Maja (Marie Ulven) (1) est une jeune Norvégienne de 29 ans à qui tout semble sourire. Ses talents musicaux ont été repérés sur les réseaux sociaux, ce qui lui a valu une ascension fulgurante. De sa chambre, où elle composait ses premiers morceaux, elle est passée sur les plus belles scènes européennes, a voyagé, participé à des fêtes épiques et a gagné beaucoup d’argent. Mais cette célébrité naissante, cette vie grisante où l’alcool coule à flots, alliées à l’angoisse de la page blanche, l’obligation de devoir continuer à produire des tubes pour honorer son contrat avec un gros label, ont fini par peser sur sa santé mentale. Elle a fait un “burn out” et s’est complètement effondrée.
Pour tenter de se remettre de ce passage à vide, elle retourne à Oslo, chez sa mère, Astrid (Tone Mostraum). Cette dernière lui a trouvé un emploi pour se remettre en selle. Elle l’a fait engager comme surveillante dans le lycée où elle enseigne. Maja est notamment chargée de surveiller les examens. On ne peut pas dire que ce travail la passionne. Il est beaucoup moins trépidant que sa carrière musicale, c’est vrai, mais ici, elle n’a quasiment aucune pression, et aucune tentation. Ici, quasiment personne ne la reconnaît, et elle peut profiter d’un relatif anonymat. Il y a bien quelques élèves qui la reconnaissent et sont surpris de la retrouver à ce poste ingrat, mais ils ne sont pas vraiment intrusifs. En même temps, Maja est tellement fermée que très peu de personnes osent l’approcher. On ne sent pas vraiment de changement positif à sa situation, et elle semble même s’enfoncer un peu plus dans la dépression. A la maison, Astrid s’agace. Elle n’arrive pas à renouer le dialogue avec sa fille. Elle ne comprend pas l’ampleur de son mal-être et est complètement impuissante face à l’attitude hostile de la jeune femme.
Ce n’est que très progressivement que Maja va refaire surface, grâce à quelques collègues qui essaient de la faire sortir de sa coquille. Parmi eux, il y a Johannes (Anders Danielsen Lie), un enseignant plus âgé, qui prend le temps de l’écouter et de la conseiller. Il réussit peu à peu à trouver les mots pour l’orienter vers une autre voie possible, où elle pourrait retrouver le plaisir de la musique sans la pression de sa vie d’avant. Lui-même rêvait de devenir écrivain lorsqu’il était jeune, avant de s’épanouir dans sa carrière d’enseignant. A son contact, Maja, peu à peu, se montre plus sociable, réussit à parler de son passage à vide et des raisons qui l’ont poussée à tout lâcher. L’autre déclic est sa rencontre avec Aida (Embla Berntsen), une lycéenne qui admire sa musique. L’adolescente se sent différente de ses camarades et cherche des personnes qui pourraient partager ses goûts et ses aspirations artistiques. Elle ressemble probablement à ce que Maja était, quand elle était plus jeune et pleine de rêves.
Le film d’Eivind Landsvik finit par déboucher sur une note plus optimiste, une forme d’apaisement. Ce n’était pas gagné, car il faut bien admettre que le film baigne, pour l’essentiel, dans une ambiance particulièrement déprimante. Entre l’héroïne fermée, le rythme atone, l’ambiance austère – dans la lignée du cinéma nordique, mais ici sans grands enjeux narratifs – et le sujet central de la dépression, Low Expectations n’est probablement pas l’oeuvre la plus adaptée à conseiller à un ami qui n’a pas le moral. Il faudrait qu’il puisse tenir jusqu’au dénouement, où l’héroïne semble enfin surmonter son mal-être et laisser son passage à vide derrière elle. Cela requiert une certaine patience ou des exigences modestes vis-à-vis de ce film, volontairement anti-spectaculaire et dénué de pathos.
Contrairement aux oeuvres de certains compatriotes, comme Joachim Trier (Valeur sentimentale), Eskil Vogt (Les Innocents), Halfdan Ullmann Tøndel (Armand) ou Dag Johan Haugerud (La Trilogie Sex/Love/Dreams), Low Expectations n’est ni parcouru par une tension intense, ni porté par des mouvements de caméra virtuoses. Il possède néanmoins de nombreux atouts, à commencer par ses comédiens, très complémentaires et tous parfaitement justes, les images ouatées du chef opérateur Andreas Bjørseth et une bande originale sans fausse note, autour des morceaux de Frederikke Hoffmeier et Bendik Hovik Kjeldsberg.
C’est un bon “film de festival”, qui plaira sans doute plus à un public de cinéphiles amateurs d’art et d’essai qu’au spectateur lambda, mais il révèle le talent d’un jeune auteur intéressant, dont il faudra suivre l’évolution, tout comme il faudra suivre la carrière de Marie Ulven, si toutefois elle décide de mettre entre parenthèses sa carrière musicale pour jouer davantage la comédie.
(1) : Connue dans le milieu musical sous le nom de scène “Girl in Red”
Low Expectations
Lave forventninger
Réalisateur : Eivind Landsvik
Avec : Marie Ulven, Tone Mostraum, Anders Danielsen Lie, Embla Berntsen, Snorre Kind Monsson, Clara Dessau
Genre : Burn out
Origine : Norvège, Danemark
Durée : 1h45
Date de sortie France : 14/10/2026
Contrepoints critiques :
”un film attachant, sensible et humain, qui montre que le désespoir n’est pas une fatalité, et que le puits sans fond des émotions permet souvent de se relancer vers de nouvelles directions”
(David Speranski – Movierama)
”Un premier film pointilliste mais peu pointilleux, présenté à la Quinzaine des Cinéastes cannoise, qui affiche ostensiblement sa sensibilité plus qu’il ne l’exprime.”
(Nicolas Schaller – Le Nouvel Observateur)
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