[Cannes 2015] “Mon Roi” de Maïwenn

Mon RoiTony (Emmanuelle Bercot) s’élance du haut de la piste de ski, l’air absent. Son jeune fils a beau crier pour lui demander d’aller moins vite, elle dévale  la piste de ski à vive allure. Le plan suivant montre la conséquence de sa course folle. Tony est hospitalisée. Elle a subi une rupture totale du ligament du genou, qui va la contraindre à de longs mois de rééducation dans un centre spécialisé.
Là, une psychologue vient prendre le temps de discuter avec Tony à propos des circonstances de la chute. Elle a deviné que sa patiente a délibérément provoqué cet accident, et que son acte désespéré est lié à l’histoire compliquée qu’elle a vécue avec Georgio (Vincent Cassel). Elle lui fait comprendre que sa blessure au genou dissimule une blessure autrement plus grave au niveau du “Je-Nous”.
En clair, si Tony veut aller mieux, elle doit se reconstruire autant physiquement que mentalement. Entre deux exercices de kinésithérapie, elle se remémore donc, par fragments, comment elle en est arrivée là.

En même temps, Georgio lui avait tout de suite annoncé  la couleur. Après leur première nuit ensemble, elle lui avait demandé s’il était un connard semblable aux autres types qu’elle avait eu le malheur de fréquenter. Il avait répondu “Non, je ne suis pas un de tes connards. Je suis le Roi des Connards”. Et il a eu l’occasion de le lui prouver à maintes reprises.
Au début, pourtant, tout se passait à merveille. Ils n’ont eu besoin que de quelques regards, quelques sourires, pour comprendre qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Ils ont vite emménagé ensemble, partageant des fous rires et des moments de grande complicité. Ils ont fini par se marier au moment où Tony est tombée enceinte.

C’est à partir de là que les choses ont commencé à se dégrader. Georgio a commencé à devenir distant, abandonnant de plus en plus souvent le nid familial pour sa garçonnière, délaissant Tony au profit de son ex-compagne, l’envahissante Agnès ou d’autres filles taille mannequin du même acabit.
A ce moment là, Tony aurait dû fuir, partir loin de cet homme aux trop nombreuses zones d’ombre et au comportement anormal. Mais elle n’a pas voulu abandonner si près du but qu’elle s’était fixé : fonder une famille. Loin d’arranger les choses, la naissance de l’enfant a encore accentué les problèmes du couple…

Mon roi - 2

Dans Mon Roi, Maïwenn décrit les ravages d’un amour fou, excessif, dévorant. Georgio et Tony s’aiment au delà du raisonnable. Ils ne peuvent pas se passer l’un de l’autre, et en même temps, ils sont incapables de rester ensemble car ils se font trop de mal. Leur passion est destructrice. Les moments de bonheur alternent irrémédiablement avec des moments de crise, charriant leur lot de larmes et d’idées noires.
Rien de spécialement nouveau dans le paysage cinématographique. On sait depuis longtemps que les histoires d’amour finissent mal, en général. Les crises de couple et les relations sentimentales ont inspiré bon nombre de cinéastes. Pourtant Maïwenn réussit sans peine à nous entraîner dans son récit et à nous intéresser aux amours tumultueuses de ces deux amants. Elle les filme comme elle filmait les personnages de Polisse, à bonne distance, composant par petites touches des portraits complexes, dévoilant tous les aspects des deux protagonistes, bons ou mauvais.
Elle est bien aidée par ses comédiens principaux, tous deux en état de grâce. Vincent Cassel est impeccable dans la peau de cet homme aussi charmeur que détestable, à la fois gendre idéal et archétype du parfait salaud. Emmanuelle Bercot, dont avait pu admirer le talent de cinéaste en ouverture du festival, rappelle qu’elle est aussi une excellente comédienne.

Le film est donc plutôt convaincant, même si on dénombre des défauts et des maladresses. La construction narrative aurait gagnée à être plus fragmentée, pour mieux montrer l’état psychologique de Tony. La cinéaste aurait aussi pu éviter quelques afféteries de style et faire meilleur usage des ellipses. Enfin, le côté naïf de certaines scènes –atteintes du syndrome du je-nous – en agacera plus d’un.
Mais Maïwenn a l’habitude de diviser les spectateurs. Ils peuvent susciter les éloges appuyés ou les critiques assassines, ne laissant jamais le spectateur indifférent. Tout le monde ne peut pas en dire autant. En tout cas, elle continue de faire des films à sa manière, avec la même liberté de ton, la même énergie. Elle est encore jeune. Elle peut encore progresser, gagner en maturité, affiner son style et gommer les quelques défauts qui émaillent ses oeuvres.

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