[CRITIQUE] : L'Innocent

[CRITIQUE] : L'Innocent

Copyright Emmanuelle Firman

Réalisateur : Louis Garrel
Acteurs : Roschdy Zem, Louis Garrel, Anouk Grinberg, Noémie Merlant,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h39min.
Synopsis :
Le film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2022.
Quand Abel apprend que sa mère Sylvie, la soixantaine, est sur le point de se marier avec un homme en prison, il panique. Épaulé par Clémence, sa meilleure amie, il va tout faire pour essayer de la protéger. Mais la rencontre avec Michel, son nouveau beau-père, pourrait bien offrir à Abel de nouvelles perspectives….

Critique :

Doux bordel (des)organisé entre le heist movie déglingué, la romance dramatico-noire et la comédie pleine d'esprit mâtinée de thriller,#LInnocent, aussi désopilant qu'il est touchant, convoque avec enthousiasme l'essence d'une comédie française burlesque et ludique presque perdue pic.twitter.com/5vtGqQDnrQ

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) May 27, 2022

Sylvie (merveilleuse Anouk Grinbert) est une prof d'art dramatique fraîchement dans la soixantaine et exercant dans une prison, qui tombe follement amoureuse - à nouveau - d'un de ses élèves, Michel (Roschdy Zem, plus charmeur et manipulateur que jamais), condamné a cinq ans d'emprisonnement pour recel.
Les deux se marient à la prison au grand dam d'Abel (Louis Garrel, hilarant et attachant en homme paumé et maladroit), le fils de celle-ci, un brave type pas malin mais honnête dans sa volonté de protéger sa mère, quitte à accepter l'inacceptable pour son bonheur. 
Mais il n'a de cesse de se demander si Michel en a terminé où non avec sa vie de criminel, et si sa paranoïa s'est un brin calmé lorsque les deux jeunes mariés ouvrent un commerce ensemble, elle repart de plus belle lorsqu'il trouve soudain une arme dans la poche de Michel.
Aidé de sa meilleure amie et collègue Clémence (fantastique et impétueuse Noémie Merlant), et faute de se faire entendre par sa maman, Abel décide de prendre les choses en main et commence à suivre Michel dans Paris jusqu'à ce qu'il découvre quelque chose ou pas, qui puisse confirmer ses soupçons et, évidemment, il va être très vite servi...

[CRITIQUE] : L'Innocent

Copyright Les Films des Tournelles


On avait laissé le pendant réalisateur de Louis Garrel en décembre dernier avec un troisième effort - pour lequel il se mettait une nouvelle fois en scène -, La Croisade, un conte familiale ludique jouant du décalage générationnel plus que de la réflexion psychologique et sociologique poussée, une bande aussi désinvolte qu'expéditive dont la narration parfois boiteuse ne visait pas toujours juste, mais était porté par un petit charme joliment accrocheur.
Déjà de retour (et sur la Croisette) avec sa quatrième réalisation, le bonhomme se fait cette fois bien plus habile à tous les niveaux avec L'Innocent, doux bordel (des)organisé entre le heist movie déglingué, la romance dramatico-noire et la comédie burlesque et pleine d'esprit mâtinée de thriller, autant porté par des dialogues savoureusement sarcastiques qu'une assurance étonnante à dégainer des changements de ton parfois surprenants.
Comme un poisson dans l'eau au coeur du complexe oedipien d'un Abel définitivement trop lié à sa génitrice, Garrel, particulièrement hors de sa zone de confort, jongle tel un funambule sur le fil ténu du melting-pot comique à l'anglaise que de la satire sur le cinéma lui-même, tissant de fascinants parallèles entre jouer et mentir, être et faire semblant, dans une célébration énergique et inspiré du pouvoir imposant de la fiction.

[CRITIQUE] : L'Innocent

Copyright Les Films des Tournelles


Désopilant autant qu'il est d'une sincérité touchante, aussi finement écrit qu'il est mis en scène avec énergie et porté par un casting totalement voué à sa cause (l'alchimie des pôles contraires que sint Merlant et Garrel, fait vraiment des ravages), L'Innocent convoque avec ambition et enthousiasme l'essence d'une comédie française burlesque et ludique presque perdue, engoncée depuis dans une léthargie maussade que quelques éclairs fantaisistes ne semblent jamais vraiment raviver.
Sans doute (assurément ?) le meilleur long-métrage de son auteur.
Jonathan Chevrier
[CRITIQUE] : L'Innocent

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