Rue des cascades

Un grand merci à Coin de Mire Cinéma pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Rue des Cascades » de Maurice Delbez.

Rue_des_cascades

« La vie ne me laisse pas le choix : c’est soit faire des bêtises, soit avoir des regrets »

1960, Ménilmontant. Dans une épicerie buvette de la rue des cascades, Hélène la patronne vit seule avec son fils de dix ans, Alain, un véritable « gosse de la butte ». Un jour Hélène s’éprend de Vincent, un homme visiblement beaucoup plus jeune qu’elle et noir. Alain le déteste pour sa couleur et sa différence. Vincent tente alors de sortir l’enfant de son quartier. Il l’emmène dans les salles de boxe, lui fait découvrir Paris et les cabarets où jouent ses amis. Alain est définitivement conquis au grand étonnement de ses camarades de classe…

« L’amour c’est comme la rougeole ou la scarlatine : une maladie de gosse »

Rue_des_cascades_Madeleine_Robinson

L’Histoire du septième art est ponctuée de films maudits. De chefs d’œuvres incompris voire inachevés qui ont couté par la force des choses un lourd tribut à leurs auteurs. On pense à « L’âge d’or » de Buñuel. A « L’enfer » de Clouzot. Ou encore à « La porte du paradis » de Cimino. Une catégorie de films dans laquelle on pourrait aussi inscrire « Rue des cascades » de Maurice Delbez. Ancien résistant, ce dernier fera son apprentissage à l’IDHEC avant de devenir assistant réalisateur pour Guy Lefranc ou Denys de La Patellière. Ses premiers pas de réalisateur se feront sous le signe de l’audace, puisqu’il s’attaquera d’entrée à un classique d’Abel Gance, « La roue », dont il signera un remake (1957), avant de se faire un petit nom dans le registre de la comédie (« A pied, à cheval et en voiture » avec Darry Cowl ou encore « Et ta sœur ! » avec Pierre Fresnay). Et puis, fort de sa notoriété naissante, il se lance dans l’adaptation du roman « Alain et le nègre » de Robert Sabatier, qu’il rêve de porter à l’écran depuis alors près de quinze ans. Mais fort de son sujet sulfureux pour l’époque, les producteurs lâchent le cinéaste en cours de tournage, l’obligeant à s’endetter pour finir le film, tandis que les distributeurs se montrent frileux et imposent de changer le titre en « Un gosse de la butte » (qui sera encore transformé, plus tard, en « Rue des cascades »). L’aventure se soldera par un échec financier monumental qui marquera la fin de la carrière de Delbez, au cinéma au moins.

« Tout le monde a quelque chose de particulier à quoi le reconnait »

Rue_des_cascades_Suzanne_Gabriello

« Rue des cascades » aurait pu n’être qu’une simple chronique sociale du Paris populaire des années 60 vue à travers les yeux d’un jeune garçon. Mais Maurice Delbez, comme Robert Sabatier, ont donné à ce récit une dimension supplémentaire en le faisant glisser vers l’étude des mœurs de son époque. Le cinéaste y filme en effet les relations complexes entre personnages cherchant à s’émanciper de leurs conditions et des standards moraux de leur époque : une mère célibataire qui prend pour amant un jeune homme noir ou encore sa voisine qui noue une idylle avec le jeune neveu de son mari, dans le dos de celui-ci. L’occasion pour le cinéaste de traiter de sujets jusqu’alors assez tabous au cinéma, tels que le racisme ou encore le désir et la sexualité féminins. Ce qui lui permet de dénoncer les préjugés et la rigidité morale de son époque. Mais « Rue des cascades » est aussi un film touchant en ce qu’il reste filmé à hauteur d’enfant, l’intégralité du récit se déroulant sous les yeux du jeune Alain, tandis que son histoire d’amitié naissante avec l’amant de sa mère, qui sert de fil conducteur au film, apporte une jolie touche de douceur et de tendresse. Si le scénario n’est pas exempt d’un certain nombre de facilités (le vétéran alcoolique qui profère des horreurs mais qui se révèle au final pas si méchant que ça ; l’assassinat de la voisine adultère qui tombe comme un cheveu sur la soupe), il n’en reste pas moins que « Rue des cascades » demeure un joli film progressiste et un plaidoyer poignant pour la tolérance. Un propos toujours d’actualité.

Rue_des_cascades_Serge_Nubret

**

Le blu-ray : Le film est présenté dans une nouvelle restauration 4K à partir du négatif original par SND (groupe M6) avec la participation du CNC, des contributeurs de Celluloid Angels et du Forum des Images de la ville de Paris. Il est proposé en version originale française (2.0). Des sous-titres français pour malentendants sont également disponibles.

Côté bonus, la collection « La séance » propose un formidable concept : celui de reproduire les conditions d’une véritable séance d’époque. En mode « Séance complète », le film sera ainsi précédé des authentiques actualités Pathé de la semaine de sortie du film ainsi que de publicités et bandes-annonces d’époque, le tout en HD. En mode film seul, « Rue des cascades » se lancera directement.Deux bonus viennent compléter cette très belle édition : Retour sur « Rue des cascades » et Entretiens avec Maurice Delbez.

Édité par Coin de Mire Cinéma, « Rue des cascades » est disponible depuis le 18 mars 2022 dans une très belle édition Digibook, limité à 3000 exemplaires numérotés, comprenant le blu-ray + le DVD du film ainsi qu’un livret reproduisant des documents d’époque (24 pages), 10 reproductions de photos d’exploitation (15,5 x 11,5 cm) et la reproduction de l’affiche d’époque (29 x 23 cm). Un très bel objet qui ravira tous les cinéphiles.

Rue_des_cascades_digipack

Le site Internet de Coin de Mire Cinéma est ici. Sa page Facebook est ici.


wallpaper-1019588
Lily-Rose Depp en vedette de Nosferatu signé Robert Eggers ?
wallpaper-1019588
[CRITIQUE] : The Greatest Beer Run Ever
wallpaper-1019588
[CRITIQUE] : Poppy Field
wallpaper-1019588
Bande annonce teaser pour Pétaouchnok d'Edouard Deluc