Voyage au bout de l'Enfer (Welcome To Vietnam)

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Genre : drame, guerre (interdit aux -16 ans)

Année : 1979

Durée : 3h03

Synopsis :

1968. Mike, Steven, Nick, Stan et Axel travaillent dans l’aciérie du bourg de Clairton, Pennsylvanie, et forment une bande très liée. À Clairton, les histoires de coeur vont bon train : Steven épouse Angela, bien qu’elle soit enceinte d’un autre, et Nick flirte avec Linda qui semble troubler Mike. Mais cette tranquilité est rattrapée par la guerre du Vietnam lorsque Mike, Steven et Nick sont mobilisés pour partir au combat…

Critique :

La guerre c'est l'enfer. Si cette phrase vous semble bateau, elle paraît beaucoup moins évidente dans le monde du cinéma, où les pires conflits mondiaux ou autres guerres alternatives se voient romancées en de simples aventures héroïques, s'embourbant dans un manichéisme totalement irrespectueux, avec d'un côté les gentils, et de l'autre les méchants. Ces oeuvres ont tôt fait d'atténuer, au cours du temps, la définition même de la guerre se résumant à la saleté, à la mort, à la désolation voire à la folie. Il est malheureusement grave de se rendre compte que la thématique psychologique dans les films de guerre est trop souvent absente ou du moins partiellement traitée car il s'agit sans doute là du point central de tous les conflits. Face au chaos, aux corps démembrés de leurs propres camarades d'arme, on nous montre souvent des soldats continuant héroïquement de tuer les méchants ennemis, chose qu'ils font sans le moindre problème même si leur meilleur ami a, 2 minutes avant, été réduit en bouillie par un obus.
Je n'ai pas peur de dire que le thème de la guerre est souvent mal traité ("maltraité" fonctionne aussi) au cinéma et de fait, les films de guerre psychologique se comptent à peine sur les doigts des 2 mains. Nous citerons de nobles classiques comme Apocalypse Now, Requiem Pour Un Massacre, Full Metal Jacket, Une Balle Dans la Tête ou des oeuvres un peu moins citées comme Au Delà de la Gloire ou encore Avoir 20 Ans dans les Aurès.

Toutes ces oeuvres montrant une vision différente de la guerre, une vision plus sombre mais aussi plus mature. Néanmoins, il est encore plus dommage de constater que toutes ces oeuvres ont un certain âge. Pour vous expliquer un peu ma passion assez récente pour la thématique psychologique de la guerre et au delà de ça, comme vous le savez, pour les films psychologiques, cela ne s'est pas fait avec un film ayant servi de déclencheur mais bien grâce à un.... jeu vidéo.
Alors, je vous vois déjà vous demander pourquoi je parle de ça. Et bien c'est parce que ce jeu se rapproche parfaitement, dans ses thèmes traités, au film ici présent, à savoir Voyage au Bout de l'Enfer, ce qui explique pourquoi ce film m'a tant marqué. Cette petite bombe du nom de Spec Ops : The Line nous invitait à suivre un général sombrant peu à peu dans la folie la plus totale face à une guerre qui le dépassait complètement et rien ne nous était épargné : phosphore blanc, exécutions sommaires, pendaisons, actions moralement discutables de la CIA, charniers humains, tortures psychologiques, massacres de civils, SSPT (syndrome de stress post-traumatique) et j'en passe.

Ce bouillon de culture a fait de tout ça un des très rares jeux vidéos réellement traumatisants ayant déjà atteint le statut d'oeuvre culte et ayant, une première dans le jeu vidéo, eu l'honneur d'avoir une véritable analyse littéraire. Bref, nous sommes sur un forum de cinéma, donc je ne vais pas m'attarder davantage mais c'est grâce à cette oeuvre en question que j'en suis arrivé à trouver les films de guerre classiques fades et presque sans intérêt. Après cette parenthèse émotionnelle, me voici l'immense honneur de chroniquer l'un des films les plus marquants et les plus durs du monde cinématographique, à savoir, comme en atteste la chronique, Voyage au Bout de l'Enfer.
Le réalisateur derrière cette pépite n'est autre que le talentueux et regretté Michael Cimino, décédé le 2 juillet 2016, qui nous a gratifié d'autres grands films tels que L'Année du Dragon, La Porte du Paradis ou encore Magnum Force. Pour la petite anecdote, c'est en apprenant sa mort que m'est venue l'idée de regarder directement un de ses films.

