[CRITIQUE] : She Said

[CRITIQUE] : She SaidRéalisatrice : Maria Schrader
Avec : Carey Mulligan, Zoe Kazan, Samantha Morton, Andre Braugher, Patricia Clarkson, …
Budget : -
Distributeur : Universal Pictures International France
Genre : Drame, Biopic, Judiciaire
Nationalité : Américain
Durée : 2h09min
Synopsis :
Deux journalistes du New York Times, Megan Twohey et Jodi Kantor, ont de concert mis en lumière un des scandales les plus importants de leur génération. À l’origine du mouvement #Metoo leur investigation a brisé des décennies de silence autour du problème des agressions sexuelles dans le milieu du cinéma hollywoodien, changeant à jamais la société américaine et le monde de la culture.
Critique :

Malgré une mise en scène sans grand éclat,#SheSaid met en lumière les victimes et leur courage, qu’elles décident de parler ou non. Sa plus grande force réside dans cette pluralité de femmes victimes du même homme, qu’elles soient actrices ou simples assistantes. (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/JYTdFQ0xIS

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) November 21, 2022

Alors que Maria Schrader nous a offert, il y a peu, la délicieuse comédie romantique SF I’m your man, elle nous revient avec un second film She Said, écrit par Rebecca Lenkiewicz (Désobéissance, Colette). Dans celui-ci, la réalisatrice allemande remet l’affaire Weinstein sur le devant de la scène en adaptant le livre-enquête mené par deux journalistes du New York Times, Jodi Kantor et Megan Twohey, récipiendaires toutes deux du Prix Pulitzer en 2018. Leur livre, She Said, les dessous de l’enquête qui a révélé l’affaire Weinstein et fait exploser le mouvement #MeToo est sorti dans nos librairies en 2020.
Véritable raz-de-marée à Hollywood (mais aussi dans de nombreuses institutions), le mouvement #MeToo a maintenant cinq ans et a permis (autant que faire se peut) d’apporter quelques améliorations au sein d’une industrie misogyne, noyau de comportements abusifs soigneusement cachés aux yeux du monde. Depuis les révélations autour du producteur Harvey Weinstein, le cinéma et les séries se sont servis de cet exemple pour libérer la parole autour des agressions sexuelles, de l’emprise psychologique et du viol (à l’aide du documentaire et de la fiction) afin de faire bouger les choses de l’intérieur. De nouvelles conventions collectives sur les tournages ont vu le jour, de nouveaux métiers aussi (les coordinateur⋅trices d’intimité par exemple).

[CRITIQUE] : She Said

Copyright 2022 Universal Studios. All Rights Reserved.


Il serait faux d’annoncer que tout cela vient uniquement de l’enquête du New York Times. Nous savons aujourd’hui que la militante afro-américaine Tarana Burke avait déjà enclenché une première vague de campagne #MeToo, dès 2007, pour dénoncer les violences sexuelles, notamment à l’endroit des minorités encore plus réduites au silence. Ainsi,  Megan Twohey et Jodi Kantor se sont greffées à un essor d’événements, qui a enfin permis de sortir de l’omerta.
Cette longue (mais nécessaire) introduction replace She Said dans l’histoire de #MeToo. Après moult documentaires sur l’enquête, après des films de fictions qui reprennent, sans la nommer, l’affaire Weinstein (comme le brillant The Assistant), le film de Maria Schrader montre comment l’enquête journalistique réussit à déterrer tout un système qui protège les agresseurs et fustige les agressées.
Avant d’être une histoire cruciale dans le mouvement féministe, She Said est surtout un film d’investigation, à la gloire des journalistes pourfendeur⋅trices de vérité. C’est sur un échec — une enquête sur les agressions sexuelles de Donald Trump, qui ne l’a pas empêché de devenir président en 2016 — que Megan Twohey part en congé maternité. À son retour, elle s’aperçoit que le journal continue d’enquêter sur des hommes puissants coupables de harcèlement sexuel au sein du monde professionnel. Elle rejoint alors Jodi Kantor qui s’intéresse à Harvey Weinstein car plusieurs plaintes à son encontre se sont soldées par un non-lieu (ou ont tout simplement disparu des dossiers). Quand elles appellent d’anciennes assistantes ainsi que des actrices ayant travaillé avec lui, elles trouvent porte close. Personne ne veut leur parler, apeurées par les répercussions. Un travail titanesque attend les deux journalistes, sûres et certaines d’avoir affaire à un système d’omerta inouï.

