[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #138. Unlawful Entry

Par Fuckcinephiles

© 1992 - Twentieth Century Fox

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !


#138. Obsession Fatale de Jonathan Kaplan (1992)
Ray Liotta n'est plus, et il n'y a rien de plus horrible que de se dire qu'il était en train de connaître un rebond salutaire au coeur de sa carrière (il venait de tourner Cocaïne Bear d'Elizabeth Banks et allait enchaîner avec The Substance de Coralie Fargeat).
Gueule charismatique, physique robuste et yeux bleus revolvers comme le dirait si bien Marc Lavoine, mais aussi et surtout une gouaille qui pouvait le faire passer de gendre idéal à psychopathe terrifiant en un clin d'oeil, l'éternel Henry Hill des Affranchis (à la fois sa meilleure et plus importante performance) était de ces comédiens dont on se réjouissait des présences plus où moins marqués dans des actionners où des comédies certes pas toujours défendables, mais qui démontrait la passion sans borne du bonhomme pour son métier.
Logiquement considéré comme l'une des plus belles crevures du cinéma ricain des 80s/90s, il a cependant rarement été aussi inquiétant et tordu que dans l'excellent Obsession Fatale de Jonathan Kaplan, une variation plus vicieuse et anxieuse du Liaison Fatale d'Adrian Lyne, où il campe un flic faussement sympathique qui tombe férocement amoureux d'une Madeleine Stowe victime d'un cambriolage, et mariée à un Kurt Russell qui révisait ses gammes d'époux dépassé avant le puissant Breakdown.

© 1992 - Twentieth Century Fox


Embaumé dans une ambiance anxiogène et fiévreuse so R Rated, à une époque où Hollywood n'avait pas peur de titiller la perversité d'un genre et encore moins celle de son auditoire, le film ne dépasse jamais vraiment le sentier battu des thrillers psychologico-domestiques gentiment prévisibles mâtinés d'home invasion et c'est, étonnamment, ce qui en fait sa force, sorte de divertissement estival frivole qui se permet quelques envolées culottées, comme celle de faire d'une figure du LAPD un criminel/psychopathe ultime; une image sombre et décomplexée de la police balancée en salles quelques heures seulement après les émeutes de Los Angeles qui ont embrasées la côte Ouest.
Vissée sur un jeu de manipulation/domination perverse et la lente érosion psychologique d'un époux acculée face à un flic prêt à tout pour lui prendre sa femme, la péloche se fait une expérience sinistre où Liotta est exhorté à se laisser aller à une fureur délirante (un brin aperçue dans Les Affranchis), resserrant l'étau autour d'un Russell peu habitué à faire le walk of shame des humiliations publiques et privées (Snake Plissken quoi).
Brut et viscéral dans son intimidation constante avant il est vrai de s'écrouler dans un climax pas forcément crédible, Obsession Fatale, pas exempt de quelques soucis d'écriture (le personnage limité de Madeleine Stowe, réduite à un statut de love interest enchaînant les mauvaises décisions), n'en reste pas moins un petit bout de cinéma made in 90s comme on n'en fait plus vraiment.
Et ça nous manque, tout comme nous manquera désormais Ray Liotta...
Jonathan Chevrier