The Kid (1921) de Charles Chaplin

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Charles Chaplin, alors au sommet du cinéma mondial avec une soixantaine de courts et moyens métrages depuis "Pour Gagner sa Vie" (2014) de Henry Lehrman, en passant par sa décision 2 mois après de réaliser lui-même à partir de "Charlot et le Chronomètre" (2014) ce qui deviendra systématique à partir de "Charlot et le Mannequin" (2014), puis poursuivra en devenant son propre producteur à partir de "Charlot Chef de Rayon" (2016), puis commencera à être compositeur de ses films avec "Une Vie de Chien" (2018), ce qui va l'amener à cumuler toutes ces casquettes sur ses 11 longs métrages ce qui va commencer donc avec "The Kid" (1921), un petit long avec seulement 68mn mais cela reste un événement et un pas décisif dans sa carrière. Il prend un risque d'abord financier avec un budget de 250000 dollars, ce qui est inédit et énorme comparé à ses courts métrages. Ce film va lui ouvrir les portes vers plus d'ambition, avec un succès mondial devenant le plus gros succès 2021 juste derrière "Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse" (1921) de Rex Ingram et est toujours considéré comme un des plus grands films de l'ère du Muet... Jeune maman victime d'un séducteur et démunie elle s'oblige à abandonner son enfant dans la voiture luxueuse d'un quartier cossu espérant que l'enfant aura un avenir heureux. Prise de remord elle revient sur ses pas mais l'enfant a disparu. Le hasard fait que l'enfant est recueilli par un pauvre vitrier, qui après plusieurs tentative de s'en débarrasser fini par s'y attacher et va tout faire pour l'élever du mieux qu'il peut. Les années passent, la maman est devenue une actrice connue, Charlot est devenu le papa gâteau d'un petit garçon...

Chaplin est évidemment le papa vitrier, l'artiste étant donc producteur-réalisateur-scénariste-monteur-compositeur de son film. L'enfant à 5 ans est interprété par le tout jeune Jackie Coogan, premier enfant-star du cinéma révélé dans "Son Fils" (2017) de Harry Beaumont, retrouvant surtout Chaplin après "Une Journée de Plaisir" (1919) et qui va enchaîné avec "Oliver Twist" (1922) de Frank Loyd, accumulant le succès toute son enfance en jouant entre autre Tom Sawyer dans le film éponyme (1930) de John Cromwell et sa suite "Huckleberry Finn" (1931) de Norman Taurog et qui sera en fin de carrière un fameux Oncle Fétide dans la série TV culte "La Famille Adams" (1964-1966). Notons que le pickpocket et le diable sont incarné par le père du kid, Jackie Coogan Sr. La grande partie du casting sont issus de l'écurie Chaplin, la plupart étant des fidèles de l'artiste à commencer par sa muse Edna Purviance qui tourna environ 35 films depuis "Charlot fait la Noce" (1915) avec Chaplin dont elle a été l'amante et qui, plus tard, restera très proche Chaplin continuant à la payer et lui offrant même des rôles n'existant pas toujours notamment dans ses prochains long métrages. Elle retrouve donc après plusieurs films son partenaire Henry Bergman, qui tourna une vingtaine de films depuis "Charlot Musicien" (2016) et qui retrouvera encore Chaplin pour les prochains longs jusque "Les Temps Modernes" (1936), citons aussi Charles Reisner et Albert Austin, acteurs récurrents notamment ensemble sur "Une Vie de Chien" (2018). Citons encore le policier incarné par Tom Wilson qui débuta dans les premières superproductions du cinéma, "Naissance d'une Nation" (2015) et "Intolérance" (2016) tous deux de D.W. Griffith, vu entre autre dans "Sergent York" (1941) de Howard Hawks, "Les Implacables" (1955) de Raoul Walsh ou "L'Homme aux Colts d'Or" (1959) de Edward Dmytryk et qui retrouvera Chaplin pour "Monsieur Verdoux" (1947), Robert Gaillard qui débuta dans "The Power of the Press" (1909) de Frank Capra et ensuite vu dans "Le Tournant" (1915) de King Vidor ou "The Man Who Won" (1919) de William A. Wellman, et enfin Frank Campeau vu notamment dans "Une Poule Mouillée" (1920) de Victor Fleming, "La Tornade" (1923) de John Ford ou "L'Appel de la Forêt" (1935) de William A. Wellman... Comme souvent, la force de Chaplin est l'équilibre parfait entre le gag et l'émotion, entre le burlesque et l'intime et encore une fois il offre une leçon avec une histoire où on rit autant qu'on est ému. Le récit oscille constamment entre les deux facettes, en résumé, l'humour et le burlesque dès que Charlot est en extérieur, l'émotion et l'intime quand on se retrouve en intérieur. Le prologue est digne d'un drame social où une mère abandonne son enfant, puis arrive Charlot, marginal sans le sou dont le premier réflexe est de chercher lui aussi à se débarrasser du bébé (chose rare, notons qu'il s'agit d'un vrai bébé !) ce qui laisse place aux premiers gags où toutes ses tentatives se finissent par le retour du bébé dans ses bras.

Après l'ellipse de 5 ans, on découvre un vieux célibataire qui s'est métamorphosé en papa presque idéal, mais aimant et faisant de son mieux. À la maison le duo père-fils est une succession de de séquences entre drôlerie et émotion du petit coup de truelle au bisou dans l'oreille en passant par la couverture poncho qui renvoie aussi à la dimension sociale du film, montrant qu'il vaut mieux rajouter une couverture que d'allumer le chauffage pour pouvoir manger à sa faim. Sortant de la maison l'humour se fait plus joyeux, papa vitrier demandant au fiston un coup de main pour gagner un peu de sou, ce qui n'empêche pas un papa dragueur d'une 13ème cliente. Toute une partie où on voit un papa d'adoption assurer auprès de son fiston qui est heureux comme tout, jusqu'à ce qu'arrive le pire où comment le système est vicié avec une dénonciation de la politique sociale et du système de l'orphelinat. Première crise, premier drame qui pousse ce papa à éveiller un courage qu'on ne lui connaissait pas jusque là. Le tandem se voit contraint à un quotidien plus dur encore, les gags se font plus subtils (le pickpocket du refuge !) mais irrémédiablement on s'attend au point de non retour. Dans la dernière partie, on se perd un peu dans une partie rêve presque hors sujet, comme un court qui aurait été intégré sans réelle cohérence. Une déception, en court pourquoi pas mais hors "Le Kid". Pour son film Charles Chaplin a choisi aussi d'assumer un film Muet total, à savoir qu'il n'ajoute pas de cartons ou d'encarts pour les dialogues. Le jeu des acteurs et la mise en scène est assez inventive pour qu'on comprenne tout sans lignes de dialogues. D'ailleurs, Chaplin y tenait au point qu'il a attaqué en justice e,n 1959 en France pour s'opposer à ce qu'on ajoute une bande-son et des cartons dialogues à son film ; historiquement c'était la première fois en France qu'un tribunal confirmait le Droit Moral d'un artiste américain sur son oeuvre. Le film est une réussite, aussi drôle qu'émouvant, des gags assez nombreux et créatifs pour offrir tout un panel pour zygomatiques tout en signant un propos de fond social fort avec en prime la petite larme. Un grand film malgré la partie rêve, premier chef d'oeuvre en long métrage du maître à voir et revoir à volonté.

Note :                 

19/20