Tueurs de dames

Tueurs damesQuintet Vs Mamie bancale

En cette période, j’alterne sortie du moment avec séances de rattrapage de classique et classiques que je revisionne avec quelques décennies de recul. Dans ma mémoire, je dirais avoir vu ce classique de la comédie britannique datant de 1955, il y a environ 35 ans. M’ayant laissé un bon souvenir de jeunesse ; j’appréhendais de revoir ce vieux film aux teintes vieillottes et à l’intrigue d’un autre temps ; un temps où le téléphone se voulait filaire entre autres et qui donne une intrigue que les moins de 35 ans pourraient trouver absurde. Et bien j’ai toujours pris autant de plaisir devant ce conte macabre de très grande qualité.

L'histoire repose sur un contraste saisissant : la rencontre entre Mrs. Wilberforce, une vieille dame candide et excentrique, et le Professeur Marcus, un homme mystérieux qui, sous prétexte de diriger un quintette à cordes, installe avec quatre complices un véritable quartier général pour organiser le braquage d'un camion blindé ; clin d’œil au casse du siècle (Le Glasgow-Londres).

Le rythme dans la comédie est essentiel pour que la sauce prenne et ici la mécanique du film est celle d'une comédie noire de précision :

  • Le décalage : L'innocence de la propriétaire s'oppose à la duplicité des malfrats.
  • La dérive : Ce qui devait être un plan froid et calculé bascule dans une succession de règlements de comptes absurdes et de malchance pure.
  • La conclusion : Le film s'achève sur une ironie mordante où les criminels s'auto-détruisent par avidité, tandis que la vieille dame avec un déficit de crédibilité aux yeux de la police, s'en sort indemne avec l'argent du casse.

Le film est indissociable de la fin de l'âge d'or des studios Ealing et en est une des perles.

Et il est aussi une leçon de mise en scène où chaque élément participe à une atmosphère de "conte enfantin macabre". A commencer par la demeure de Mrs. Wilberforce, personnage à prt entière avec ses murs guingois et sa décoration bariolée. Bancale comme sa propriétaire, mais robuste et immuable aussi comme cette dernière. L'utilisation de plongées, de sur-cadrages et de teintes pastel crée une sensation d'étau qui se resserre.

Ce film fait aussi preuve d’ingéniosité sonore. La musique (le quintette de Boccherini) sert de fil conducteur narratif : à chaque disparition d'un malfrat, l'arrangement musical se réduit (passant de quintette à quartet, puis à trio), accompagnant subtilement l'avancée du récit.

Mais au-delà de la comédie, le scénario se veut aussi politique ce qui fait du film une œuvre profonde. Il illustre le triomphe d'une Angleterre vieillotte et inconsciente (incarnée par la vieille dame) sur l'esprit d'entreprise collective et la modernité.

Considéré comme un chef-d'œuvre de la comédie britannique, le film possède un charme intemporel. Derrière ces loosers et ses bras cassé, on voie un lien de parenté avec les frères Coen. Et bingo, ils tentèrent un remake en 2004, malgré leur talent, leur transposition dans le Sud des États-Unis a pas réussi à capturer l'essence unique, l'élégance d'esprit et la saveur si particulière de l'original d'Ealing.

Un bon moment léger hors du temps

Sorti en 1955

Ma note: 16/20