[CRITIQUE] : The Greatest Beer Run Ever

Par Fuckcinephiles

Réalisateur : Peter Farrelly
Acteurs : Zac Efron, Russell Crowe, Bill Murray,...
Distributeur : Apple TV Plus
Budget : -
Genre : Biopic, Guerre.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h06min.
Synopsis :
Afin d’apporter son soutien à ses amis partis se battre au Vietnam, Chickie Donohue décide de se rendre sur le front par ses propres moyens et d’apporter aux soldats un souvenir de chez eux : des canettes de leur bière préférée. Mais très vite, ce qui avait commencé comme un voyage rempli de bonnes intentions devient l’aventure d’une vie pour Chickie, qui fait face à la réalité de cette guerre controversée. Ses retrouvailles avec ses amis d’enfance le précipitent dans les complexités et les responsabilités de la vie d’adulte. Adapté d’une incroyable histoire vraie, The Greatest Beer Run Ever est le récit d'un passage à l'âge adulte sur fond d'amitié, de loyauté et de sacrifice.


Critique :

Même un Zac Efron imposant dans un rôle férocement ingrat ne peut sauver #TheGreatestBeerRunEver du marasme désinvolte, sans nuance ni subtilité dans lequel il patauge, Farrelly semblant plus motivé de signer un film qui se rêve important, plutôt qu'un film qui compte réellement. pic.twitter.com/norO5UDnPP

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) September 30, 2022

Avec son titre tout droit sortie d'un teen movie prétexte et demeuré qui laisserait planer l'idée qu'on suivrait un jeune lycéen/universitaire lancé dans la beuverie de sa vie - The Greatest Beer Run Ever -, le nouveau long-métrage de Peter Farrelly, qui adapte ici le roman The Greatest Beer Run Ever : A Memoir of Friendship, Loyalty and Warde de John "Chick" Donohue et JT Molloy, pour en faire son film de la " confirmation " après la consécration et l'élan de respectabilité institutionnel improbable - deux oscars à la clé - de son précédent effort (Green Book), semblait presque renouer avec ses premiers efforts tant il convoque instinctivement un sentiment de comédie.
Presque seulement, car s'il y a un esprit un brin ridicule - pour être poli - dans l'histoire vraie du paresseux et naïf Chickie Donahue, qui s'est mis en tête de donner chaleur et bière à ses potes coincés en plein boom de la guerre du Vietnam en 1968 (le pire des " thank you for your service "), en traversant le pays au mépris du danger et de la légalité; il n'y a pourtant aucun ersatz de la bienveillance qui pouvait rendre les mésaventures d'un Ted où du tandem Larry/Lloyd à la fois délirante et férocement attachante.

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C'est simple, le bonhomme recycle ici sans vergogne exactement la même recette qu'il a appliqué pour Green Book, à savoir une retranscription romancée de l'histoire sous sa forme la moins conflictuelle - voire même gentiment réductrice - qui soit, enrobée dans un duvet cotoneux et sans heurts au coeur d'une Amérique où tout va bien, littéralement dépolitisée et dont les agissements ne sont jamais remis en question (un comble en pleine guerre du Vietnam).
Une histoire qui vend une version idéaliste et über patriotique du conflit où chaque personnage n'est présent que pour servir le voyage initiatico-stupide d'un héros qui ne sait rien de la guerre (il risque la vie de tous ceux qu'il rencontre par sa témérité et sa débilité, autant qu'il pense que les journalistes au Vietnam devraient mentir pour que les américains se sentent mieux en pensant à la guerre - vraiment, sans véritablement en avoir un lui-même au coeur même de la guerre; excepté le personnage de reporter de guerre campé par un Russell Crowe qui semble tout droit sortie d'un autre film, présent pour distiller ici quelques leçons de vies entre deux, trois clichés - photographiques comme verbaux.
Pris dans l'ivresse d'une interprétation comique du conflit au Vietnam, la narration dessoûle vite mais n'arrive jamais à se prendre pleinement au sérieux, devenant même profondément ennuyeuse à mesure où elle pointe des évidences autant que son incapacité - tout comme son personnage titre - à traiter toute l'horreur qu'elle met en scène.

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Même un Zac Efron imposant dans un rôle profondément ingrat (et qui à mesure de films, démontre joliment les fruits d'une maturité de jeu durement gagnée) ne peut sauver The Greatest Beer Run Ever du marasme désinvolte, sans nuance ni subtilité dans lequel il patauge (dégainant sans conviction ses rappels sur l'importance des médias et la duplicité du gouvernement, sans jamais pointé du doigt les cruautés complexes du conflit au Vietnam), où Peter Farrelly semble définitivement plus motivé de concocter un film qui se rêve important, plutôt qu'une vraie oeuvre qui compte réellement.
Jonathan Chevrier