Le Dernier Vrai Samouraï (2024) de Jun'Ichi Yasuda

Troisième long métrage de Jun'Ichi Yasuda après "Kenju to Medamayaki" (2014) et "Gohan" (2017) qui est la surprise de l'année 2024 au Japon, ce qui explique sa sortie tardive dans nos salles. Production indépendante au budget dérisoire de 26 millions de yens, soit seulement 160000 dollars, le cinéaste a tourné son film avec une équipe technique de seulement une dizaine de personnes tandis qu'il assumait et assurait une douzaine de postes entre autre comme Producteur-réalisateur-scénariste-Directeur photo-monteur-créateur effets spéciaux. Pour son projet, le cinéaste a voulu rendre hommage par la comédie au genre très nippon du Jidaigeki, littéralement "drame d'époque" dont les grands représentans du genre sont "Les Sept Samouraïs" (1957) de Akira Kurosawa ou 'Hara-Kiri" (1962) de Masaki Kobayashi, et pour son histoire originale il s'est inspiré de l'acteur-cascadeur Seizo Fukumoto, surnommé au Japon "l'homme qui a été tué 50000 fois à l'écran" car considéré comme le plus grande des kirareyaku (acteur spécialisé dans les morts spectaculaires) mais, malheureusement, ce dernier qui devait apparaître dans le film est mort avant le début du tournage en 2021. La production a donc été suspendu. Par là même, le film va s'avérer être le dernier film du cinéaste, en effet, tenue par une promesse  Jun'Ichi Yasuda aurait annoncé qu'il arrêtait le cinéma pour reprendre l'entreprise familiale de riziculture. A moins que l'énorme succès surprise du film lui fasse changer d'avis car le film rapporte plus de 40 fois la mise amassant plus de 6.65 millions de dollars rien que dans son pays avec en prime 7 nominations aux Japan Academy Prize remportant les prix du Meilleur Film et du Meilleur Montage... Kyoto, à l'ère d'Edo, deux samouraïs luttent dans un combat sans merci jusqu'à ce qu'un orage éclate et qu'un éclair s'abatte sur eux. Soudain, le samouraï Shinzaemon Kosaka du clan Aizu se réveille dans le Japon contemporain de 2023, en plein tournage d'une série télévisée historique dans le genre jidaigeki. A cause de son apparence et de son comportement il est aussitôt pris pour un figurant de la production. Très vite son "authenticité" lui offre plusieurs engagements de cascadeur professionnel et devient la coqueluche des tournages... 

Le samouraï Shinzaemon Kosaka est incarné par Makiya Yamaguchi révélé dans "Après la Pluie" (1999) de Takashi Koizumi et vu dans "Confessions" (2010) de Tetsuya Takashima, "Lessons of the Evil" (2012) de Takashi Miike ou "Kazoku" (2023) de Kazuhiro Sawataishi. Citons ensuite Norimasa Fuke vu dans "Chi-Chan Gomen Ne" (1984) de Katsumi Nishikawa, "Otona no Renai Jijo" (2016) de Kei Morikawa ou "The Last Passenger" (2024) de Takashi Horie, Yuno Sakura qui retrouve son réalisateur après "Kenju to Medamayaki" (2014) et "Gohan" (2017), Rantaro Mine vu notamment dans "Dans l'Ombre du Loup" (1982) de Hideo Gosha, "Histoire de Fantômes de Yotsuya" (1994) de Kinji Fukasaku ou "Bushi No Kondate" (2013) de Yuzo Asahara, Ken Shonozaki surtout apparu dans de nombreuses séries TV depuis 2011, Tsutomu Tamura également apparu dans de nombreuses séries TV mais aussi dans le film "Gegege no Kitaro" (2007) de Katsuhide Mtoki ou la franchise "Kamen Rider" (2021-...), Yoshiharu Fukuda aperçu dans "Her Mother" (2016) de Yoshinori Sato, Hajime Inoue vu dans "The Third Murder" (2017) de Hirokazu Kore-Eda, "Satashi" (2024) de Jumpei Matsumoto ou "Une Part Manquante" (2024) de Guillaume Senez, puis enfin Yutaka Izumihara aperçu dans "Les Voies du Destin" (2014) de Jonathan Teplitzky, "Invincible" (2015) de Angelina Jolie ou "Ghost in the Shell" (2017) de Rupert Sanders... Notons que le chorégraphe cascadeur est Kazuto Seike qui a dirigé les scènes d'action sur les films "Blade of the Immortal" (2017) de Takashi Miike et "Tajûrô Jun'Ai-Ki" (2018) de Sadao Nakajima... Evidemment, en France si on parle comédie et voyage dans le temps on pense inévitablement à la franchise "Les Visiteurs" (1993-2016) de Jean-Marie Poiré, mais cette fois il faut compter sur la société et la culture très singulière du Japon et de la mise en abyme avec un bel hommage au cinéma. Ainsi, le chevalier téléporté en 2023 est un samouraï de l'ère Edo qui se retrouve en plein tournage d'une série télé. Le prologue est magnifique et reprend tous les tics du film de sabre à la nippone avec même un style qui lorgne sur les années 70-80. Par contre, les 15-20 premières minutes où Shinzaemon/Yamaguchi se perd dans les méandres du 21ème siècle sont un peu trop longues, si on savoure plusieurs moments qui reposent sur le choc temporel le rythme reste toutefois très lent, presque trop contemplatif alors que dans le même temps on s'étonne que le samouraï soit si stoïque et apathique, en effet ni angoisse réelle, ni peur ou panique il est d'un calme étonnant.

Le rythme reste longtemps aussi calme et posé que son personnage ce qui atténue les effets comiques qui restent souvent au statut de tentative - on rappellera que le rythme est un élément essentiel dans le genre de la comédie. Par là même, Shinzaemon/Yamaguchi est un samouraï, un guerrier, il n'est pas très crédible ou vraisemblable qu'un chevalier accepte aussi facilement d'être une doublure à qui on apprend à se battre comme... un samouraï ?!! Mais petit à petit le charme opère, encore faut-il accepter que ce samouraï soit si compréhensible voir même soumis à son environnement, plus que des effets gags on savoure les petits décalages fantaisistes et/ou nostalgiques. Mais le film décolle enfin avec un twist bien amené qui amène à de nouveaux enjeux et des émotions qui vont se faire plus variés et plus forts. Cette seconde partie est très nettement plus réussie à tous points de vue. Le rythme se fait aussi plus soutenu, les enjeux offrent soudain plus d'opportunités ou plus de possibilités, plus de sourires mais aussi plus d'émotions pures pour finir en beauté avec un ultime gag final assez génial. Finalement, avec un début moins sage et moins attentiste on aurait pu gagner un bon quart d'heure qui aurait tout changé. Donc à défaut d'être un grand film  Jun'Ichi Yasuda signe une comédie singulière et originale très plaisante avec en prime une réflexion sur le cinéma et le genre du Jidaigeki passionnante.

Note :                 

Dernier Vrai Samouraï (2024) Jun'Ichi YasudaDernier Vrai Samouraï (2024) Jun'Ichi Yasuda

14/20