Cinéma | JIM QUEEN – 15,5/20

Cinéma QUEEN 15,5/20

De Marco Nguyen, Nicolas Athane
Avec Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon

Chronique : Film d’animation délirant, irrévérencieux et joyeusement outrancier (réservé aux adultes, pour qui aurait des doutes), Jim Queen croque savoureusement le monde gay en imaginant qu’une mystérieuse MST, l’hétérose, transforme les homos en hétéro, générant une panique absolue dans le marais et ses environs alors que même les membres les plus assidus des soirées Powerboyz se mettent à multiplier les fashion faux-pas, à annoncer des hors-jeux entre deux gorgées de bière chaude devant un match de foot et que la bedaine menace à tout moment de remplacer leurs abdos saillants.
De ce postulat symboliquement puissant (il fut un temps pas si lointain ou un tel virus aurait été considéré comme une bénédiction par la plupart des homos, on apprécie ici le chemin parcouru, le poids des luttes et des combats passés, et le fait que l’appartenance à cette communauté soit désormais fièrement revendiqué), les auteurs tirent une comédie piquante et hilarante.
Jim Queen s’appuie sur les clichés (pas si clichés que ça) de la vie gay, mais sans en faire une succession de private jokes réservées aux initiés (certaines sont létales cela dit). Et tout y passe, des tribus aux haut lieux de la vie nocturne en passant par la salle de sport et les applis de rencontre. Avec toute l’autodérision dont elle est capable, la communauté gay est présentée dans toute son extravagance, mais sans pour autant nier ses nombreux biais toxiques, raillant le culte du corps et de la performance, le narcissisme exacerbé, son conformisme et certains diktat excluants pouvant susciter une extrême solitude
Grâce à des dialogues corrosifs, très crus et parfois vraiment osés (même pour une oreille habituée), , très « documenté », Jim Queen est constamment drôle, bénéficiant d’un casting de voix de tout premier choix (Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon et même Philippe Katerine en Prostate)
L’animation et le dessin regorgent d’une multitude de petits détails et d’idées brillantes. Entre la simplicité du style US (Les Simpson, Family Guy) et les codes de l’anime japonais (Dragon Ball, Le Collège fou fou fou), Jim Queen trouve sa singularité et aborde, sous la gaudriole, des sujets profonds et malheureusement toujours, plus que jamais même, d’actualité. En vrac les théories de conversion, la stigmatisation des personnes séropositives ou encore l’abandon des pouvoirs publics face aux épidémies et aux crises sanitaires (aujourd’hui le chemsex, qui fait ici l’objet d’un traitement graphique et scénaristique radical et marquant)
Tout cela déroulé à un rythme d’enfer, avec un récit qui tient la route, que ce soit le jeu de piste pour trouver le vaccin ou la jolie romcom qui se joue entre Jim et Lucien.
Certes, cela manque un peu de diversité, mais un tel projet est forcément limité par son budget et sa durée, ce qui nécessite de se concentrer sur un arc narratif principal. Néanmoins, l’objectif de vulgarisation (dans tous les sens du terme) est atteint, avec beaucoup d’idées, d’audace et d’humour.
Et, quand même, Jim Queen délivre au final un message rassembleur. Malgré les divergences, malgré les différences, l’important est de faire communauté. Pour rire, s’amuser, danser, mais aussi et surtout pour prendre soin les uns des autres et se protéger.

Synopsis : Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d’empêcher l’extinction de l’homosexualité…