L'histoire autour du tournage du film a le mérite déjà de montrer le puissant impact que peut procurer le film au visionnage. Ainsi, l'acteur principal Robert de Niro a cherché à apporter le plus de réalisme possible en demandant à ce que les coups administrés lors de la scène de la roulette russe (j'y reviendrai par la suite) soient vrais. Mais l'histoire ne s'arrête pas là puisqu'il tiendra à ne pas se faire doubler lors de la scène de la fuite en hélicoptère et cerise sur le gâteau, l'acteur Christopher Walken aurait réellement craché sur le visage de Robert de Niro lors de leur dernière rencontre au Vietnam.
Cela déclenchera chez lui une colère noire que l'on pourra visionner à l'écran et qui n'a pas l'air d'être simulée. Au delà de ça, le film sera taxé de raciste par une partie de la critique au moment de la sortie, lui reprochant de ne prendre que le point de vue des américains. Ce qui ne l'a pas empêché de rafler 5 Oscars avec entre autres, l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Christopher Walken. On peut clairement parler ici d'un film polémique et à l'impact bien présent et maintenant passons à la suite.

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ATTENTION SPOILERS : Nous sommes en 1968 dans le bourg de Clairton en Pennsylvanie. Mike, Steven, Nick, Stan et Alex forment une bande très liée s'adonnant aux plaisirs de la vie rythmée par la chasse entre autres mais 1968 sonne aussi la pleine époque d'un bourbier qui n'est autre que la guerre du Vietnam. Bourbier qui détruira la tranquillité de la bande lorsque Mike, Steven et Nick seront mobilisés. Même si leur entrain et leurs convictions profondes sont présentes, tous n'en sortiront pas indemnes. FIN DES SPOILERS. Nous voici plongés pendant 3h dans l'une des guerres les plus excécrables du 21ème siècle. Guerre qui fut longtemps partagée au sein de la population américaine et sujette à de multiples controverses et polémiques dans les interventions de militants en faveur de la paix.
Cette période était très sensible et la guerre engagée était quasiment un sujet tabou et pour en revenir à ce que j'ai dit plus haut, ce n'est pas un hasard que ce film fasse polémique sachant qu'il est le tout premier à traiter de cette guerre. Et quel traitement !! Clairement, Voyage au Bout de l'Enfer n'a absolument pas usurpé son statut de légende du cinéma tant le propos est cisaillant et vrai. Et ce mot sonnera en permanence après le visionnage.

C'est un film vrai, un film qui ne s'embarque pas dans du olé-olé à grand renforts de 160 explosions à la minute, de corps déchiquetés par milliers repeignant les mangroves et j'en passe. Car avant tout, Voyage au Bout de l'Enfer est un fantastique drame humain traitant des ravages de la guerre au niveau sociétal, au niveau psychologique et au niveau de l'individu même. Et c'est peut-être ça le plus déroutant mais en même temps, le plus surprenant d'avoir cru à visionner un perpétuel champ de bataille pour au final se rendre compte que la guerre purement physique n'est qu'une toile de fond, qui sera généralement suggérée tout au long du visionnage. Michael Cimino opte pour le réalisme et à ce niveau, c'est un sans faute. Ainsi, Voyage au Bout de l'Enfer apparaît comme un véritable pamphlet déchirant contre une guerre qui n'a objectivement servi à rien, à part semer la mort en envoyant de nombreux innocents guidés par leur patriotisme aveugle. De fait, beaucoup de détracteurs se plaindront de la première partie du film, jugée trop longue, alors qu'il s'agit justement d'une étape cruciale qui n'aurait pas dû être amputée d'une milliseconde. Et c'est là où le film commence déjà à nous faire mal dans sa façon d'illustrer le quotidien d'une bande d'amis inséparables alors que nous savons très bien le désastre qui se produira par la suite.
Des amis guidés par un patriotisme exacerbé ayant juré fièrement de défendre leur pays dans la joie et la bonne humeur. Une naïveté qui les fera sombrer dans une désolation dont ils ne sortiront pas indemnes et que nous pouvons comparer aux documentaires sur la 1ère guerre mondiale avec tous ces jeunes mobilisés et partant le sourire aux lèvres sans se douter un instant de la situation dans laquelle ils se retrouveront.

