De Antonin Baudry
Avec Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur
Chronique : Certes « La Bataille de Gaulle – L’Âge de Fer », est une monumentale fresque historique, ample et spectaculaire, où chaque euro de son budget pharaonique (80m€) s’affiche à l’écran. Mais, outre le risque pris par sa stratégie de sortie inédite avec ses deux parties disponibles à un mois d’intervalle, ce biopic se démarque surtout de ses semblables par ses fréquentes ruptures de ton, au gré desquelles cohabite un humour inattendu avec la férocité des combats et la tension des échanges politiques et diplomatiques.
Le film joue constamment sur le contraste entre la figure du Général, sa posture imposante, son phrasé lent et définitif, et les tours que peuvent lui jouer son ego et parfois sa mauvaise foi. Ce parti pris presque cartoonesque va s’avérer être une source insoupçonnée de comédie, comme lorsque il déclare dans la touffeur d’une forêt tropicale africaine que les moustiques « ne piquent pas De Gaulle », avant qu’on ne nous le montre fiévreux, cloué au lit par le paludisme dans le plan suivant.
Certains y verront sa limite; on peut au contraire saluer sa singularité et une approche maline qui évite l’hagiographie pompeuse tout en témoignant d’un profond respect.
La raison pour laquelle L’Âge de Fer est si passionnant est double. D’abord ce ton badin et humoristique, associé à la mise en scène hollywoodienne très maitrisée d’Antonin Baudry (Le Chant du Loup) le rend parfaitement divertissant.
Mais aussi parce qu’il éclaire une période de l’Histoire finalement assez peu connue, les prémisses de la France Libre. Ce premier volet détaille comment De Gaulle l’a minutieusement bâtie, envers et contre tous, de Londres où il s’était exilé. Cette période charnière de la Guerre contre l’Allemagne nazie (40-42) est racontée avec énergie et une pédagogie remarquable, ce qui rend le récit digeste et compréhensible (sans doute au prix de quelques arrangements acceptables avec les faits historiques).
A la manière de Nick Fury rassemblant les Avengers (on n’en est pas loin), on l’observe batailler pour trouver des soutiens susceptibles de composer un gouvernement et de s’opposer à Pétain. On le voit construire petit à petit sa stature de chef d’état au fil de ses conversations animées avec Churchill, lorsqu’il fait part de ses désaccords fréquents sur la stratégie à adopter contre les Allemands, ou refuse toute initiative qui remettrait en cause la souveraineté de la France. On le voit peaufiner sa stratégie militaire (sans armée, mais avec des idées) qui passera par l’Afrique, mais en conservant toujours un principe de base, pas de tirs entre français. L’Âge de Fer met en lumière des évènements qui avaient jusque là été peu évoqués au cinéma, comme l’attaque de Mers el-Kébir en Algérie où les anglais bombardent, dans le dos de De Gaulle, des navires français pour éviter qu’ils ne soient récupérés par les nazis après l’armistice de 1940, l’opération de Dakar, où la flotte anglaise et des bâteaux de la France Libre sont bombardés par surprise par la France vichyste, ou encore le long siège de Bir Hakeim, qui donne l’occasion au réalisateur d’offrir d’impressionnantes scènes de combat, irrespirables et héroïques, témoigna nt de l’ambition formelle du projet.
Il y a du panache dans les scènes de bataille et du romanesque aussi, avec l’histoire du jeune résistant parisien qui sert de fil rouge au récit. Ce n’est pas forcément la partie la plus réussie, mais elle raccroche la grande Histoire à la petite et rend justice aux héros anonymes tout en introduisant la seconde partie à venir.
Film de guerre, film d’action et d’aventure, film politique, comédie, chronique de la résistance (un mot qui résonne fortement avec notre temps), L’Âge de Fer est un film hybride déroutant et foisonnant, qui souffre parfois de devoir trop raconter pour expliquer De Gaulle, mais qui s’avère au final enthousiasmant à plus d’un titre. Et ce grâce aussi à l’épatante incarnation de De Gaulle par Simon Abkarian. Le comédien endosse la carrure et la prestance du Général pour une performance vibrante et imposante.
Les près de trois heures du film passent très vite et donnent très envie de voir la suite, que l’on n’aura pas à attendre trop longtemps, la deuxième partie du diptyque « J’écris ton Nom » débarquant dans un moins d’un mois sur les écrans. On y sera là.
Synopsis : Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.