[CRITIQUE/RESSORTIE] : Mamma Roma

Par Fuckcinephiles

Réalisateur : Pier Paolo Pasolini
Acteurs : Anna Magnani, Ettore Garofalo, Franco Citti,...
Distributeur : Carlotta Films
Budget : -
Genre : Drame
Nationalité : Italien.
Durée : 1h56min.
Date de sortie : 7 janvier 1976
Date de ressortie : 6 juillet 2022
Synopsis :
Mamma Roma, une prostituée d’âge mûr, est libérée de son souteneur à l’occasion du mariage de celui- ci. Elle reprend alors avec elle son jeune fils, Ettore, qui ne sait rien de son ancienne condition, s’installe dans un quartier populaire de Rome et devient vendeuse sur un marché. Alors qu’elle nourrit des espoirs de réussite pour Ettore, celui-ci commence à traîner avec les jeunes désœuvrés du quartier...


Critique :

#MammaRoma est une formidable fable sociale embrassant tous les codes de la tragédie grecque, logée entre la chronique familiale glaciale et un brin oedipienne, et la charge puissante contre le capitalisme impitoyable et la perfidie du puritanisme de l'Italie d'après-guerre. pic.twitter.com/a5vVOEY4Rk

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) July 11, 2022

Dans un certain sens, on pourrait penser, au-delà du fait que le film le suit d'à peine une année, que Mamma Roma incarne une sorte de suite conceptuelle d'Accattone, dans le sens où Pasolini n'adopte plus le point de vue - légèrement - transitoire d'un proxénète mais bien celui d'une prostituée, examinant la douloureuse croix de la honte qu'elles doivent toutes portées face à l'hypocrisie que la société leur impose.
Cette même société dont la consommation sexuelle dite " coupable " - mais totalement volontaire, assumée et consentie - légitime l'existence de cette profession autant qu'elle l'a fustige face à au fétichisme de la famille traditionnelle comme seul et unique de l'existence occidentale, civilisée et chrétienne. 
L'intrigue, plutôt fine - comme Accattone - scrute le désir de Mamma Roma (dont on ne saura jamais le nom) d'abandonner définitivement la prostitution et d'assumer pleinement le rôle de mère de son fils de 16 ans, Ettore, alors qu'elle décide de quitter le quartier avec toutes ses économies et de commencer à vendre des fruits et légumes sur un marché local, et de vivre dans un appartement plus bourgeois.

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Entre dans la danse alors une autre prostituée, Bruna, une jeune jeune femme de 24 ans qui " tombe " amoureuse de l'inexpérimenté et naïf Ettore, ce qui ne plait pas du tout à sa mère qui fera tout pour qu'il l'oublie (elle lui trouve un travail en extorquant de l'argent au propriétaire d'un restaurant, lui donne une moto et oblige même une collègue prostituée, Biancofiore, à coucher avec).
Mais le gamin découvre finalement le passé de sa mère et alors que son père exhorte sa mère à retrouver le trottoir, il commence à embrasser une vie de criminel jusqu'à finir malade et derrière les barreaux...
Formidable fable sociale embrassant tous les codes de la tragédie grecque entre son allégorie de la pauvreté dans l'Italie d'après-guerre, qui se heurte aux fantasmes frustrées d'une mère de quitter la rue autant qu'à l'égoïsme - lui aussi mâtiné de frustration - d'une adolescence confrontée à la réalité/dureté du premier amour; Mamma Roma tourne autant autour de la notion de sacrifice et de la fierté d'une mère (qui pour son bonheur et celui de son fils, tente vainement s'approprier un idéal de prospérité et dignité économique conforme à l'obscurantisme capitaliste et religieux de la société post-facisme) que de la perte de l'innocence et de la découverte à la dure de la vie d'adulte, d'un jeune adolescent, comme une nouvelle pièce d'un cercle vicieux qui se répète inlassablement, frappé par la peur d'une discrimination et d'une injonction à répondre à un idéal de " respectabilité " biaisé.

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Un exceptionnel second effort, entre la chronique familiale un brin oedipienne auscultée avec froideur (un cocktail d'utopie maternelle frappée par des glaçons d'angoisses et névroses purement masculines) et la charge puissante contre la perfidie impitoyable du capitalisme et le faux puritanisme de la société (l'irresponsabilité envers la sexualité, la chimère de la réussite et de l'épanouissement/autonomie, le poids écrasant d'une parole ecclésiastique homogénéisante qui se fait plus manipulatrice qu'autre chose), le tout mâtiné d'une pincée d'un Pasolini aussi dégoûté par la religiosité institutionnalisée du clergé que fasciné par le faste liturgique du christianisme.
Jonathan Chevrier