Le Cœur régulier

Date de sortie 30 mars 2016

Le Coeur régulier


Réalisé par Vanja D'Alcantara


Avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider,

Fabrizio Rongione, Masanobu Ando, Mugi Kadowaki


Genre Drame


Production Belge, Française, Canadienne

Synopsis

Trop longtemps séparée de son frère, Alice (Isabelle Carré) se rend sur ses traces au Japon, dans un village hors du temps, au pied des falaises.  Ici, Nathan (Niels Schneider) avait retrouvé l'apaisement auprès d'un certain Daïsuke (Jun Kunimura)C'est au tour d'Alice de se rapprocher du vieil homme, et de ses hôtes.  Dans une atmosphère toute japonaise, elle se remet à écouter son cœur…

Le Coeur régulier - Jun Kunimura et Isabelle Carré

Jun Kunimura et Isabelle Carré

Olivier Adam - Auteur du roman Le cœur régulier

Comme scénariste, Olivier Adam a participé à l'écriture de Welcome et de Je vais bien, ne t'en fais pas, son premier roman, réalisé par Philippe Lioret. Ses ouvrages Poids léger et À l’abri de rien sont adaptés par Jean-Pierre Améris. En 2011, Des vents contraires (publié en 2009) est porté à l’écran par Jalil Lespert.

Olivier Adam écrit également des ouvrages pour la jeunesse, publie régulièrement dans les revues littéraires et anime des ateliers d'écriture en milieu scolaire.


Le coeur régulier - Oliiver AdamDans Le cœur régulier (publié en 2010), il parle "du Japon comme d’une sensation" ; on entend la voix de Sarah, une femme partie au Japon à la recherche des traces de son frère dans une station balnéaire déserte où se retrouvent des candidats au suicide. Et dans Les Lisières (publié en 2012), le narrateur, l’écrivain Paul Steiner, retourne dans la banlieue parisienne de son enfance pour garder son père; sans cesse, il touche les extrêmes de son existence…

À l’occasion de la sortie du film,Le cœur régulier sera réédité aux éditions Points. Ainsi qu’aux éditions Audiolib.

En 2004, Olivier Adam obtient le Prix Goncourt de la nouvelle pour son recueil Passer l'hiver.

Olivier Adam a aussi participé à la création du festival littéraire Les correspondances de Manosque.
 

Ces dernières années, je n’ai pas manqué de chance en matière de cinéma. Mes romans ont fait l’objet de plusieurs adaptations. J’ai collaboré à différents projets. Ce furent des expériences souvent passionnantes. Cependant, si je reste fier des œuvres qui en sont issus, aucune d’entre elle n’a été jusqu’ici l’expression de ma "cinématographie intime". Ni même de l’essence de mes livres. Je ne m’en plains pas. C’était inévitable et même, dans une certaine mesure, souhaitable. Je n’ai jamais cherché à voir mes romans "traduits" en films. Je n’ai jamais non plus attendu de leurs réalisateurs qu’ils me soient fidèles. Seulement qu’ils le soient à eux-mêmes, à leur vision, à leur langage. Tout au plus, mes écrits ont-ils pu leur fournir un point de départ, de cristallisation à leurs obsessions, l’amorce du chemin qu’ils cherchaient à emprunter.


Le cœur régulier, c’est autre chose. Une sorte de miracle. En le découvrant, outre sa très grande beauté plastique et sa justesse, j’ai été frappé par sa proximité, gémellaire presque, avec ma pulsation interne, mon rapport intime au temps, au cadre, au silence, aux gestes, à la géographie, aux éléments... Le film de Vanja d’Alcantara constitue à mes yeux une parfaite et lumineuse épure, au sens le plus noble du terme, japonais donc, du roman qui en a été la source. Elle en a fait surgir le cœur secret. J’ai eu la sensation très nette de découvrir sur l’écran, dénudés, étincelants, les paysages et les visages mêmes qui ont guidé son écriture. Mon Japon. Mes falaises. Mon Nathan (magnétique Neils Schneider), mon Alice (vibrante Isabelle Carré), mon Daïsuke (minéral Jun Kunimura), traits pour traits. Comme une projection directe de mon cerveau, des images mentales qui me hantaient et que j’ai tenté de traduire en phrases. De l’image aux mots. Puis des mots à l’image. Comme un boomerang.
Pourtant, je le sais, cette fidélité miraculeuse n’était pas un but pour Vanja. Et c’est ce qui rend le film si beau et profond. Dans chaque plan scintille la nécessité qui l’a animée, la singularité de sa manière. Et de son regard. Attentif au moindre bruissement, à la vie qui bat, au présent. Blocs de temps. Blocs de sensation. Blocs de vie. Prégnance des lieux. Patience des gestes. Evidence de ce qui se produit. Sans nul besoin de commentaire, d’explications, de discours. Une pleine confiance dans les pouvoirs du cinéma.
Et à vrai dire, de tout cela, je n’ai pas été surpris. Juste émerveillé. Ce fut une heureuse confirmation de ce que j’avais entrevu en regardant Beyond the steppes, en écoutant Vanja me parler du film qu’elle portait. Ce lien souterrain, presque invisible à l’œil nu, entre mon travail et le sien. C’est d’ailleurs là sans doute ce qui m’a touché dans ce projet, et m’a poussé à l’accepter sans crainte ni réserve. Comme on se reconnaît, en fraternité créatrice, en dépit des apparences, à l’instinct, au premier coup d’œil.

