[CRITIQUE] : Les aventures de Gigi la Loi

Par Fuckcinephiles
Réalisateur : Alessandro Comodin
Avec : Pier Luigi Mecchia, Ester Vergolini, Annalisa Ferrari,…
Distributeur : Shellac
Budget : -
Genre : Documentaire, Comédie
Nationalité : Italien, Français, Belge
Durée : 1h42min
Synopsis :
Gigi est policier de campagne, là où, semble-t-il, il ne se passe jamais rien. Un jour, cependant, une fille se jette sous un train. Ce n’est pas la première fois. Commence alors une enquête sur cette inexplicable série de suicides dans cet étrange univers provincial entre réalité et imaginaire, là où un jardin peut devenir une jungle et un policier avoir un cœur toujours prêt à sourire et aimer.


Critique :

Il se dégage quelque chose de bédéique dans #LesAventuresDeGigilaLoi, vissé sur la vulnérabilité d’un vrai personnahe de cinéma, un homme qui a dû se forger un masque pour répondre aux changements de notre époque et accepter la part de drame de cette foutue vie. (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/fy4y4hzeWY

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) October 21, 2022

Gigi fait la loi, dans un petit village italien. Mais il l’a fait à sa façon. Le nouveau long métrage de Alessandro Comodin brosse le portrait d’une vie de campagne, ponctuée par les trajets en voiture de son personnage principal, qui veille au grain. Tout est si cinématographique que l’on peine à croire qu’il s’agit d’un documentaire. Pourtant, Pier Luigi, dit « Gigi » est l’oncle du réalisateur. Celui-ci le suit dans sa vie de tous les jours, alors qu’un événement tragique fait de l’ombre à la tranquillité rurale.

©Shellac Distribution


Il se dégage quelque chose de bédéique dans Les aventures de Gigi la Loi. Son titre, déjà. Puis son personnage de bon vivant, toujours prêt à essayer la mobylette d’un jeune. Sa mise en scène fait également référence à l’univers de la BD. On imagine sans mal la séquence du début dans des petites cases. Gigi, dans son jardin, se dispute avec un voisin invisible. Les dialogues sont cocasses et tournent en rond, vaudeville improvisé et terriblement italien. Ce policier de campagne parcourt les terres et emmène avec lui sa bonne humeur. Rien ne peut lui retirer son sourire et son optimisme, pas même le suicide d’une jeune femme. Pourtant, cette mort hantera le film comme elle hante Gigi, qui cherche un coupable. Il existe forcément un coupable à cette tragédie, car le village à déjà dû y faire face auparavant. Serait-il possible que plusieurs personnes se suicident au même endroit ? Ou y a-t-il autre chose derrière ?
Il se cache un ton plus grave dans cette atmosphère champêtre et légère, dans un endroit où l’on se dit qu’il “ne se passe jamais rien”. Alessandro Comodin observe autant qu'il met en scène. La mise en scène trouve son rythme dans l’habitacle d’une voiture, se servant d’un changement de point de vue pour effectuer ses transitions. Cette manière de mettre en place les ellipses rappelle encore une fois la BD et donne au film un ton surréaliste qui l’éloigne encore plus du documentaire. On pourrait parler de « docu-fiction », mais le terme paraît aussi peu pertinent que « documentaire » dans ce cas précis. La manière de nous perdre dans le flou, grâce aux changements d’espace-temps cocasses, crée une chimère. Les aventures de Gigi la Loi est de l'ordre de l’imaginaire, plus que du réel. Même la langue, l’italien, revêt des accents d’étrangetés car les habitants parlent le frioulan, dans cette partie italienne peu exploitée au cinéma, le Frioul.

©Shellac Distribution


Gigi est un personnage de cinéma, dans le sens où s’il se perd dans sa propre réalité, il nous y perd également. Son jardin, une véritable jungle, exprime son besoin de s’enfermer dans ses rêves. Les rares moments où il est en civil sont justement dans ce jardin. Quand il n’est pas flic, Gigi fait également partie du rêve. La scène de fin devient émouvante quand les deux mondes se rencontrent : Gigi le (personnage) flic et Gigi l’homme (réel), tandis qu’il se dévoile à une collègue sur un banc d’un hôpital psychiatrique. On sent alors la vulnérabilité d’un homme qui a dû se forger un masque pour répondre aux changements de notre époque et accepter la part de drame de cette foutue vie.
Laura Enjolvy