Cinéma | MICHAEL – 11/20

Cinéma MICHAEL 11/20

De Antoine Fuqua
Avec Jaafar Jackson, Colman Domingo

Chronique : Après Bohemian Rhapsody, biopic fade très loin de capter la complexité de Freddie Mercury, le producteur Graham King s’attaque à une autre légende de la musique, peut-être la plus grande, Michael Jackson. Son histoire, celle d’un génie incontesté à l’enfance brutalisée dont l’éclat est assombri par de nombreuses zones d’ombre, constitue évidemment un formidable matériau dramatique. Las ! Rebelotte, on a droit à une nouvelle biographie vanilla, une hagiographie pastel, sans nuance ni aspérités. Michael n’est pas dépourvu de qualités, à commencer par l’interprétation bluffante de Jaafar Jackson qui endosse avec une aisance épatante le costume de son oncle. Au-delà du mimétisme, il parvient à composer à l’écran son évolution en tant qu’artiste, à traduire la confiance qui le gagne peu à peu, dans son chant, dans sa danse, jusqu’à devenir l’icône Michael Jackson.
Mais Michael souffre d’un scénario basique et paresseux, à peine plus ambitieux que certains téléfilms déjà consacrés à la star. Il appuie grossièrement sur les traumas dont MJ a souffert, parfois jusqu’à la caricature, en particulier la violence physique et verbale imposée par son père (malgré l’intense partition de Colman Domingo dans la peau de Jo Jackson) mais peine à explorer les conséquences autrement que par des éléments déjà connus, comme son rapport à l’image et ses nombreuses interventions de chirurgie esthétique. Le film offre de lui une version parfaite : il est l’ami des animaux et des enfants malades du cancer, il aime sa mère, compréhensive et protectrice (hum), ses frères et sœurs désintéressés (hum hum), il est dépeint comme une âme pure et généreuse uniquement guidée par son amour de la musique et ses velléités d’indépendance vis-à-vis de sa famille.
Le récit est construit de manière à ce que l’expérience du film soit la plus confortable possible pour les fans. Quitte à s’apparenter à un inventaire à la Prévert, il déroule un catalogue de marqueurs ayant contribué à façonner le mythe : les looks, les tubes, les moments clés, les chorégraphies, les concerts, tout ce qui compose désormais la marque Michael Jackson. Et cela tout en évitant assez cyniquement d’aborder les scandales ayant entaché la légende, la période couverte par le film s’achevant avant les accusations de pédophilie.
Au-delà du fond assez neutre, la mise en scène ne capture jamais vraiment non plus l’énergie et le génie créatif de MJ sur scène, ni la folie qui l’entourait. Si l’incarnation est très fidèle, le phénomène a plus de mal à émerger à l’écran. Il n’y a, par exemple, pas de moments « chair de poule » qui traduiraient un peu de l’impact qu’a eu Michael Jackson sur la pop culture.
Le réalisateur est aussi forcément gêné aux entournures par les limites imposées par la famille Jackson, derrière le projet. Livrer une vision et un point de vue autres que ceux des ayants droit n’était sans nul doute pas une option.
C’est donc sans surprise qu’Antoine Fuqua livre un portrait très sage et maitrisé du roi de la pop. À défaut d’apprendre quoique ce soit ou d’être transportés, on ne s’ennuie pas. C’est déjà ça, mais ça ne suffit pas tout à fait.

Synopsis : Michael dresse le portrait cinématographique de la vie de l’un des artistes les plus influents de notre époque. Le film raconte l’histoire de Michael Jackson au-delà de la musique, depuis la découverte d’un talent hors du commun en tant que leader des Jackson Five, jusqu’à l’artiste visionnaire dont l’ambition créative a alimenté une quête incessante pour devenir le plus grand artiste au monde. Mettant en lumière sa vie hors scène et ses performances les plus emblématiques de ses débuts en solo, le film offre au public une place au premier rang pour découvrir Michael Jackson comme jamais auparavant. C’est ici que son histoire commence.