[CRITIQUE] : La place d'une autre

[CRITIQUE] : La place d'une autreRéalisatrice : Aurélia Georges
Avec : Lyna Khoudri, Sabine Azéma, Maud Wyler, Laurent Poitrenaux, …
Budget : -
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Drame, Historique
Nationalité : Français
Durée : 1h52min.
Synopsis :
Nélie a échappé à une existence misérable en devenant infirmière auxiliaire sur le front en 1914. Un jour, elle prend l’identité de Rose, une jeune femme qu’elle a vue mourir sous ses yeux, et promise à un meilleur avenir. Nélie se présente à sa place chez une riche veuve, Eléonore, dont elle devient la lectrice. Le mensonge fonctionne au-delà de ses espérances.

Critique :

#LaPlaceduneAutre met en images des femmes qui dépassent les limites qui leur sont imposées par une société très compartimentée. Il y a presque une dichotomie clichée qui s'en dégage, où les hommes écoutent leur raison et les femmes leur cœur pour s'émanciper. (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/7gojdfbGB5

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) January 23, 2022

La fin justifie les moyens, surtout en temps de guerre. Dans le troisième long métrage de Aurélia Georges La place d’une autre, adaptant librement le livre The New Magdalen écrit par Wilkie Collins, une jeune fille de lingère voit l’opportunité d’une meilleure place et d’une ascension sociale qu’elle n’aurait jamais pu atteindre autrement qu’en prenant l’identité d’une femme morte au front. Mais la jeune femme était-elle vraiment morte ? Ou va-t-elle revenir hanter son méfait ?
Aurélia Georges place son point de vue du côté de Nélie Laborde, interprétée par Lyna Khoudri (Papicha) et son manque de chance flagrant. En plus d’être du mauvais côté de la barrière dans l'échelle sociale, elle se fait sciemment renvoyée de sa place de domestique dès les premières secondes du film. L’injustice plane dans ce renvoie (la caméra capte l’agression sexuelle que subie Nélie par le maître de maison) et la jeune femme est jetée à la rue malgré ses supplications et son geste de s’accrocher fort au chambranle de la porte, désespérée. Mais Nélie finit bien dans la rue, et ce mot enferme tout ce que l’on peut penser. Elle vit dans la rue, travaille dans la rue et s’accroche au seul objet qui lui reste : un livre de Victor Hugo. La lecture et son éducation seront son salut et sa porte d’entrée vers la bourgeoisie. Une porte inespérée.

[CRITIQUE] : La place d'une autre

Copyright Pyramide Productions


La guerre enveloppe tout et rassemble en son sein toutes les couches sociales. Les uniformes réunissent des personnes qui ne se seraient jamais parlées en temps normal. Devenue infirmière, Nélie rencontre Rose Juillet (Maud Wyler), fille de colonel, qui a quitté sa Suisse natale pour rejoindre une vieille amie de son père. Elle est seule, l’amie en question ne l’a jamais vu et une attaque des allemands blesse gravement Rose, à tel point que Nélie la croit morte. L’opportunité est trop belle : à la fois de se créer un autre chemin que celui d’où elle vient et de se sortir du front.
La place d’une autre embrasse tout le romanesque de son récit. Aurélia Georges ne se refuse rien. La cinéaste croise les genres et place du suspens, un peu d’angoisse et des péripéties promptes à faire passer un bon moment au public désireux de voir ce qui va advenir de cette pauvre Nélie/Rose. Outre le transfuge de classe, le film veut surtout offrir une histoire gorgée de sentiment, dépassant toute logique. Éléonore (Sabine Azéma), une femme avec du cran et des convictions tranchées, voit son cœur la détourner de son cocon tandis qu’elle découvre la vérité sur sa chère dame de compagnie et son profond attachement à celle-ci. La société dans laquelle vivent les trois protagonistes est à la fois injuste envers une classe sociale et aussi injuste envers un genre en particulier. Ce sont les femmes qui subissent et se heurtent au système. Que ce soit l’usurpation, la tentative de Rose de retrouver son nom, qu’importe les moyens, ou le choix d’Éléonore d’écouter son cœur et non son statut social, La place d’une autre s’emploie à montrer des femmes qui dépassent les limites qui leur sont imposées dans une société très compartimentée. Il y a presque une dichotomie très clichée qui se dégage du film, où les hommes écoutent leur raison (comme le neveu d’Éléonore) et les femmes, leur cœur, afin de s'émanciper.

[CRITIQUE] : La place d'une autre

Copyright Pyramide Productions

Hélas, le film grossit le trait pour nous offrir un récit émouvant, ce qui l’empêche d’être le divertissement qu’il rêve d’être. La fin est dans cette veine, sirupeuse au possible, clôturant une histoire avec du potentiel mais gâchée par une volonté grotesque de se passer de subtilité. Cependant, on peut saluer le minutieux travail de la lumière, opéré par Jacques Girault, jouant sur le duel des deux femmes. La mise en scène d’Aurélia Georges prend cette forme également et les plans de Nélie et de Rose sont comme deux miroirs, leurs gestes se répondent et construisent un récit fait d’écho et de ressemblance.
La place d’une autre possède une veine romanesque que le film embrasse tout à fait. Il élève les sentiments au-dessus d’une société corsetée et montre une affection maternelle plus forte que tout. Entre thriller, film social et drame émouvant, le film d’Aurélia Georges pouvait aisément être le divertissement cinématographique parfait s’il n’avait pas choisi la facilité dans la manière de raconter son récit.
Laura Enjolvy
[CRITIQUE] : La place d'une autre

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