[CRITIQUE] : Le Menu

[CRITIQUE] : Le MenuRéalisateur : Mark Mylod
Avec : Ralph Fiennes, Anya Taylor-Joy, Nicholas Hoult, Hong Chau, Janet McTeer, …
Distributeur : The Walt Disney Company France
Budget : -
Genre : Thriller
Nationalité : Américain
Durée : 1h48min
Synopsis :
Un couple se rend sur une île isolée pour dîner dans un des restaurants les plus en vogue du moment, en compagnie d’autres invités triés sur le volet. Le savoureux menu concocté par le chef va leur réserver des surprises aussi étonnantes que radicales...
Critique :

Expérience gastronomique de haute volée,#LeMenu nous remplit la panse d’une satire sociale assez facile pour mieux nous berner. Il ne faut pas manger, mais se nourrir. Il ne faut pas voir, mais regarder. Se repaître de l’art et en accepter, parfois, sa simplicité (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/A0dxFVcWHy

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) November 22, 2022

Ils sont onze sur une île. Ils ne se connaissent pas et vont partager, pendant quelques heures, un repas gastronomique concocté par un célèbre chef. Voici le postulat de Le Menu, réalisé par Mark Mylod. Plus connu sur le petit écran que sur le grand (Game Of Thrones, Once Upon a Time, Shameless), le réalisateur réunit ici un casting quatre étoiles dans cet étonnant thriller gastronomique. Façon Ils Étaient Dix, avec le même sens de la théâtralité qu’Agatha Christie, le long métrage s’infiltre dans le monde bourgeois de la restauration étoilée pour mieux dénoncer la lutte des classes et l’hypocrisie de ce monde microscopique, où les rapports de force façonnent l’assiette.

[CRITIQUE] : Le Menu

Copyright 20th Century Studios. All Rights Reserved.


Hawthorn est le rêve ultime de tout amateur de cuisine rigoureuse. Tyler (Nicholas Hoult) ne peut contenir son excitation, contrairement à sa compagne, Margot (Anya Taylor-Joy), tandis que le couple attend (im)patiemment le bateau qui doit les emmener au paradis, avec les autres convives. Ce restaurant, où il faut compter 1250$ par tête, a fait la notoriété de son chef, Slowik (Ralph Fiennes). Son mystère (aucune photo n’est autorisée), sa versatilité (les menus et les plats sont éphémères) renforcent la singularité du lieu. Les client⋅es payent la nourriture, l’art de la confection des plats, mais aussi (et surtout) l’expérience collective.
La plante qui prête son nom au restaurant, l’aubépine (hawthorn en anglais) est peu toxique, connue pour ses propriétés soporifiques. L’éclat d’or du restaurant endort ainsi les client⋅es présent⋅es lors de cette soirée pas comme les autres. Personne ne se connaît, mais ensemble, ils et elles vont vivre une expérience innée : celle de lier l’art de la table à la vie, tout simplement. Le Menu déploie une critique acerbe du monde embourgeoisé de la gastronomie. Comment un acte aussi essentiel que manger peut-il devenir aussi guindé ? Il faut toute une industrie, représentée comme par hasard (ou peut-être pas) dans la salle : des investisseurs, des critiques gastronomiques, des célébrités vulgarisant cet art, des client⋅es lambda ne sachant pas faire la différence entre du flétan et du cabillaud et surtout, des amateurs sûrs de s’y connaître tout autant (sinon plus) que les professionnels. On peut bien évidemment tracer une comparaison avec tous les arts, mais le cinéma est la comparaison la plus indiquée. En faisant une satire cinématographique de la gastronomie, les scénaristes Will Tracy et Seth Reiss, ne font-ils pas un constat alarmant sur le changement actuel de l’industrie, en un spectacle constant, toujours plus grand, toujours plus vite, toujours plus fort, au détriment de l’art et de la rigueur ? Poussant plus loin encore la représentation de ce menu, Slowik met en scène ses plats, ses cuisiniers et l’expérience culinaire à son apogée, jusqu’à ce que les plats ne deviennent plus que des étapes vers un final en apothéose. La nourriture perd son objectif principal : nourrir les estomacs afin de ne pas mourir.

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On pourrait rapprocher le film de Mark Mylod avec la Palme d’Or 2022, Sans Filtre, dans sa dénonciation de la superficialité de notre société, toujours en représentation de la richesse. Mais là où le film de Östlund se confortait dans un grotesque (plutôt) facile, Le Menu propose une véritable expérience (allant même présenter ainsi le film dans son générique), en augmentant son aspect théâtral. Au lieu de forcer le public à s’indigner des comportements des personnages, le long métrage ressemble davantage à une adaptation très libre et moderne du best-seller Ils Étaient Dix de la Reine du Crime. Le Menu reprend sa machine implacable, sa construction rythmique découpée par une comptine pour le roman et par le menu pour le film et sa fin jusqu'au boutiste. Ironie délicieuse de voir une satire sur le divertissement embrassé aussi facilement un divertissement pur, ici le thriller noir enrobé d’une douce théâtralité, afin de faire naître le rire au milieu de la tragédie.
Expérience gastronomique de haute volée, Le Menu nous remplit la panse d’une satire sociale assez facile dans les entournures pour mieux nous berner. Il ne faut pas manger, mais se nourrir. Il ne faut pas voir, mais regarder. Se repaître de l’art et en accepter, parfois, sa plus parfaite simplicité.
Laura Enjolvy
[CRITIQUE] : Le Menu

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