[CRITIQUE] : Pour la France

[CRITIQUE] : Pour la FranceRéalisateur : Rachid Hami
Acteurs : Karim Leklou, Shaïn Boumedine, Lubna Azabal,...
Distributeur : Memento Distribution
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Taïwanais.
Durée : 1h53min
Synopsis :
Lors d’un rituel d’intégration dans la prestigieuse École Militaire de Saint-Cyr, Aïssa, 23 ans, perd la vie. Face à une Armée qui peine à reconnaître ses responsabilités, Ismaël, son grand frère, se lance dans une bataille pour la vérité. Son enquête sur le parcours de son cadet va faire ressurgir ses souvenirs, de leur enfance à Alger aux derniers moments ensemble à Taipei.
D’après une histoire vraie de Jallal Hami.

Critique :

Évitant tout esprit accusateur sans pour autant mettre de côté une indignation totalement légitime, pour mieux prôner un sentiment d'apaisement salvateur, Rachid Hami fait de #PourLaFrance un drame tendre et digne, nous partagant avec pudeur sa douleur pour mieux nous emporter. pic.twitter.com/4I14ObXowO

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) February 5, 2023

On avait laissé Rachid Hami il y a un petit peu moins de six ans déjà avec une réalisation certes peu originale mais au coeur gros comme ça : La Mélodie, petit bout de drame offrant une peinture réaliste et colorée du microcosme multiculturel de l'Education nationale doublé d'un vrai regard social, le tout porté par duo vedette aussi atypique qu'hors des stéréotypes, incarné à la perfection par Kad Merad et la révélation Renély Alfred.
Le coeur de son troisième effort lui, passé par la case Mostra en septembre dernier, réside tout simplement au sein même de son propre microcosme familial tant Pour la France revient d'une manière plus où moins directe sur le décès tragique de son frère en 2012, lors d'un rite d'initiation (géré, à quelques encablures de ce que l'on peut considérer comme un bizutage institutionnel, par des recrues de deuxième année)à la prestigieuse académie militaire de Saint- Cyr où il était étudiant en première année.

[CRITIQUE] : Pour la France

Copyright 2022 Gophoto/Mizar Films


Un nouveau long-métrage plus personnel où le cinéaste transforme une douleur intime en une histoire toute en retenue sur la quête de justice et la capacité de pouvoir endurer la souffrance du deuil où le récit autobiographique se fait merveilleusement universel, entremêlant autant les histoires morcelées d'une famille endeuillée que les temporalités et les cadres - la narration s'étale sur trois époques et trois continents -, pour mieux sonder à la fois les traumatismes et les difficultés de deux frères diamétralement opposés, dont l'enfance perturbée par les actions du FIS dans l'Algérie de la fin des 80s avant une arrivée compliquée en France (où l'espoir d'une assimilation impossible se confronte à une xénophobie totalement décomplexée, sans oublier la perte d'un père militaire resté sur ses terres d'origines - car prenant tout départ comme une trahison), a servit de piliers fragile à une construction identitaire où l'un sera appeler à devenir un fils prodigue et aimé (Aissa, le défunt) et l'autre le vilain petit canard méprisé et constamment en échec (Ismaël).
En faisant de l'intime un outil à la fois bouleversant, universel et surtout politique, le cinéaste dresse non pas seulement la chronique - très détaillé - d'un douloureux fait divers, mais le portrait fascinant d'une famille d'immigrée rongée par la culpabilité et un exil complexe (où il ne recule devant aucune complexité psychologique de ses personnages, ce que le pas si éloigné Athéna de Romain Gavras), lui aussi à la dernière Mostra, se refusait catégoriquement), où les choix des uns se répercutent indubitablement sur les autres et leurs relations.

[CRITIQUE] : Pour la France

Copyright 2022 Gophoto/Mizar Films


Évitant soigneusement tout esprit - inutilement - vengeur où accusateur sans pour autant mettre de côté une indignation totalement légitime, pour mieux prôner un sentiment d'apaisement salvateur autour des notions d'appartenance et de sacrifice, Pour la France se fait un drame tendre et digne qui a le bon ton de ne jamais trop en faire, tout en étant porté par la partition incroyablement juste d'une distribution totalement vouée à sa cause (de Lubna Azabal, formidable et à fleur de peau, à un Karim Leklou intense et déchirant).
Courageux, Rachid Hami fait de son oeuvre une sorte de thérapie et nous partage avec pudeur sa douleur pour mieux nous emporter.
Jonathan Chevrier
[CRITIQUE] : Pour la France