De Kane Parsons
Avec Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve
Chronique : En prenant d’assaut le box-office mondial avec un petit film d’horreur malin au budget riquiqui, Kane Parsons, à l’image de Curry Barker (Obsession), a lancé une petite révolution à Hollywood. Le point commun entre ces deux réalisateurs, outre leur jeune âge – 20 ans pour Parsons, est qu’ils ont fait leurs armes sur Youtube.
Mais là où le scénario d’Obsession était plutôt bas du front, Backrooms repose sur un concept fort, inspiré d’une légende urbaine effrayante, les « espaces liminaux », des endroits extradimensionnels composés de pièces vides, semblables à des bureaux abandonnés, mais aux proportions grotesques et habités par des créatures effrayantes et hostiles.
Parsons s’appuie de surcroît sur une caractérisation précoce de ses personnages principaux, ce qui lui permet d’ancrer Backrooms très tôt émotionnellement. Même si c’est un thriller d’épouvante froid et clinique, on s’intéresse sincèrement à Clark, à sa psychologue Mary et à ce qu’ils traversent (littéralement et métaphoriquement). On suit avec fascination ce directeur de magasin partir à la découverte de ce monde labyrinthique caché dans son sous-sol. C’est diablement efficace et intriguant.
Parsons a réussi à convaincre des comédiens chevronnés de le suivre pour son passage du court au long métrage et du petit au grand écran. Chiwetel Ejifor et Renate Reinsve apportent une caution et une crédibilité immédiates au projet par leur implication, la justesse de leur interprétation et leur faculté à traduire le malaise, la peur et le questionnement jusqu’à l’obsession.
Il est évident qu’il y a déjà un savoir-faire dans la mise en scène, brillante, qui capitalise sur le look and feel du début des années 80 pour donner à Backrooms une couleur et une ambiance singulières et déroutantes. Mais c’est le design de ce monde dissimulé qui impressionne le plus, avec ces couloirs déserts asymétriques, ces murs jaunâtres et ces trouvailles visuelles absurdes, jouant constamment sur la perspective. On pense un peu à Dali, beaucoup à Severance, en plus cringe encore.
L’impression de malaise et d’angoisse est renforcée par une musique qui vrille au fur et à mesure que l’intrigue avance.
Si le jeune auteur n’apporte pas de réponse définitive à l’origine de ce lieu et des créatures qui l’habitent, il donne suffisamment d’indices et de pistes pour que le mystère reste pleinement satisfaisant.
Backrooms est bien la sensation annoncée, et prouve que même en empruntant un chemin non conventionnel, mais de plus en plus prisé (Youtube), on peut offrir une proposition de cinéma forte, originale et marquante artistiquement.
Synopsis : Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.