Cinéma | JUSTE UNE ILLUSION – 15/20

De Olivier Nakache, Eric Toledano
Avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin

Cinéma JUSTE ILLUSION 15/20

Chronique : Après le semi-échec de leur précédent film Une Année Difficile, le duo de réalisateurs fétiche du box-office français (Nos Jours Heureux, Intouchables, Le Sens de la fête, Hors Normes) revient en grande forme avec une comédie familiale légère, vintage et largement autobiographique.
Toledano et Nakache abandonnent ainsi le cynisme peu assumé d’un cinéma social où ils se sont brièvement égarés, et se recentrent sur ce qu’ils savent faire de mieux : explorer les relations humaines, raconter des personnages et ce qui les lie.
En cela, Juste une Illusion délivre exactement ce qu’on est en droit d’attendre d’eux et ce que sa promotion laissait entrevoir : un long métrage fédérateur, chaleureux, sincère, drôle et réconfortant.
S’inspirant de leur enfance, Toledano et Nakache font appel à notre mémoire collective pour nous plonger au cœur des années 80 grâce à une reconstitution très fidèle de l’époque, vécue à hauteur d’ado. Une immersion très réussie, nostalgique sans être passéiste, rejetant tout fétichisme rétro sans s’interdire pour autant d’adresser de nombreux clins d’œil.
Le scénario brasse de nombreux thèmes : le déracinement, la religion, le chômage et l’injonction à la réussite professionnelle pour le père de famille (le sacro-saint statut de « cadre »), l’émancipation professionnelle des femmes (pas forcément très bien vue), le couple « moderne » et bien entendu les amours adolescentes.
Ça fait beaucoup, mais par miracle, ça ne fait pas trop. Alliant répartie et tendresse, les dialogues témoignent de beaucoup d’esprit. La mise en scène, sans être trop démonstrative, est riche de jolies idées et fait preuve d’un dynamisme constant, soutenue par une bande-son eighties évidemment aux petits oignons sans pour autant être trop caricaturale (on n’est pas dans Stars 80).
Les réalisateurs multiplient les situations aussi bien senties les unes que les autres, capitalisant sur la finesse de leur écriture. Les engueulades des parents, les bagarres entre frères, les premières conneries en bande avec les potes, les premiers crushs : tous les sujets sont traités avec fluidité et sincérité. Et lorsque le film flirte avec le mièvre, ils le désamorcent par un humour toujours très précis.
Juste une Illusion doit aussi beaucoup à l’alchimie palpable qui unit les comédiens. Cela vaut pour les jeunes acteurs, très convaincants, mais aussi et surtout pour les têtes d’affiche : que ce soit la toujours impeccable Camille Cottin, aussi à l’aise dans la comédie que dans l’émotion, Pierre Lottin, touchant en gardien un poil envahissant, mais surtout Louis Garrel, dont l’extraordinaire potentiel comique révélé dans L’Innocent s’exprime ici pleinement. Il se pose en héritier de l’esprit du Splendid (qui l’eût cru), dans sa manière de traduire les petites mesquineries et bassesses dont son personnage se rend coupable pour ne pas perdre la face. Ce père de famille qui voit ses repères se brouiller s’avère au bout du compte le plus touchant, et Garrel y est pour beaucoup.
Juste une illusion parle bien plus qu’aux seules oreilles nostalgiques de la génération X et des millennials : elle résonne au-delà et porte un message universel et intemporel, véhiculant une certaine idée du vivre-ensemble. Avec lui, ses réalisateurs confirment qu’ils sont les garants d’un cinéma populaire feel good, divertissant et exigeant.

Synopsis : Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et qu’il n’est « pas encore » un adulte nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux. Une comédie sur cette période de l’enfance où l’espoir de changer le monde n’était pas “Juste une illusion…”