Olivier Adam - Le coeur régulier Olivier Adam.

Photo Christophe Levebvre - www.lavoixdunord.fr/culture

Les falaises de Tojimbo

Le village de Tojimbo est connu pour une légende. On raconte qu'un moine bouddhiste qui vivait dans le temple local est tombé amoureux d'une princesse nommée Aya. Un de ses soupirants, craignant qu'elle ne succombe à son charme, attira le moine dans un piège et le jeta du haut de la falaise. Depuis, chaque année, le moine revint sur les lieux à la même période en provoquant orages et tempêtes. Jusqu'au jour où un autre moine, pris de compassion pour le mort, vint accomplir une cérémonie rituelle en son souvenir...


Des décennies plus tard, Tojimbo est devenu le lieu d'un autre rituel : régulièrement des personnes s'y rendent et tentent d'en finir en se jetant de ses falaises.

Les falaises de Tojimbo - Japon

Certaines de ces âmes en peine ont la chance de croiser le chemin de Yukio Shige, un policier à la retraite qui arpente les lieux pour les détourner de leur idée. Il aurait empêché près de deux cents personnes de sauter dans le vide, simplement en leur parlant, et surtout en les écoutant.


Vanja d’Alcantara est née à Bruxelles en 1977. Elle étudie l’histoire à l’Université Libre de Bruxelles, puis la réalisation cinématographique au RITS. En 2002, elle part faire une année de spécialisation en écriture de scénario à la New York University. D’un voyage à l’autre, elle développe divers projets et, en 2004, elle réalise et produit son premier documentaire La Tercera Vida (La troisième vie), entièrement tourné dans une prison en Espagne. En 2006 elle réalise Granitsa, un court-métrage tourné dans le Transsibérien en Russie, qui sera sélectionné dans de nombreux festivals internationaux.
Beyond the steppes, son premier long-métrage réalisé en 2010, est le récit intimiste d’une jeune femme polonaise déportée en Asie centrale au début de la seconde Guerre mondiale. L’histoire très personnelle est inspirée du vécu de la propre grand-mère de Vanja. Le film est sélectionné en compétition officielle au festival de Locarno ; il remporte le Prix du Jury (présidé par John Malkovitch) au prestigieux Festival International du Film de Marrakech, ainsi que le prix de la Meilleure actrice aux Vlaamse Filmprijzen et le Best Director Award au Japon. Beyond the steppes est également nominé Meilleur film aux Magritte du Cinéma belge.

Entretien avec Vanja d’Alcantara

réalisé le 11 décembre 2015 à Bruxelles et relevé dans le dossier de presse.


Quand avez-vous découvert le roman d'Olivier Adam ?


D'abord, il y a eu ma découverte de Yukio Shige. Il y avait comme une espèce de magie autour de ce "sauveur des falaises", qui en faisait une belle promesse de cinéma. Mais je ne me voyais pas la légitimité de raconter l'histoire d'un japonais. J'ai mis cela de côté mais, à la longue, j'ai bien senti que cette histoire de falaise m'obsédait. Par pur hasard, je suis tombé sur le roman d’Olivier Adam dans une petite librairie suisse. Je m’aperçois qu'il est inspiré par l'histoire de Shige mais sous l’angle exact que je cherchais : un point de vue occidental sur l'étranger, un voyage vers une terre inconnue... J'ai eu l'impression que certaines pages étaient écrites pour moi. Je pensais que ce ne serait pas simple d’acquérir les droits mais j’ai envoyé un message à Olivier Adam, accompagné de Beyond the steppes, mon premier film. Il semble que cela lui ait parlé…

Le Coeur régulier

Beyond the steppes évoquait la trajectoire d'une femme, son périple dans un pays étranger. Le cœur régulier s'inscrit dans cette lignée...


