Adieu monde cruel

Adieu monde cruelBonjour la vie!

Otto, jeune adolescent de 3ème, est victime de harcèlement. Désespéré il décide de se suicider ; mais la mort ne veut pas de lui ; de son grand plouf, il sort suffocant, et piégé par sa tentative de suicide. En effet, il avait envoyé au préalable une lettre aux 50 autres élèves de 3ème en leur indiquant qu’ils sont tous responsables de sa mort. Difficile alors de réapparaitre, il décide alors de disparaitre, mais se fait très vite une complice, une jeune fille comme lui avec son malaise d’adolescente ; elle va le planquer. D’une mort initiale programmée, cette belle relation va signer la renaissance à la vie du jeune garçon, mais aussi de la jeune fille. C’est l’histoire attachante d’un adolescent porté disparu qui renait à la vie.

Félix De Givry, pour son premier film, nous offre là une très belle histoire, sensible, tendre et mélancolique sur la fin de l’enfance et l’adolescence. La disparation du jeune Otto, avec ses accents romanesques, est une transcendance de la fugue de cet âge, comme une parenthèse de vie hors du temps et hors du monde. Dans un quasi-huis clos, l’avenir se rêve dans sa tête ; de fait, ce huis clos n’est jamais pesant, car c’est du temps volé par Otto pour se donner le temps de rêver. ; ce qui lui confère des teintes de conte initiatique. C’est un âge compliqué où l’on est souvent seul avec ses pensées, et le film le montre très bien ; on ressent aussi ce spleen. Quand on dit spleen, on pense Baudelaire ; et bien oui, ce film est poétique. En sortant je fredonnais : « C’est un beau roman, c’est une belle histoire… ». En cela, même si le point de bascule est le harcèlement, l’auteur refuse que celui-ci soit le seul élément qui définisse entièrement le héros tout comme il ne cherche jamais à faire un film social, à disséquer les motivations psychologiques et le contexte sociologique de son personnage. Le harcèlement est présenté frontalement, rien est édulcoré, mais il s’intéresse bien plus aux chemins de traverse que prend le jeune Otto pour survivre, aux heureux hasards de la vie et aux liens fragiles qui enchantent son monde. Ce romantisme assumé est vraiment ce qui fait la singularité et tout le charme de ce film. Et les deux jeunes comédiens, Milo Machado-Graner et Jane Beever forment un duo plein de grâce et de douceur. Et pour accompagner ce doux rêve, la musique de Arnaud Toulon nous emporte de bout en bout. Cette musique s’installe dans le film comme elle s’installait dans les films des 70’s. Et ce n’est pas la seule influence esthétique de cette époque, le 16mm participe aussi à cette ambiance si particulière. Et pour finir son film, et pour rester dans ses influences assumées ; Félix De Givry nous offre un dernier sublime, comme on n’en voie peu souvent ; un clin d’œil appuyé mais malin à Truffaut mais en mode inversé.

Film de clôture de la semaine de la critique à Cannes ; à voir impérativement. Un premier film qui laisse en espérer d’autres aussi forts de la part de son auteur.

Sorti en 2026

Ma note: 16/20