Y a-t-il métier plus ingrat que celui de livreur ? C’est vrai quoi, vous êtes payé à la course, pour des montants souvent dérisoires, et vous devez parfois vous taper des trajets interminables et semés d’embûches, parfois dans des trous paumés, avec votre propre véhicule, votre assurance et votre essence (en ce moment, ce n’est pas la joie…). Sans parler des risques encourus si vous transportez des colis dangereux, type matériel biologique “biohazard”…
Prenez par exemple Bryan (Austin Abrams), le personnage principal du nouveau film de la saga Resident Evil (1). Alors qu’il aurait pu tranquillement être chez lui en train de discuter avec sa compagne de sujets importants pour leur avenir, le voilà contraint de livrer en urgence un rein dans un hôpital d’une petite ville américaine. Il galère pour arriver jusqu’à destination, lutte pour trouver le destinataire et, in fine, se fait houspiller parce qu’il est arrivé en retard. Le médecin file au bloc en oubliant de signer le reçu et l’assistante médicale ne se montre nullement coopérative. Alors qu’il s’apprête à repartir, un médecin l’engage pour une dernière course, payée double : apporter un produit d’urgence vital aux médecins d’un hôpital en dehors du secteur. Appâté par le gain et, peut-être, la possibilité de fuir la discussion qui l’attend à la maison, Bryan accepte le job. Problème : le lieu de livraison est Raccoon City, à une heure de route, en pleine montagne. Evidemment, il neige abondamment, le sol est glissant et la visibilité quasi-nulle. La voiture n’a pas de chaînes ou de pneus neige, donc patine et arrive ce qui devait arriver : Bryan perd le contrôle et percute une femme qui traversait la route à ce moment-là, au milieu de nulle part. Il la trouve un peu sonnée, la tête en sang et décide de l’emmener à l’hôpital, puisque c’est là qu’il va.
Evidemment, puisque la ville de destination est Raccoon City et que le titre du film est Resident Evil, on se doute bien que la passagère n’est pas tout à fait dans son état normal et ne va pas tarder à se zombifier… Au début, elle se contente de gestes étranges – elle cherche à toucher le visage de Bryan pendant qu’il conduit – puis, plus tard, va se montrer bien plus hostile.
C’est le début d’un périple cauchemardesque. Bryan se retrouve sans véhicule, obligé de demander de l’aide dans une ferme voisine – avec chien méchant et fermier hostile, également infectés – puis d’essayer de gagner la ville par ses propres moyens, faisant en route des rencontres tout aussi inhabituelles. Et vous savez quoi, il continue de transporter son colis, vaille que vaille ! Il progresse vers l’hôpital de Raccoon City, imposante bâtisse qui peut rivaliser sans peine avec le commissariat de la ville (2). Et même arrivé sur place, les galères continuent. Le laboratoire à livrer est au 28e étage, l’ascenseur ne fonctionne pas et il y a un paquet de monstres en chemin…
Et croyez-vous que les toubibs lui donneraient un pourboire ??? Même pas ! Ah, quel job ingrat !
Rien à voir avec celui de critique de cinéma devant écrire son avis sur le film ! A priori, on aurait pu avoir quelques doutes quant à la qualité de ce nouvel opus, produit en partie par les mêmes sociétés que les précédents épisodes, de sinistre mémoire. Mais le nom de Zach Cregger derrière la caméra était plutôt rassurant. Cregger, comme Oz Perkins, Parker Finn, Curry Barker ou Lee Cronin, fait partie de cette génération de cinéastes qui jouent avec les codes du film d’horreur pour signer des oeuvres ambitieuses d’un point de vue cinématographique ou thématique, et qui réussissent à utiliser le second degré et l’humour sans altérer la puissance des effets horrifiques. Ses précédents longs-métrages, Barbarian et Evanouis ont rencontré un bel accueil – mérité – de la critique et du public, avec un ton singulier, proposant une approche originale de sujets et personnages classiques (ogresse monstrueuse, sorcière). On s’attendait donc à ce qu’il apporte une touche particulière à ce Resident Evil et force est de constater qu’on avait raison d’avoir confiance.
Déjà, Cregger commence par un joli plan-séquence, dès la première scène, histoire de signifier qu’il a des ambitions artistiques et ne veut pas se contenter d’un énième nanar de série. Ensuite, on constate avec bonheur que lui et son coscénariste, Shay Hatten, ont choisi de s’affranchir totalement des films de Paul W.S. Anderson avec Milla Jovovich (les nanars en question !) et des scénarios des jeux vidéo. Pas d’Albert Wesker, de Chris Redfield, de Jill Valentine, ni de Leon Kennedy, Claire Redfield ou Ada Wong. Pas de STARS. Pas de stars non plus, mais des étoiles montantes du paysage audiovisuel américain, comme Austin Abrams, aperçu dans les séries Euphoria et The Walking Dead, Kali Reis, vue dans True Detective saison 4 aux côtés de Jodie Foster, ou Zach Cherry.
