[CRITIQUE] : After Yang

[CRITIQUE] : After Yang

Réalisateur : Kogonada
Avec : Colin Farrell, Jodie Turner-Smith, Malea Emma Tjandrawidjaja, Justin H. Min, Clifton Collins Jr,...
Distributeur : Condor Distribution
Budget : -
Genre : Science fiction, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h36min
Synopsis :
Dans un futur proche, chaque foyer possède un androïde domestique, appelé « techno-sapiens ». Dans la famille de Jake, il s’appelle Yang, et veille plus particulièrement sur la jeune Mika, assurant pour cette petite fille adoptée d’origine chinoise, un rôle de tuteur, d’ami, de confident. Aussi, le jour où Yang tombe en panne, Jake met toute sa vie en pause pour tenter de le réparer. Mais le parcours va se révéler beaucoup plus compliqué que prévu, et va mettre Jake aux prises avec des questionnements existentiels et intimes vertigineux.


Critique :

Hommage sincère au cinéma de Yasujirō Ozu, #AfterYang se fait un hypnotique et empathique drame sur la tristesse des belles choses où l'éphémère et la permanence se font des êtres contraires inséparables et contradictoires à travers lesquels les vies s'enlacent et se tracent. pic.twitter.com/pTRKb4j5J7

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) June 22, 2022

Sans doute plus encore que par le passé, et le contexte pandémique difficile encore toujours d'actualité a sans doute faciliter ce processus, le pendant science-fictionnel de la production cinématographique et télévisuelle récentes semble de plus en plus fasciné par la question de notre humanité et ce qui fait que nous soyons réellement humain.
Que ce soit par le biais toujours affûté de la série Westworld où, plus proche encore de nous, avec l'excellent I'm Your Man de Maria Schrader (actuellement en salles), ce questionnement revient au centre des débats, qu'il soit opposé à une vie extraterrestre, aux IA voire même aux androïdes et autres organismes cybernétiques, où tout simplement en confrontant l'humanité face à elle-même dans un cadre où un contexte plus hostile.
Pour son second effort, After Young - une adaptation de la nouvelle Saying Goodbye to Yang d'Alexander Weinstein -, Kogonada reprend cet éternel refrain en lui apportant une touche Spielbergienne - pensez A.I. -, en catapultant au coeur d'une famille recomposée, une forme de vie artificielle dont l'importance et la nature seront questionnées pour chacun des membres de la famille, après que celle-ci disfonctionne et devienne inutilisable.

[CRITIQUE] : After Yang

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Flanqué dans un monde serein et légèrement futuriste très vaguement esquissé (mais à l'esthétique irréprochable), suggérant plus de choses qu'il ne les rend palpables, peint avec des coups de pinceau chauds et délicats (comme si tout le monde gravitait dans une sorte de méditation constante et de communion parfaite avec la nature), le contexte humain dans lequel gravite After Young suggère subtilement qu'une catastrophe environnementale a précipité un effort mondial généralisé pour se réconcilier avec la nature, sans que l'on ne sache pourtant si cela a évité le pire ou simplement coagulé l'inévitable.
C'est dans cette utopie à la résonance très Asie du sud-est, que l'on suit les aléas entourant Yang, un " techno-sapien ", d'abord été acheté par Jake et Kyra pour éduquer/servir de grand frère à leur fille adoptive Mika sur son héritage chinois, avant d'incarner bien plus qu'un simple androïde pour chacun d'eux.
Lorsque celui-ci subit un dysfonctionnement, sa disparition crée un vide provoquant modestement la chute de l'équilibre déjà fragile de la famille tout en laissant Jake avec des questions persistantes, d'autant plus que de vraies preuves d'humanité émergent de la vie intérieure étonnamment complexe du sensible et dévoué Yang.
C'est à travers elles que le patriarche commence à prendre en compte la réalité de la perte de son androïde, dont il tenait la présence pour acquise, tout en analysant les complexités de sa connexion à lui et des liens effilés qu'il entretient avec sa femme et sa fille...

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Ce qu'il y a de frappant dans After Yang, c'est la propension qu'à Kogonada d'offrir une lecture délicate et à plusieurs niveaux de l'humanité et de son rapport autant à la technologie, qu'à l'autre.
Dans un sens, le film peut clairement se voir comme une métaphore juste et acide sur notre attachement émotionnel et notre dépendance envers la technologie, sans qu'on ne le comprenne - ni la comprenne - pour autant (il n'y à qu'à voir notre exaspération/frustration autant que notre détresse lorsque nos outils technologiques ne fonctionnent plus); tout autant qu'il peut être lu comme une mise en images rugueuse d'une humanité engoncée dans le mensonge et les non-dits, où la connection avec l'autre (même au sein de sa propre famille) n'est jamais totalement saine et complète, comme si les humains eux-mêmes étaient devenus des machines perfectibles et défaillantes.
Mais plus encore qu'une vision programmatique et mélancolique de l'humanité (la narration tisse également, de manière moins évidente il est vrai, la notion de construction identitaire), Kogonada trace une élégie profonde sur le deuil, explorant la manière dont le chagrin peut amener à éclairer les âmes sur l'architecture émotionnelle et les liens inconscients qui unissent une famille, où quand la disparition aspire à s'engager et à trouver un sens à l'absence.
Ici, le personnage de Jake est confronté directement à ses failles, le deuil élargissant sa conscience pour mieux identifier les distances placées entre lui et sa famille, qu'il n'avait jamais réellement ressenties auparavant, mais aussi la nature commune de son désir à lui et Yang (rien de moins qu'un second enfant pour lui) de vivre d'une connexion complète et sincère avec les autres.

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Prise de conscience douce-amère de l'impermanence des choses tout autant qu'une appréciation accrue de la beauté de celle-ci et que la connaissance de son caractère éphémère peut insuffler, dans ce qui peut se voir comme un hommage sincère et avoué au cinéma du maître Yasujirō Ozu (jusque dans la mise en scène, où chaque plan se fait une extension des comportements et du détachement subtil qui les habite); After Yang, porté par la partition incroyable d'un Colin Farrell tout en retenue ainsi que par un naturalisme jamais feint (qui va de pair avec un silence quasi-religieux que ne vient jamais tromper des dialogues presque chuchotés), se fait un hypnotique et empathique film sur la tristesse des belles choses, où l'éphémère et la permanence se font des êtres contraires inséparables et contradictoires à travers lesquels les vies s'enlacent et se tracent.
Une oeuvre intime et personnelle comme peut l'être le deuil finalement.
Jonathan Chevrier[CRITIQUE] : After Yang

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