Ces histoires-là m'attirent. Le Japon, le parcours initiatique d'une femme, sa quête intérieure.... Je cherchais comment m'approprier l'histoire de Shige, mais je n'arrivais pas à trouver comment y accéder. Avec ce texte, j'avais la clé, je n'avais plus qu'à m'y glisser. L'écriture n'a pas été facile pour autant, même beaucoup plus difficile que je ne l'imaginais.

Qu'est-ce qui bloquait ?


J'ai toujours pensé qu'il pouvait y avoir un malentendu autour de l'idée d'adaptation : on imagine que le point de départ d'un scénario est une oeuvre préexistante, or en réalité, c'est le désir du lecteur, ce qu'il se passe entre lui et un roman, donc en l'occurrence entre ce texte et moi, avec mespropres références personnelles. Quand je raconte une histoire que j'ai entendue ailleurs, je la transforme... On se laisse traverser, on transmet les choses différemment. Mon langage n'est pas le même que celui d'Olivier Adam. À certains endroits il y a eu une rencontre entre les deux, mais il a été le premier à me dire "Trouve ton film. Ce livre est ma fin. Je suis heureux de ce qu’il provoque en toi. C'est un nouveau parcours qui commence !".

On découvre un autre Japon...


Raconter ce pays différemment était intentionnel. Le film commence sur une vie en France très cadrée, contemporaine. Pour suivre Alice, il était difficile de l'emmener dans un Japon moderne, bruyant, mouvementé. Le film montre la nature profonde du Japon. L'idée n'était pas de l'évoquer tel qu’on le connaît, mais d’en découvrir un espace très particulier, lié à sa culture, qui rencontrerait un esprit occidental. La préparation du film m'a permis d'aller souvent là-bas, de mieux connaître la mentalité japonaise. Sans ces séjours, il est probable que je serais restée à la surface, alors que, là, je n'avais plus à me poser la question de savoir comment j'allais présenter le pays. J’ai arpenté le pays pour m’éloigner de plus en plus de la civilisation, pour finalement trouver ces îles Oki en pleine Mer du Japon, où j’ai découvert les spectaculaires "Red Cliffs", falaises vertigineuses aux couleurs volcaniques. La magie des lieux s’est révélée avec force et évidence, comme s’ils avaient été conçus pour accueillir notre histoire : la maison de Daïsuke, le village de pêcheurs, la petite place de Jirô, la pension de Hiromi, les temples et sanctuaires... Autant d’endroits si étrangers, profondément japonais, qu’on y éprouve instantanément la sensation d’être au coeur du film. Il n’y avait plus qu’à faire venir des acteurs, une caméra et une équipe. Je me suis alors retrouvée devant une toile blanche, le pinceau en main. C’est curieux car, pour Beyond the steppes, on m’avait fait la réflexion que mon style était “calligraphique”, alors que le film n’avait rien à voir avec le Japon ! C’était prémonitoire. J’aime aborder chaque étape du processus comme si c’était le premier trait de pinceau. Le silence interrompu par un simple mouvement. C’est comme si je cherchais à raconter une histoire avec le moins de mots possible, pour que chaque phrase ait une véritable importance, pour rester au plus près de l’impression, de l’émotion. Une forme pure pour se rapprocher du sens.

Isabelle Carré - Le coeur régulier

Pourquoi avoir choisi Isabelle Carré ?


