Le règne animal

Le règne animalHumanité en fin de règne

Dans un futur incertain, le monde d’après…

Emile, ado de 16 ans, se rend avec son père dans le centre où sa mère est enfermée suite à une mutation qu’elle a subit et qui la transforme peu à peu en animal sauvage.

Emile est réticent à cette visite ; pour son père, il est inimaginable qu’il s’y soustrait. « C’est ta mère Emile ! ».

Dès la première scène, alors qu’ils sont tous les deux coincés dans un embouteillage sur la route qui mène au centre, le spectateur est confronté à l’anormalité de la situation : des humains animaux tentent en effet de s’échapper de l’ambulance qui les transporte vers le même endroit. On comprend de suite qu’ils terrorisent la population d’un monde pour lequel ils ne sont plus adaptés. Et d’ailleurs la mère d’Emile s’est retrouvée enfermée après avoir attaqué son fils qui en porte les stigmates sur le visage. Cette dernière est transférée dans un centre plus moderne dans les Landes ; Emile et son père vont aussi s’y installer. Logés dans un camping au milieu de la nature luxuriante, quel beau parallèle avec le côté animal de celle qu’ils aiment.

Fin de printemps, nouveau lycée, nouvelles rencontres, nouvel amour ?... C’est alors qu’Emile se rend compte que lui aussi subit une mutation. En parallèle, on apprend que suite à l’accident de la route, des humains/animaux dont la mère d’Emile, se sont échappés de l’ambulance qui les conduisait dans leur centre. La gendarmerie fait alors son apparition, chargée au départ de mettre en place des recherches dans la forêt voisine qui sont très vite abandonnées. François, le père d’Emile, se met alors en tête de retrouver sa femme dont il est toujours épris tandis qu’Emile doit de son côté se confronter à sa propre mutation qui le déstabilise.

Thomas Caillet réalise ici un film d’un genre nouveau : une dystopie mais dans un monde qui n’est pas encore très éloignée du notre et qui viendrait illustrer par le prisme cinématographique le courant littéraire actuel dont les pré-ados sont friands. A savoir la cohabitation sur une même planète de deux espèces qui ne sont pas destinées à vivre ensemble ; ici, êtres humains et créatures d’un nouveau genre issues de mutation.

Cela lui permet d’aborder au travers de la fable écologique plusieurs thèmes qui lui sont chers :

-   le devenir de notre planète ; la place laissée à la nature et au monde sauvage par une humanité qui en s’imposant sur celle-ci tend à la faire disparaitre ;

-   le vivre ensemble et l’acceptation des différences qui passerait pour l’absence d’une volonté de suprématie d’une espèce sur l’autre ;

-   la liberté, celle d’être et d’exister tel que l’on est et pas par tel que les autres voudraient que l’on soit ;

-   la peur et le rejet de la différence qui finissent par conduire à la maltraitance et/ou à l’extermination d’une espèce ;

-   l’amour sous toutes ses formes : filiale (formidable relation père/fils) et sentimentale (acharnement du père à retrouver l’être aimé, naissance d’un sentiment amoureux entre Emile et une jeune fille de sa classe), amicale (Emile et Fix)

Ce film est donc d’une grande richesse à la fois visuelle (on est littéralement immergé dans le monde sauvage où le vert dans toutes ses déclinaisons prédomine) et thématique. Il ouvre surtout la réflexion sur les dangers d’une déshumanisation progressive qui résulterait de l’oubli de notre origine animale et de notre lien puissant et indispensable à la nature et qui aboutirait au final à la disparition de notre espèce (après en avoir éradiqué beaucoup d’autres). Il est ainsi intéressant de voir l’évolution du père qui au départ veut maintenir près de le lui sa femme et son fils puis se résout au final par amour à les savoir vivants mais loin de lui dans un monde qui leur est adapté et auquel il n’aura pas accès.

Mais ce film résonne aussi comme une alerte car la mutation de certains humains en animaux semblent résulter d’une épidémie (bien des similitudes avec le traitement du Covid dans notre société alors que le scénario du film est antérieur à 2019) inexorable dont les humains seraient à l’origine et qui les sépareraient à terme d’une façon ou d’une autre pour toujours les uns des autres.

A travers le personnage de Fix, le réalisateur aborde aussi la difficulté de se sentir tout à coup coupé de son groupe originel (dans lequel il ne sera plus possible de revenir) sans encore posséder les clés du monde nouveau qui s’offre à soi. Une réflexion vue de l’intérieur sur la théorie de l’évolution voire une parabole sur les migrations.

Même si on peut sur la fin trouver quelques longueurs à ce film (au moment où Emile s’empare de son nouvel univers, la forêt) et si pour des raisons inexplicables l’émotion ne  fonctionne pas toujours comme on l’aurait souhaité ; on ne peut que s’incliner devant la richesse cinématographique et scénaristique de ce nouvel opus de Thomas Caillet.

Mention spéciale aux interprètes principaux : Romain Duris toujours très juste en père et amoureux éperdu et au jeune Paul Kircher pour son interprétation sidérante de l’avènement de sa mutation d’humain en animal.

Sorti en 2023

Ma note: 14/20


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