia Coppola avait un peu déçu la presse spécialisée comme son public, ces dernières années. On lui reprochait un cinéma moins fin, relativement vide... Mais celle qui s'est faite une place, non pas par son nom mais par son premier et réussi Virgin Suicides est toujours aussi attendue, d'autant plus lorsque le casting est composé de la crème du moment. On retrouve donc, en personnages principaux féminins Nicole Kidman, qui crève l'écran, avec un gestuel impeccable, témoignant de façon presque invisible d'une névrose intérieure, accompagnée de Kirsten Dunst et Elle Fanning. Quant au personnage masculin, il est confié à Colin Farell qui promène son agréable bouille de nounours tout au long du film. Si le choix d'un acteur au capital sympathie aussi élevé est important, le corporal qu'il interprète reste néanmoins en retrait, simple objet de convoitises. L'annonce de ce projet avait aussi suscité de nombreuses interrogations liées au film du même nom de Clint Eastwood : il ne s'agit pas d'un remake mais d'une nouvelle adaptation du même livre de Thomas P. Cullinan.

La photographie est confiée à, Philippe Le Sourd, un français pour lequel on peut avoir beaucoup de fierté - on aura déjà pu admirer son travail sur The Grandmaster de Wong Kar Wai. C'est sans aucun doute une grande qualité du film puisque l'image particulièrement soignée, grâce aux jeux d'ombres, de lumières et de couleurs, ne fait que renforcer la signification de chaque plan. La mise en scène des Proies est une réussite, appliquée mais pas établie, sobre mais pertinente. Au delà du délice visuel que provoque chaque cadre, il sert également l'oeuvre. Le meilleur exemple reste le dernier plan tout en contrastes du film, symbole d'un enfermement fascinant. C'est un thème déjà abordé dans Virgin Suicides mais ici retrouvé avec quelques nuances, une concentration différente. Sofia Coppola atteint, avec cette nouvelle oeuvre, la maturité qu'on lui attendait. Elle explore un terrain que l'on avait encore jamais vu dans sa filmographie, tout en restant fidèle à sa maison. La réalisatrice a aussi le mérite de faire des choix, bien que ceux-ci soient parfois légèrement regrettables. Elle offre un point de vue précis, préférant le tableau observateur d'une psychologie difficile plutôt que le thriller noir, voir même la satire dans lequel on aurait pu tomber. Le résultat est plutôt gentil, le film s'exempt des élans de violences et ne dissèque pas la cruauté de ses protagonnistes. S'il n'y a pas de coup de poing, c'est aussi parce qu'il n'y en a pas la volonté.

Critique : Les Proies de Sofia Coppola

En éloignant ses héroïnes, en les faisant se confronter, Sofia Coppola les rapproche. Les trois belles blondes, d'âges différents, se retrouvent autour de la figure d'un homme relativement lambda, l'homme aux allures fortes qui commettra finalement le seul tort d'être faible face aux charmes des gérantes et pensionnaires de la maison. Mais ce ne sont pas les femmes qui sont les proies, au contraire, c'est l'homme auquel tout le monde tourne, l'homme dont le rôle sera limité, l'homme qui devra se soumettre au carcan imposé aux femmes, subir les tabous de l'institution représentée par le pensionnat. Coppola apporte un regard particulier sur cette situation, mais également un peu vague, c'est du moins le principal reproche. La réalisatrice n'est ni agressive ni romantique, les intentions peuvent paraître un peu floue bien que présentes. On en gardera enfin un certain sens de l'humour, franc et naturel quant à la frustration et aux complots de ces femmes, ni gentilles, ni méchantes, seulement humaines.

Les Proies est la belle oeuvre plutôt humble, d'une cinéaste qui acquiert une certaine maturité et qui effectue un travail précis, esthétique et sensible mais auquel on reproche de ne pas avoir osé plus. Non pas pour choquer avec une conscienciosité démodée le spectateur mais pour grossir les traîts du propos, comprendre davantage la teneur de l'intrigue.

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