D'abord parce que je trouve que c'est une des meilleures actrices de sa génération ! Isabelle Carré est non seulement une très grande actrice, intuitive et fine, mais elle est également généreuse. Il y avait l'idée de la sortir d'un univers très franco-français. On l'a vue dans des registres différents mais jamais hors de France. La lâcher au Japon, voir ce qu'elle pouvait donner dans un contexte inconnu, m'excitait beaucoup. Je voulais une actrice lumineuse pour aller chercher sa part d'ombre. Elle est déjà apparue dans certains de ses films, je savais qu'elle existait, mais je voulais la creuser un peu plus. La rencontre avec Isabelle m'a d'autant plus convaincue, parce que même si ce projet lui foutait la trouille, elle avait envie de se tester, quitte à devoir en passer par des choses compliquées pour elle. À l'arrivée, c'est ce qu'on voit dans le film : elle dépasse ses propres peurs.
C'est magnifique cette confiance qu'elle a eue en moi. Dans Le cœur régulier, tout repose sur elle. Le fait de partir explorer avec elle des directions inconnues et de l’entrainer dans une aventure différente fait aussi écho à la traversée d’Alice, et donne toute son authenticité à la transformation qu’elle vit. Au fil de son voyage, Alice vit une forme d’éveil au monde, aux sensations et aux gens qui l’entourent. Le cœur régulier et Beyond the steppes ont en commun cette idée de confronter un personnage et son environnement, de voir comment il modifie intérieurement quelqu'un.

Comment s'est passée la collaboration avec Niels Schneider et Fabrizio Rongione ?


Fabrizio est un ami de longue date. Et un acteur formidable. J'avais très envie de travailler avec lui et j'ai été ravie qu'il accepte le rôle de Léo, le mari d'Alice. Il fallait un acteur de sa stature pour donner la bonne nuance à ce personnage, pour qu'on comprenne les raisons de l'éloignement d'Alice, sans pour autant qu'il manque de sensibilité. Et puis, il fallait un acteur qui soit le pôle contraire du frère d'Alice, Nathan. Pour ce rôle, je cherchais un acteur qui ait une aura suffisamment grande pour qu'il marque le film, malgré son absence. La rencontre avec Niels Schneider a eu lieu assez tard dans la préparation du film, mais elle s'est imposée comme une évidence. Il est Nathan de tout son être. C'est un cheval fou, indomptable, mais tellement solaire et généreux. Il apporte au personnage une fougue, une légèreté, et une profondeur aussi. Et puis on sent le passé commun entre frère et soeur. Une complicité instantanée. J'ai eu énormément de plaisir à diriger ces séquences et à voir naître devant mes yeux ce lien fraternel qui vient confronter Alice dans sa propre existence. Nathan traverse le film comme un tourbillon qui emporte tout sur son passage.

Comment avez-vous choisi vos acteurs japonais ?


Face à Isabelle, Jun Kunimura, un acteur japonais à la présence solide et bienveillante, incarne le personnage de Daïsuke. Au-delà de son charisme naturel, il apporte au personnage une force vive, un regard assuré, tout en esquissant ses failles et son côté obscur. La rencontre avec le vrai Yukio Shige a d’ailleurs été très inspirante pour concevoir le personnage, car, contre toute attente, c’est un homme plutôt rustre. Rien à voir avec l’image du moine bouddhiste que l’on pourrait se faire. Au contraire, c’est un type pragmatique qui fait ce qu’il a à faire, par utilité et par devoir. Le personnage de Daïsuke est comme ça au début de la rencontre. Pas très accueillant, taciturne. Il y a presque une déception chez Alice par rapport à ses attentes. Ce n’est qu’au fur et à mesure de l’histoire, et du cheminement d’Alice, que la relation entre eux va s’installer, pour finalement les transformer tous les deux.

Le Coeur régulier

Le film force Alice à être dans l'instant présent, telle la philosophie zen. Elle n'est finalement jamais perdue dans ce pays, mais en elle-même...


Je veux croire en un cinéma de sensations et d’impressions. Je m’évertue à développer un univers où l’environnement naturel a une influence déterminante sur le fil narratif et le trajet émotionnel du protagoniste. Lorsque la mort s'invite dans la vie d’Alice, elle prend conscience du vide devant lequel elle se trouve, de l’effort continu et vain qu’elle a déployé jusque là pour se fondre dans un moule qui ne lui a jamais correspondu. Sa décision de partir sur les traces de son frère et la découverte de ce lieu mystérieux la mèneront littéralement au bord du vide, pour ensuite lui permettre, au fil des rencontres, de s'arrêter un temps, d’observer le silence et de s’imprégner de ce monde si différent. Alice se retrouve alors telle qu'elle est : libre, dépouillée de tout ce qui la définit et la conditionne.

N'est-ce pas aussi un voyage spirituel ?