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Pour mieux signifier l’engrenage sur lequel bute les deux journalistes, la mise en scène n’hésite pas à se faire redondante. Appel téléphonique, recherche sur l’ordinateur, réunion de crise au journal, interrogatoire dans un restaurant, le montage enchaîne les péripéties sans forcément accélérer le mouvement. Ainsi, le public comprend l’ampleur du problème et le gigantesque travail que cela demande. Le scénario choisit de montrer la vie privée de Megan et Jodi (la difficulté de jongler entre la maternité et le métier, la dépression post-partum, la charge mentale) pour mieux nous faire ressentir de l’empathie. Avant d’être des journalistes, ce sont avant tout des femmes qui peuvent également être victimes de harcèlement de rue ou d’attaque misogyne au sein de leur travail (appel téléphonique violent à la suite d’un article). C’est l’un des problèmes sous-jacent de She Said, vouloir tout dire, tout montrer de la société patriarcale dans son sens le plus large tout en expliquant l’affaire spécifique et complexe autour de Harvey Weinstein. Cette volonté est tout à fait louable et montre le lien entre toutes ces violences. Mais l’impression d’être devant un énorme fourre-tout est tenace, comme si les plans devaient cocher les cases d’une liste féministe. C’est d’autant plus dommage que l’affaire Weinstein est déjà si large qu’elle englobe de nombreuses problématiques patriarcales liées à l’environnement professionnel, mais aussi liées à l’intime et à la vie privée.
Afin d’éviter qu’un membre du duo prenne le dessus, le récit fait en sorte de les transformer en jumelles d’investigation. Elles ont la même coupe de cheveux, la même façon de s’habiller, presque les mêmes problèmes à la maison. Pour contrebalancer la pugnacité de l’une, on montre la douceur de l’autre. Quand Megan arrive à soutirer des informations grâce à sa grande gueule, Jodi quant à elle, invite les femmes à se confier par sa personnalité plus effacée. Chacune apporte sa pièce à l’édifice, dans une parfaite équité. Équité que l’on retrouve dans l’ensemble de la rédaction du New York Times. Hommes et femmes, journalistes et rédacteur⋅trices en chef⋅fes travaillent main dans la main. Cela ressemble presque à une utopie tant l’univers du journal nous paraît illusoire. Même si l’on comprend qu’il a bien fallu que les deux journalistes soient protégées par leur rédaction face aux attaques des équipes du producteur, nous savons aussi que le journalisme n’est pas toujours aussi idyllique. On dirait que le film veut compenser les horreurs de Hollywood par un monde journalistique dénué de stigmate.

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Malgré une mise en scène sans grand éclat, le film met en lumière les victimes et leur courage, qu’elles décident de parler ou non. La plus grande force de She Said réside dans cette pluralité de femmes victimes du même homme, qu’elles soient actrices ou simples assistantes. Megan et Jodi leur donnent l’oreille attentive tant attendue, leur empathie allant souvent au-delà du travail d’investigation. L’émotion se niche dans les détails, dans ces champ/contre-champ certes classique mais qui mettent en lumière la parole des silenciées.
Laura Enjolvy
[CRITIQUE] : She Said
En 2020, Harvey Weinstein est déclaré coupable de viol sur deux personnes, mais il est disculpé de plusieurs chefs d’accusation, dont la mention aggravante de “comportement de prédateur”. Le 10 octobre 2022 s’est ouvert un deuxième procès à Los Angeles, il fait face à onze chefs d’accusation pour des faits commis entre 2004 et 2013. Il sera aussi poursuivi par la justice britannique, pour deux chefs d’accusation concernant des faits datant d’août 1996. (sources Wikipédia, Ouest-France et Le Point)

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