[CRITIQUE] : Air

[CRITIQUE] : AirRéalisateur : Ben Affleck
Acteurs : Matt Damon, Ben Affleck, Viola Davis, Chris Messina, Jason Bateman, Julius Tennon, Marlon Wayans, Chris Tucker,...
Distributeur : Amazon Prime Vidéo France
Budget : 70M$
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h52min
Synopsis :
Sonny Vaccaro, le directeur du marketing sportif de chez Nike poursuit sans relâche Michael Jordan pour conclure un partenariat historique, avec son acolyte, Phil Knight, milliardaire et cofondateur de Nike.

Critique :

Petite capsule temporelle pas toujours finaude certes mais intéressante dans sa volonté de capturer la dissonance entre la nécessité de croire au grand art et la volonté de posséder tout ce qu'il produit et incarne, #AIRMovie s'avère une entraînante épopée sportive et feel good. pic.twitter.com/3pgkuckkvk

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) May 12, 2023

Même s'il y a toujours un début à tout, gageons tout de même que l'idée de voir Ben Affleck, déjà peu coutumier du genre en tant que comédien, se laisser aller à arpenter le terrain sinueux de la comédie pour sa nouvelle réalisation, nous laissait un brin dubitatif sur le papier, encore plus avec une œuvre qui avait des faux airs de grosse spot commercialo-propagandaire, pour une marque écrasant déjà sans effort la concurrence dans le business.
Rien de cela à l'écran pourtant - où presque -, tant Air, sur de nombreux points, est peut-être l'œuvre la plus maîtrisée du pendant cinéaste d'Affleck à ce jour, d'autant qu'il se déleste étonnamment bien de l'aspect sensiblement ridicule de ressasser une belle histoire un minimum connu de tous - pour les spectateurs américains tout dû moins - et inscrite dans la légende (que ce soit d'un point de vue sportif où commercial), en prônant un ludisme gentiment entraînant - quitte à parfois survoler des thématiques essentielles.

[CRITIQUE] : Air

Copyright AMAZON CONTENT SERVICES LLC. / Ana Carballosa


En wannabe disciple d'Aaron Sorkin, Affleck s'attaque avec gourmandise à plusieurs genres extrêmement codifiés (le film sportif, le walk & talk, le drama façon success story typique des valeurs pronées par l'American Dream,...) dans ce qui peut se voir autant comme une lettre d'amour cynique au consumérisme enveloppée dans film d'entreprise aux tics so Mad Men (même s'il se garde d'apporter le regard consistant quant à la réalité du coût exorbitant à la fois des chaussures, et de l'exploitation de la main d'œuvre bon marché qui les fabrique), qu'un feel good movie basé sur la croyance - surtout de soi -, personnifiée par le parcours semé d'embûches de Sonny Vaccaro pour faire signer le prodige Jordan chez Nike.
Un homme intimement persuadé que les athlètes sont magiques et peuvent bousculer le monde, coincé qu'il est dans un département marketing plein d'employés essayant juste de garder l'entreprise hors des radars et de la zone rouge financière.
La narration le suit alors qu'il essaie de convaincre tout le monde d'adopter l'idée radicale de 1984 de mettre tout le poids de l'entreprise derrière un athlète universitaire plein de promesses, et de concevoir une chaussure marquée de son nom bien que Jordan lui-même soit paradoxalement peu représenté à l'écran (ce qui donne cela dit, un envers du décor intéressant sur l'idée du travail d'un athlète et de sa valeur autant pour l'entreprise désireuse de l'exploiter, que pour ceux censés le représenter).

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Un regard superficiel ferait du film une propagande d'entreprise gentiment enjouée, une hagiographie célébrant non pas le sportif (Jordan est jusqu'ici préservé de tout biopic Hollywoodien... tant mieux) mais les riches spécialistes - majoritairement blancs - du marketing d'une marque renommée capitalisant et sécurisant son héritage sur le dos du basketteur le plus légendaire de l'histoire (le seul, pendant longtemps, à avoir réellement pu pleinement tirer profit de son nom).
On pourrait même simplement y voir le pur récit sportif so américain d'un underdog dont on célèbre l'instinct et le succès, après s'être battu contre le scepticisme ambiant (pensez très fort à Jerry Maguire), le tout juxtaposé au coeur d'une époque - les 80s - où le virage du consumérisme et de l'omniprésence des marques dans la culture populaire, était déjà férocement enclenché.
Mais pour qui voudra bien le voir, Air est bien plus que cela tant au travers d'une narration savoureusement volubile et passionnée (héritage Sorkinien qu'on vous dit), le film s'attache à montrer l'envers du décor, le processus par lequel les grosses entreprises se greffent et vampirisent la culture - sous toutes ses formes -, comment la foi et la magie bien réelle en quelque chose de fantastique (les exploits sportifs, rien de plus fédérateur au monde), se heurtent de plein fouet au rouleau compresseur commercial et à l'exploitation dénuée d'humanité grâce à laquelle elle prospère. 

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Petite capsule temporelle pas toujours finaude certes (notamment dans une sorte de buffet maxi best-of de l'iconographie made in 80s) mais intéressante dans sa volonté de capturer la dissonance entre la nécessité de croire au grand art et la volonté de posséder tout ce qu'il produit et incarne, Air, pile à l'intersection entre la légende Jordan et un capitalisme qui essore sa magie, s'avère une distrayante et entraînante épopée par un cinéaste ayant confiance en son histoire et en sa brillante distribution, dominée par un solide tandem Matt Damon/Viola Davis (qui en une poignée de scènes, vole autant la vedette qu'elle incarne le cœur même du film).
Pas un slam dunk donc, mais une bonne partie bien rythmée et structurée qui n'a rien d'un documentaire ESPN qui idolâtre son sujet (où se perd dans une vision incohérente voire furieusement romancée de la réalité) et perd ses moyens dans le money time.
On n'attendait pas forcément Ben Affleck aussi à l'aise sur ce terrain, tant mieux.

Jonathan Chevrier
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