Le film invite à faire ce voyage en évoquant la vie, la mort, le chemin initiatique vers une nouvelle forme de liberté, une ouverture, un éveil. C’est toute ma quête. Et je ne pouvais pas rêver d’un meilleur terrain que le Japon ! La force de la nature, le rapport au silence, la conscience de l'éphémère sont très imprégnés là-bas. C’est ce qu’on retrouve dans la philosophie bouddhiste. Ils vivent dans un environnement naturel hostile, ils sont conscients de la fragilité de la vie. Cette acceptation de notre propre finitude permet de mieux s’installer dans le présent. Et c’est exactement ce que Daïsuke propose à ses hôtes. De réapprivoiser cette conscience du présent.

La mise en scène semble accompagner Alice dans son parcours : d'abord flottante, elle va vers une "régularité" ?


Il y a eu un vrai parti pris dans la manière de filmer Alice. On a travaillé en freefly, un système entre la steadycam et la caméra à l'épaule. Cela permet d'avoir une image stabilisée tout en ayant une sensation de fluidité, d'avoir une phénoménale liberté de travail : mon chef opérateur Ruben Impens (Alabama Monroe, Belgica, ente autres), Isabelle et moi étions dans le mouvement, on avait moins besoin de surdécouper les scènes pour leur donner du souffle. J’attache une profonde importance à l’approche visuelle, au rapport à l’espace, et au mouvement organique de la caméra. Nous avons adopté un langage libre, dans l’idée de recréer ce mouvement de "traversée" qu’effectue Alice d’un monde à l’autre. La caméra adopte bien sûr le point de vue d’Alice dans la majorité des séquences, mais nous nous permettons également l’audace du point de vue radicalement extérieur, pour accentuer son rapport au monde, sa solitude dans sa vie en France, et sa condition d’étrangère au Japon. Et l’on a pu faire un pas en arrière pour laisser de la place aux rôles secondaires. S'il fallait être connecté au monde intérieur d'Alice, ils sont essentiels dans sa transformation. D'où cette distance entre la caméra et elle, à la fois respectueuse tout en la poussant à avancer.

Avez-vous laissé une place à l’improvisation avec Isabelle ?


J’ai toujours fonctionné avec l’idée que la créativité surgit dans l’instant pour se servir au mieux de l’environnement tel qu’il se présente, de la lumière, des couleurs de la nature, mais aussi pour rester au plus près de l’état émotionnel d’un personnage, pour capter l’étincelle du moment, la magie du geste et du mouvement. Et je suis convaincue que cette approche permet, pour ce film en particulier, d’en servir le propos suggestif et de traduire visuellement ce qui dépasse les mots.

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Niels Schneider - Le coeur régulier

Niels Schneider

Mon opinion

Ce film peut enthousiasmer tout autant que déranger.

Adapté du roman éponyme d’Olivier Adam, paru en 2010, la réalisatrice belge, Vanja d’Alcantara,  met parfaitement en images "Le Japon, le parcours initiatique d'une femme, sa quête intérieure.... ".

Dans le rôle de cette héroïne, Isabelle Carré est remarquable. L'actrice dégage une grande sensibilité, qui ne sera jamais écrasante, mais arrivera toutefois à toucher au plus profond. Concernant son actrice la réalisatrice commente : "C'est magnifique cette confiance qu'elle a eue en moi. Dans Le cœur régulier, tout repose sur elle." Le trouble ressenti est principalement dû à la force de son interprétation face à la fragilité de son personnage.

L'écriture du scénario n'impose aucun dialogue superflu. La mise en scène multiplie les ellipses, pas toujours maîtrisées. La beauté des images, le talent de l'ensemble des comédiens, et le sujet qui met le spectateur face à l'absence et au silence, sont autant de points forts pour se réapproprier l'essentiel, "la conscience de l'éphémère".

"Le film invite à faire ce voyage en évoquant la vie, la mort, le chemin initiatique vers une nouvelle forme de liberté, une ouverture, un éveil".  Telle était la quête de la réalisatrice.

"Le rapport intime au temps, au cadre, au silence, aux gestes, à la géographie, aux éléments...", chers Olivier Adam, trouvent, dans ce film, une belle résonance.  

La rencontre entre Masanobu Andoe et Isabelle Carré, est magnifiquement filmée.

Isabelle Carré a déclaré : "Je ne sais pas ce qui s'est passé mais ce film a été libérateur, j'ai lâché beaucoup de mes peurs."

Un film qui reste difficile de conseiller, mais qui, pour ma part, m'a bouleversé.