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Maintenant, comme l'image ci-dessus peut en attester, les scènes de guerre sont bel et bien là dans cette 2ème partie commençant brutalement par des civils purement massacrés et des soldats brûlés au lance-flamme. Si le réalisme est présent dans le film, la radicalité l'est tout autant. Et bien qu'habitué à la violence dans le cinéma, on ne peut guère rester insensible. Cela reste cependant de la roupie de sansonnet comparé à la scène culte par excellence, qui aura fait couler beaucoup d'encre, vu que l'usage de cette pratique durant la guerre n'a jamais été formellement attestée et cette pratique n'est autre que la roulette russe. Une scène vraiment choquante, d'une violence inouïe qui ne peut laisser insensible quand on sait que les gifles étaient réellement adressées. On reste pantois devant la détresse psychologique de De Niro et Walken atteignant des sommets d'interprétation.
Sans conteste, l'une des scènes les plus marquantes du cinéma à mes yeux. 
Si les 2 premières parties du film restent profondément dures, la 3ème est à mon sens la plus nihiliste et la plus désespérée quand on récupère nos personnages ou plutôt ce qu'il en reste. La dénonciation brûlante de la guerre prend ici vraiment tout son sens face à ces personnages massacrés au nom d'un pseudo idéal, aux convictions profondes bafouées par du vide et du non-sens politique. 

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Sans jamais être grandiloquent, Cimino reste relativement simpliste et tout à fait réaliste dans la présentation de l'après-guerre et c'est peut-être finalement ça qui le rend si choquant. Nous inviter à suivre la vie de ces hommes meurtris et transformés à jamais par une guerre qui les a totalement dépassés. Et c'est à ce niveau que je me prosterne devant le réalisateur car il n'a pas seulement mis en scène et décrit les conséquences physiques d'une guerre, il a aussi montré les conséquences mentales. Un thème, comme je l'ai dit en début de chronique qui est trop peu abordé dans beaucoup de films de ce genre. Ainsi, Cimino montre qu'un soldat n'est pas un surhomme et qu'il ne tue pas comme un robot les ennemis sans arrière-pensée. Non, un soldat est avant tout quelqu'un d'humain et qui ressent de l'empathie.
De fait, Voyage au Bout de l'Enfer a une véritable dimension anthropologique. Dimension qui charcutera le spectateur dans sa mise en scène d'un Christopher Walken frappé d'un SSPT, une interprétation tout simplement mémorable d'un acteur qui n'aura en aucun cas usurpé son Oscar.

Si l'intensité et l'attraction du film sont constants tout au long du visionnage, ceux-ci atteindront un paroxysme rarement vu dans le cinéma lors de la séquence de l'ultime confrontation entre nos 2 personnages principaux. Une séquence réellement traumatisante et à l'issue d'un nihilisme extrême. La séquence finale se contentera d'enfoncer le dernier clou dans le crâne d'un spectateur totalement abasourdi par la Réalité avec un grand R de la guerre. Une interdiction aux moins de 16 ans que je ne trouve pas inutile après visionnage. En conclusion, Voyage au Bout de l'Enfer, vous l'aurez compris, n'est pas un film de guerre classique. C'est un film de guerre où la tragédie humaine est mise en avant de par sa dénonciation des véritables conséquences de la guerre.
Porté par de brillants acteurs à savoir Robert de Niro, Christopher Walken, Meryl Streep et John Cazale entre autres, ainsi que par un véritable travail sonore, Voyage au Bout de l'Enfer continue d'accumuler les qualités au grand plaisir du spectateur râlant en voyant déjà le générique de fin. Si j'aurais aimé avoir un chouïa de séquences du bourbier en plus avec une brève allusion à cette saloperie appelée Agent Orange, il n'en demeure pas moins que le film est complet de A à Z.
Brillant dans son approche et destiné à poursuivre le spectateur longtemps après le visionnage, Voyage au Bout de l'Enfer est un film qui se vit vraiment et qui nous prouve que la guerre, ce ne sont pas des explosions et des actes héroïques, mais des hommes en qui raisonne l'enfer dans leurs yeux.

Note : 19/20

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