Casbah

Un grand merci à Sidonis Calysta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Casbah » de John Berry.

Casbah

« Le problème n’est pas de l’arrêter mais de le faire sortir de la casbah. Il y a 50 000 gardes du corps. Et tous sont ses amis. »

Alger. Le truand Pépé le Moko monopolise toute l’attention des forces de police qui attendent qu’il sorte des bas-fonds de la ville pour lui passer les menottes aux poignets. Un jour, son cœur chavire pour Gaby, une belle touriste parisienne sur le point de se marier avec un homme qu’elle n’aime pas. Une occasion en or pour les autorités de tendre un piège à l’insaisissable Pépé. En manipulant celle pour laquelle il en pince et en suscitant la jalousie de son ancienne compagne qui le trahit, la police le pousse à s’aventurer hors de la casbah.

« Je joue seulement si je gagne »

Casbah_Yvonne_de_Carlo

Compagnon de route à ses débuts d’Orson Welles avec lequel il participe à l’aventure du Mercury Theatre, John Berry enchaine quelques furtives apparitions à l’écran au début des années 40 (notamment dans « Assurance sur la mort » de Wilder) avant de passer finalement derrière la caméra en faisant ses premiers pas de réalisateur pour le compte du service de propagande de l’armée américaine pendant la guerre. S’en suivront une poignée de films qui devaient marquer son ascension artistique et professionnelle à Hollywood. Avant que celle-ci ne soit finalement stoppée en plein vol par la Commission des activités antiaméricaines du tristement célèbre Sénateur McCarthy. En effet, dénoncé comme communiste par Edward Dmytryk, Berry sera aussitôt blacklisté et aura donc interdiction de travailler à Hollywood. Plutôt que de collaborer avec la Commission, il préfèrera prendre la route de l’exil et poursuivre sa carrière en Europe. Mais à la différence des autres cinéastes exilés (Jules Dassin ou Joseph Losey pour ne citer qu’eux), Berry développera peu de projets personnels, acceptant surtout un nombre incalculable de films de commande (principalement en France), donnant lieu à une filmographie très inégale car faite de bric et de broc (il dirige Eddy Constantine dans « ça va barder » et « Je suis un sentimental », Dario Moreno dans « Oh ! Que mambo ! », Johnny Hallyday dans « A tout casser »).

« Pépé est un romantique. Quand il veut quelque chose il est capable de prendre tous les risques : pour une poignée de diamants il a perdu sa liberté ; pour l’amour il perdrait sa vie »

Casbah_Peter_Lorre

Pourtant, avant de se retrouver blacklisté, le jeune réalisateur a le temps de tourner deux films qui resteront, a posteriori du moins, comme ses plus belles réussites : « Menace dans la nuit » (1951, dernier film interprété par John Garfield, autre victime du maccarthysme) et « Casbah » (1948), second remake américain du classique français de Duvivier « Pépé le moko » (1937). Un film qui avait déjà donné lieu à un premier remake américain, « Algiers » (1938), réalisé par John Cromwell avec Charles Boyer en tête d’affiche. Cette fois, le rôle principal est endossé par le crooner Tony Martin, acteur quelque peu oublié de ce côté-ci de l’Atlantique mais qui fut surtout en Amérique une immense vedette de la chanson. Et de fait, l’une des surprises de ce remake réside sans doute dans sa dimension (très) musicale. Car si Fréhel poussait brièvement la chansonnette dans l’original de Duvivier, dans « Casbah », Tony Martin s’offre pas moins de quatre longues séquences chantées, dont l’une en ouverture qui se révèle assez déstabilisante tant elle dénote avec l’ambiance du film originel. Et puis finalement, contre toute attente, on se laisse prendre au jeu : Tony Martin fait preuve d’un charisme insoupçonné, Yvonne De Carlo et Märta Torén rivalisent de séduction, tandis que Peter Lorre crève l’écran en flic local malin et désenchanté. La scène finale, formidablement mise en scène et qui retrouve l’essence même du film de Duvivier, finit même de nous convaincre. « Casbah » est à donc prendre pour ce qu’il est vraiment : un film noir romantique et mélancolique, porté par l’archétype de l’antihéros désabusé. Contre toute attente, force est de constater que l’ensemble se révèle plutôt convaincant.   

Casbah_Tony_Martin

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Le blu-ray : Le film est présenté en version dans un Master restauré en Haute-Définition et proposé en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français sont disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné de deux présentations respectivement signées par Patrick Brion (11 min.) et François Guérif (13 min.).

Édité par Sidonis Calysta, « Casbah » est disponible en combo blu-ray + DVD ainsi qu’en édition DVD simple depuis le 19 septembre 2023.

Le site Internet de Sidonis Calysta est ici. Sa page Facebook est ici.