C’est essentiellement sur Abrams que repose le film, puisqu’il est le personnage principal du récit et que l’on accompagne sa quête jusqu’au laboratoire d’Umbrella Corp., au dernier étage de l’hôpital. Avec sa bouille sympathique et sa faculté à attirer les ennuis, on ne peut que s’attacher à lui et le suivre tout au long d’une intrigue qui respecte les mécanismes du jeu. La montée de tension se fait progressivement, d’abord par l’irruption d’éléments étranges – la femme accidentée au comportement anormal, le doberman en mode “Démogorgon”… – puis de plus en plus inquiétants. A chaque pas, Bryan va un peu plus loin dans la folie et l’horreur, à cause de ses rencontres du 4e ou 5e type, mais aussi par l’obligation de devoir commettre des actes atroces pour survivre. Comme le spectateur est forcé de s’identifier à lui pour suivre le film, il partage de facto son angoisse et ses tourments moraux – on n’a pas tous les jours l’occasion de faire exploser la tête d’une vieille dame au fusil de chasse, et ça secoue un peu… Lors de sa progression, il trouve des armes de plus en plus puissantes qui lui permettront de survivre – à condition de pouvoir les utiliser. Comme dans le jeu original, les munitions sont rares et mieux vaut les économiser pour avoir une chance d’aller au bout de l’aventure. Il ne manque plus que la machine à écrire pour sauvegarder la partie avant de continuer à progresser… Ah, pardon, elle est là aussi, comme un petit “easter egg” pour se mettre les gamers dans la poche…
Une fois en ville, les évènements prennent un tour encore plus angoissant. Quand la zone n’est pas infestée d’infectés, on y trouve des créatures tentaculaires agressives, des animaux flippants, des silhouettes inquiétantes.
Chaque progression donne à Zach Cregger l’occasion de signer quelques séquences horrifiques épiques : par exemple, une pluie de zombies qui viennent s’écraser au sol avec une frénésie gore irrésistible, un bref trajet en ascenseur qui allie suspense intense et humour corrosif ou la traversée de la maternité, transformée en zone d’incubation pour toute une couvée de morts-vivants, comme la salle des oeufs d’Alien.
On pourra peut-être reprocher au cinéaste son virage vers une horreur plus démonstrative dans le dernier acte. Mais il va au bout de la logique de son récit, pour signer une fable fantastique cruelle qui apporte beaucoup de fraîcheur à la saga, en la renouvelant tout en respectant l’univers du jeu, ses fondamentaux, son côté sombre et la petite pointe d’humour qui vient pimenter tout cela. Par rapport aux autres films de la saga, il n’y a pas photo, c’est du grand art. Et c’est aussi du bon cinéma fantastique, fait avec sérieux et grand talent.
On ne peut que saluer l’effort et attendre avec impatience les prochains films de Zach Cregger ainsi que les prochains opus de la franchise, qui, si le succès est au rendez-vous, devrait continuer à faire rougir le grand écran…
(1) : Il ne s’agit pas d’un film dans la continuité des films avec Mila Jovovich. A priori, il s’agit plutôt d’un nouveau reboot, après la tentative ratée de Johannes Roberts, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City. Pas de personnages tirés des jeux vidéo, ni de reprise des scénarios existants. Il s’agit d’une histoire originale.
(2) : A la sortie du second épisode vidéoludique, plusieurs gamers avaient trouvé que le commissariat était gigantesque pour une petite ville de montagne sans histoires.
Resident Evil
Resident Evil
Réalisateur : Zach Cregger
Avec : Austin Abrams, Kali Reis, Zach Cherry, Paul Walter Hauser, Will Merrick, Johnno Wilson, Andrea Miltnerova
Genre : Fable horrifique cruelle
Origine : Etats-Unis, Allemagne
Durée : 1h37
Date de sortie France : 16/09/2026
Contrepoints critiques :
“Le film avance en ‘mode sans peur’. Cregger sait qu’il pilote un vieux jouet et ne fait pas semblant de susciter l’effroi, mais cette face ironique qui, depuis Barbare, fait partie de son cinéma, se retourne ici contre le principe même de Resident Evil.”
( Jean-Sébastien Massart – Critikat)
”On vous l’annonce aujourd’hui avec une banane jusqu’aux oreilles : Resident Evil n’est peut-être pas l’adaptation que vous attendiez, mais c’est celle que vous méritez. Resident Evil nous rappelle deux choses : pourquoi on a aimé les jeux et pourquoi on adore le cinéma.”
(Germain Brévot – Abus de ciné)
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