Un grand merci à Sidonis Calysta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Femme de feu » de Andre De Toth.
« Nous avons le droit de vivre ici. Vous ne pouvez pas nous chasser ! »
1870. Ville de Signal.
La belle Connie Dickason refuse d’obéir à son père Ben qui souhaite la marier à Frank Ivey, un rancher très puissant, autoritaire et irascible.
Pour tenir tête à ce dernier, elle engage Dave Nash, un ancien alcoolique taciturne…
« Je saurai décourager vos hommes ! »
Figure singulière du cinéma classique hollywoodien, Andre De Toth commence sa carrière à la fin des années 30, dans sa Hongrie natale où il réalise cinq films qui lui valent d’asseoir un début de notoriété. Mais les tourments qui gangrènent peu à peu toute l’Europe le contraignent à prendre la route de l’exil, d’abord en Angleterre où ses compatriote Alexander et Zoltan Korda le recrutent comme monteur, puis finalement aux Etats-Unis. A Hollywood, il devient rapidement un prolifique réalisateur de série B, dirigeant pas moins d’une trentaine de films entre 1942 et 1960. Son style, notamment caractérisé par une représentation de la violence étonnement frontale, lui permet de naviguer avec succès entre le drame (« Pas un n’échappera », premier film à traiter ouvertement de la Shoah), mélodrame (« L’orchidée blanche »), film noir (« Pitfall ») ou encore film d’aventures (« La furie des tropiques », « Tanganyika »). Mais c’est probablement dans le registre du western qu’il s’épanouira le plus, signant pas moins de onze films – dont six portés par l’icône Randolph Scott. Tourné en 1947, « Femme de feu » est sa première incursion dans ce registre. Pour l’occasion il offre le premier rôle féminin à sa jeune épouse, l’iconique Veronika Lake, alors star emblématique du film noir dont la présence apporte une dimension singulière à l’ensemble.
« Quand j’ai envie de me battre, je n’ai besoin de personne pour m’aider ! »
Adaptation d’un roman de Luke Short, « Femme de feu » s’inscrit dans la plus pure tradition du western de confrontation pour la possession de la terre. Et, à travers elle, du pouvoir. Mais dès ses premières minutes, le film se distingue par son approche atypique : là où le genre privilégie souvent les figures masculines héroïques, De Toth place au cœur du récit un personnage féminin complexe, impitoyable, partagé entre désir d’émancipation, ambitions personnelles et contraintes sociales. Les personnages masculins gravitant autour d’elle n’étant pour la plupart que les instruments de ses ambitions. Mais loin de se limiter à un simple renversement des archétypes, De Toth introduit dans l’univers westernien un personnage de femme fatale tout droit sorti d’un film noir, conférant au film une tonalité singulière : Connie Dickason (formidable Veronica Lake) s’impose en effet comme une figure de pouvoir ambiguë, jouant sans scrupule de son pouvoir de séduction pour manipuler (et diviser) les hommes et asseoir ainsi sa domination. Relégués au second plan, parfois un peu désincarnés, les personnages masculins se livrent à des provocations et des escarmouches qui font monter la tension jusqu’à l’inévitable explosion de violence, sèche et sans lyrisme, qui électrise le dernier tiers du film. Au-delà de sa nervosité et du plaisir qu’il procure, l’intérêt du film vient surtout de ce qu’il amorce une forme de déconstruction des standards et des mythes du western, jusqu’alors bâtis sur l’affirmation d’une virilité conquérante, annonçant ainsi les personnages féminins forts qui apparaitront dans les décors de l’ouest au cours de la décennie suivante, de « Johnny Guitare » à « Quarante tueurs » en passant par « Le train sifflera trois fois » ou « 3h10 pour Yuma ». Un film précieux de par son audace.
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Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée dans un Master Haute-Définition et proposé en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation signée Noël Simsolo (11 min.).
Édité par Sidonis Calysta, « Femme de feu » est disponible depuis le 12 mars 2026 en édition collector Silver, incluant le DVD + le blu-ray + un livret de 24 pages sur le film signé Jean-François Giré.
Le site Internet de Sidonis Calysta est ici. Sa page Facebook est ici.