La bête de guerre

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à ESC Editions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « La bête de guerre » de Kevin Reynolds.

« Notre code d’honneur nous impose trois obligations : hospitalité, vengeance et asile à tous ceux qui nous le demandent. Même nos ennemis. »

Pendant la guerre d’Afghanistan, en 1981, une troupe de soldats soviétiques, commandée par un homme très dangereux, se perd dans le désert. Les hommes, en pleine mission de destruction de villages et d’élimination de civils, deviennent alors les cibles des habitants, armés pour se défendre…

« On a toujours le choix. »

Fort d'une série de succès (« Les dents de la mer », « Rencontres du troisième type », « Les aventuriers de l’arche perdue », « E.T. l’extraterrestre ») qui l'ont imposé comme le nouveau roi de l'Entertainment hollywoodien, Steven Spielberg élargit au début des années 80 ses activités à la production. Via sa société Amblin Entertainment, il décide donc de produire des films en misant sur de jeunes cinéastes peu expérimentés (Joe Dante, Don Bluth) voire même novices. Dans cette dernière catégorie, il ira ainsi jusqu'à lancer des apprentis réalisateurs repérés grâce à leurs films de fin d'études. Ce sera le cas notamment de Robert Zemeckisou encore de Kevin Reynolds, dont il produira le premier film, « Une bringue d’enfer ». Même si, peu satisfait du résultat, Spielberg choisira de ne pas être crédité au générique. Ce qui n’empêchera pas les deux hommes de garder des rapports cordiaux même s’ils ne collaboreront plus par la suite. Reynolds, lui,se consacrera ensuite principalement aux grands espaces et aux films d'aventure, en s'appuyant notamment sur son acteur fétiche Kevin Costner. Il connaît ainsi un important succès commercial avec « Robin des bois prince des voleurs » (1991), avant d'enchaîner deux revers retentissants avec « Rapa Nui » (1993) et surtout la superproduction « Waterworld » (1995), qui mettent un sérieux coup de frein a sa carrière. Retournant à des projets plus petits, ses films se font alors plus espacés. Et finissent par sortir dans un certain anonymat.

« Ce n’est pas Stalingrad ici. Ce n’est pas une bonne guerre. Comment se fait-il que nous soyons les nazis ce coup-ci ? Il n’y a pas de bons soldats dans une sale guerre. »

Deuxième long-métrage du cinéaste, « La bête de guerre » traite de l’invasion de l’Afghanistan par les soviétiques. Un sujet qui a bien peu intéressé le cinéma, exception faite de cette bonne année 1988 où deux films prenant pour décor ce conflit sortent quasi simultanément : « La bête de guerre » et « Rambo III ». De façon assez étonnante, les deux films s’ouvrent ainsi de façon similaire, par le massacre et la destruction d’un village afghan par les forces soviétiques. Mais là où Rambo joue les boyscouts et se fourvoie quelque peu en aidant les moudjahidines à bouter l’ennemi soviétique hors du pays, Reynolds aborde lui son sujet sous un angle beaucoup plus subtil. « La bête de guerre » traite en effet des horreurs de la guerre et de la liberté de conscience des soldats. Et c’est justement parce qu’il entre en résistance contre son cruel officier que le soldat Koverchenko finira par s’associer aux combattants locaux pour traquer le char auquel il appartenait à travers le désert, ses occupants passant alors de chasseurs à chassés. Une alliance de circonstance bien plus qu’une histoire d’amitié. Mais qui lui permettra d’être en phase avec sa conscience et qui donnera lieu à une traque haletante et spectaculaire dans des décors désertiques très anxiogènes. S’il dénonce avec vigueur la guerre comme une zone de non-droit faisant ressortir la bête immonde enfouie en chaque homme et dans laquelle toutes les horreurs sont donc permises, le film permet surtout au cinéaste de faire un parallèle saisissant avec la guerre du Vietnam dans laquelle les États-Unis – comme les russes en Afghanistan – se sont comportés en occupants impérialistes méprisants, racistes et brutaux. Comme le dit en substance Koverchenko, il n’y a pas de bonne guerre, quelle qu’elle soit. Définitivement, un très grand film.

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Le DVD : Le film est présenté en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation du film par Patricia Mazuy (2018, La Cinetek, 6 min.) ainsi que de « La Guerre de Kevin Reynolds » par Jean Thooris, journaliste (2021, 20 min.).

Édité par ESC Editions, « La bête de guerre » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 5 janvier 2022.

Le site Internet d’ESC Editions est disponible ici. Sa page Facebook est ici