[Cannes 2015] Jour 7 : Naufrage, typhon, et voyages au bout de l’enfer

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Marguerite & Julien, le nouveau film de Valérie Donzelli a divisé sur la Croisette. D’un côté, il y a ceux qui fustigent le fond, une histoire d’amour incestueuse entre un frère et une soeur. De l’autre ceux qui massacrent la forme, un film historique en costumes comprenant des éléments anachroniques pour donner l’impression d’un conte de fée semblable au Peau d’âne de Jacques Demy, autre histoire d’amour incestueux.
Bref, l’accueil a été unanimement houleux.
Le rejet, comme souvent à Cannes, est sans doute excessif. Marguerite & Julien n’est pas dénué de qualités artistiques, pour peu que l’on adhère au style atypique de Valérie Donzelli, mais il est beaucoup trop maladroit pour convaincre et souffre de la comparaison avec les autres films de la compétition, excepté le  Sea of trees de Gus Van Sant.
Avec le recul, ce n’était pas un service à rendre à ce film que de l’inclure à la compétition officielle. Il aurait mieux valu une exposition moins forte, hors-compétition ou à Un Certain Regard.

Marguerite et Julien - 2

Cela aurait permis à d’autres oeuvres, plus solides, de faire le chemin inverse et de concourir pour la Palme d’Or. Taklub de Brillante Mendoza, aurait pu être de celles-là. Avec son style habituel, totalement immersif, le cinéaste philippin nous emmène dans un enfer de boue et de cendres, vestige d’un village côtier ravagé par le typhon Haiyan en novembre 2013. Il montre comment la communauté essaie de se réorganiser après le drame, malgré le chagrin, malgré la douleur, malgré l’impossibilité de faire son deuil des proches dont on n’a pas retrouvé les corps, malgré la menace d’autres drames et d’autres catastrophes naturelles.
Ce qui ressort du film, c’est la profonde humanité des personnages, soudés dans les épreuves et dans le malheur, prêts à aider ceux qui sont encore plus en souffrance. C’est la capacité de survie de ces pauvres gens, obligés de vivre dans cette zone à risque, sur des terrains non-constructibles, dans des abris de fortune. C’est la dignité de ces êtres humains qui se retrouvent dans l’oeil du cyclone.

Taklub - 2

Autre voyage sans retour, celui effectué par les personnages de Sicario, le thriller de Denis Villeneuve, en compétition officielle.
Kate (Emily Blunt), jeune agent du FBI, est chargée de faire partie d’une unité d’intervention spéciale chargée de démanteler les réseaux de narcotrafiquants entre Ciudàd Juarez et le Texas. Elle doit collaborer avec deux drôles d’agents gouvernementaux, Matt (Josh Brolin), une sorte de cowboy nonchalant, et Alejandro (Benicio Del Toro), un latino mutique et monolithique, qui lui en disent le moins possible sur l’avancée des opérations et l’objet de leur quête. Comme elle, le spectateur est dans l’attente. Dans l’attente d’une avancée de l’enquête, de la découverte d’éléments permettant de comprendre les tenants et les aboutissants de l’affaire. Dans l’attente, également, d’un peu d’action. Et contrairement aux codes du thriller hollywoodien, Sicario est avare en scènes d’action, courses-poursuite et fusillades épiques. A vrai dire, il ne se passe pas grand chose. Le tour de force de Denis Villeneuve, c’est justement de réussir à créer la tension avec trois fois rien, par le seul biais de sa mise en scène et du montage, l’ensemble constituant une mécanique froide, précise, implacable.
Sicario est assurément un film réussi, qui ferait un bon prix de la mise en scène. Pour faire la fine bouche, on peut juste regretter que le scénario soit moins complexe que ceux de films comme Enemy  et Incendies, qui sont, pour nous, les oeuvres majeures du cinéaste québécois.

Sicario - 2

Parmi les autres évènements du jour sur la Croisette, citons l’hommage rendu à Ingrid Bergman, avec la projection de Je suis Ingrid de Stig Björkman, dans le cadre de Cannes Classics et l’avant-première du nouveau film de Barbet Schroeder, Amnesia.

Un petit tour dans les sections parallèles ?
A la Quinzaine des Réalisateurs, Mustang de Deniz Gamze Ergüven se traîne une réputation de “version turque de The Virgin Suicides” – c’est un compliment – et Songs my brothers taught me de Chloe Zhao semble avoir autant plu au public cannois qu’à celui du dernier festival de Sundance.
A la Semaine de la Critique, La Tierra y la sombra, premier film de Cesar Augusto Acevedo a époustouflé par son esthétique sublime et Mediterranea de Jonas Carpignano a fait froid dans le dos des festivaliers, avec ce drame qui traite de migration, d’exclusion et d’esclavage moderne.

A demain pour d’autres chroniques cannoises.

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