Babylon

BabylonGargantuesque, pantagruélique, scatologique

Ode aux pionniers du cinéma, le prodige Damien Chazelle nous plonge dans les débuts du cinéma avec des plateaux fait de bric et de broc dans le désert californien. Opulence, grandiloquence et démesure ; Chazelle décrit bien le foisonnement et l’hystérie appelé Art par ses concepteurs et dégénérescence par ses détracteurs qu’est le cinéma des débuts. Et pour illustrer cette démesure, dès la première scène, il décide de jouer dans le scato puis le pipi, caca et le vomi : manière d’illustrer le grand n’importe quoi des débuts ; une forme de Sodome et Gomorrhe. C’est flamboyant, excessif ; mais cette surenchère permanente se révèle indigeste sur une durée trop excessive ; 3h10 !!!

Pour le sujet, ces stars des débuts vont se retrouver piégés par deux événements majeurs pour cet art naissant ; le passage au parlant et l’élévation par l’intelligentsia de ce spectacle orgiesque en Art noble. Pour le passage au parlant, le message du film est très proche de celui porté par « Chantons sous la pluie » ; l’impossibilité pour les stars du muet de franchir le mur du son. Pour ces mêmes acteurs, le code Hayes va aussi leur être fatale ; fini la débauche, et ça fait écho avec l’intérêt porté par une nouvelle population pour cet art. Il va falloir règlementer et rendre tout cela bien plus propre et acceptable ; le cinéma va être plus normatif. Et là, c’est le début de la fin de carrière pour certains, des potentiels de gains énormes pour d’autres, et le politiquement correct modifie tout cet écosystème. Tout ceci est abordé de front par Damien Chazelle, même s’il recycle allègrement « Chantons sous la pluie » , mais c’est assumé. Le thème, même s’il est traité de manière grandiloquent et boursoufflé est très intéressant ; une véritable mise en abyme du cinéma.

Le vrai potentiel du film est la marque de fabrique de Damien Chazelle. Au-delà de montrer des personnes à l’ambition dévorante pouvant les consumer littéralement, il chorégraphie ces films comme de petites comédies musicales ; et la musique tout le long du film est un véritable personnage principal. Et puis c’est un film d’acteur ; Margot Robbie enflamme la pellicule à chaque apparition, une vraie révélation ; et à près de 60 ans, Brad Pitt, en comédien has been propose une composition sans faille.

Et pour finir avec ce film très inégal, le clip de fin que l’on peut interpréter comme la mort annoncée du cinéma fait office de verrue surtout quand elle émane d’un tel passionné. Dérangeant.

J’en attendais beaucoup voire trop, donc la déception est à la hauteur de mes attentes vis-à-vis d’un tel metteur en scène

Sorti en 2023

Ma note: 12/20