Un grand merci à Éléphant Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « L’aventure d’une nuit » de Mitchell Leisen.
« Vous voulez me rendre ma liberté, mais combien vais-je devoir la payer ? »
À l’approche de Noël, Lee Leander, une jeune pickpocket aussi séduisante qu’insaisissable, est arrêtée après une tentative de vol dans une bijouterie. En attendant son procès, reporté après les fêtes, le procureur John Sargent s’émeut de son sort et lui évite de passer Noël derrière les barreaux. Mais la découvrant seule et sans ressources, il se retrouve contraint de l’emmener passer les fêtes dans sa propre famille en province...
« Il faut bien que quelqu’un fasse le sale travail. Le business est le business. Dommage que ce soit un garçon aussi gentil que vous ! »
Cinéaste au parcours atypique, Mitchell Leisen fut d’abord costumier et décorateur avant de passer progressivement derrière la caméra, grâce notamment à Cecil B. DeMille qui en fit son assistant-réalisateur. Mais n’étant pas considéré comme un véritable auteur, il sera injustement snobé par la cinéphilie. Pour autant, Leisen fut l’un des cinéastes les plus en vue et les mieux payés de son époque. Preuve en est, sa riche filmographie, ponctuée d’exquises comédies (« La vie facile », « La baronne de minuit ») et de mélodrames flamboyants (« Par la porte d’or », « Les anneaux d'or »), dans lesquels il fit toujours la part belle aux personnages féminins. Ce qui lui permit de diriger les plus grandes actrices, de Claudette Colbert à Marlène Dietrich en passant par Carole Lombard et Olivia de Havilland. Surtout, Leisen put s’appuyer sur les meilleurs scénaristes de son temps pour lui offrir des histoires qu’il saura magnifier grâce à la délicatesse de sa mise en scène. Il collaborera ainsi régulièrement avec Billy Wilder et Charles Brackett (« La baronne de minuit », « Eveille-toi mon amour », « Par la porte d’or »), Norman Krasna (« Jeux de mains »), Talbot Jennings (« L’aventure vient de la mer ») et, surtout, Preston Sturges. Après avoir porté à l’écran le scénario de « La vie facile » (1937), Leisen retrouve Sturges pour « L’aventure d’un soir » (1940). La collaboration entre les deux hommes est alors très difficile, Sturges reprochant à Leisen les nombreuses libertés prises avec son scénario, originellement plus sarcastique. Une expérience à ce point désagréable pour le scénariste qu’il décidera désormais de diriger lui-même ses scénarios. Ce qu’il fera avec succès dès les mois suivants avec des films comme « Gouverneur malgré lui », « Un cœur pris au piège » ou encore « Les voyages de Sullivan ».
« Ça doit vous faire drôle de fuir la justice ! »
« L’aventure d’une nuit » débute à la façon d’un vaudeville basé sur l’attraction des contraires : une jeune voleuse à la tire arrêtée juste avant Noël, est confiée au procureur John Sargent qui, par pure charité, souhaite lui éviter provisoirement la prison le temps des fêtes de fin d’année. Mais la sachant sans ressources, le procureur n’a finalement d’autre choix que de l’emmener avec lui passer les fêtes dans sa famille. Ce qui donnera lieu à improbable périple automobile à travers le nord-est américain. La route (et ses mésaventures) devenant un prétexte pour révéler des affinités et permettre un rapprochement entre les deux protagonistes. Mais très vite, le film dépasse le cadre de la simple comédie romantique pour embrasser une étude sociologique à la tonalité plus grave, pointant une forme de déterminisme social dans la condition de ses personnages : si l’héroïne est stigmatisée par son statut de délinquante, elle n’en demeure pas moins un personnage moralement « honnête » dont les mauvais choix ont été dictés par la seule nécessité de survivre, après avoir été rejetée par une famille mal aimante. La réussite du procureur venant pour sa part des valeurs et de l’amour qui lui ont été inculqués. Et c’est aussi ce même cadre social qui empêche les personnages de rêver à un potentiel bonheur à deux ; leurs sentiments étant constamment confrontés à la réalité et aux conventions (justice, réputation, famille) qui apparaissent comme autant d’obstacles. Pourtant, non sans ironie, le film montre bien comme la frontière est ténue entre le Mal et le Bien et combien même en étant honnête et de bonne foi on peut se retrouver très vite prisonnier de l’engrenage judiciaire pour un délit mineur. Dans la plus pure tradition hollywoodienne du film de Noël, le récit laisse entrevoir la possibilité d’une rédemption. Mais dans un ultime tour de passe-passe, Leisen refuse de sombrer dans la facilité pour mieux conclure sur une incertitude teintée d’une belle mélancolique. La manœuvre est habile et, à l’image de ce scénario délicatement troussé, donne au film une belle humanité. Il peut pour cela s’appuyer sur la belle interprétation de Barbara Stanwyck et de Fred McMurray, jamais caricaturaux ni mièvres, qui apportent une douce sensibilité à leurs personnages. Sans aucun doute, l’un des sommets de la carrière du cinéaste.
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Le blu-ray : Le film est présenté dans un Master restauré en Haute-Définition et proposé en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français et anglais sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation par Eddy Moine (13 min.) ainsi que des bandes-annonces de la collection.
Édité par Éléphant Films, « L’aventure d’une nuit » est disponible en combo blu-ray + DVD ainsi qu’en édition DVD depuis le 3 mars 2026. Il est disponible en édition blu-ray depuis le 5 mai 2026.
Le site Internet d’Éléphant Films est ici. Sa page Facebook est ici.