[CRITIQUE] : The Tragedy of Macbeth

[CRITIQUE] : The Tragedy of Macbeth
Réalisateur : Joel Coen
Acteurs : Denzel Washington, Frances McDormand, Brendan Gleeson, Kathryn Hunter, Corey Hawkins, Harry Melling, Alex Hassell,...
Distributeur : Apple TV +
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h45min
Synopsis :
Une nouvelle adaptation de MacBeth d'après William Shakespeare. 
Un seigneur écossais est convaincu par un trio de sorcières qu'il deviendra le prochain roi d'Écosse. Son ambitieuse épouse le soutient dans ses plans de prise du pouvoir.

Critique :

Entre la refonte modernisée de Macbeth et l'écho méta à quasi 40 ans de carrière, ou le fatalisme s'exprime cette fois frontalement et non via un existentialisme burlesque, #TheTragedyofMacbeth convoque des ténèbres dévorantes au sein d'un superbe cauchemar onirique et hypnotique pic.twitter.com/VuSAavRkws

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) January 14, 2022

De tous les soliloques émaillant l'oeuvre monumentale de William Shakespeare, le discours au poignard de Macbeth et son tourment existentiel, entre évocations hallucinatoires, culpabilité et regrets - « mes yeux sont rendus fous des autres sens » -, est sans doute le plus populaire et puissant, aux côtés du « être ou ne pas être » d'Hamlet.
Dans les deux cas, l'orateur est pris dans un moment de contemplation paniquée, choqué par la prise de conscience de la relation ténue entre la vie et la mort, la brièveté avec laquelle une bougie peut être éteinte et le poids éthique de devoir ou non résister à la tentation de succomber à cette obscurité.
Pas étonnant que Joel Coen, lui dont la filmographie avec son frangin Ethan, a été embaumé par une mort presque omniprésente (même dans leurs efforts légers et ludiques, comme The Big Lebowski), se soit entiché - cette fois en solo - d'une figure aussi torturée que Macbeth, cet être à la croisée des chemins entre ambition et tentation et dont la psyché est nourrie par des idees abstraites.

[CRITIQUE] : The Tragedy of Macbeth

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Si la nature du cinéma des Coen, avec ses personnages uniques et son verbiage tirés de tous les coins et recoins de l'Americana d'hier et d'aujourd'hui, était suffisamment imposante pour laisser de la place autant à la fidélité des matériaux qu'ils adaptent, qu'à l'inventivité - même la plus folle -; force est d'admettre que ce premier film en solo du Joel, ne laisse pas tant place à une telle liberté, cette adaptation de l'un des plus sombres mélodrames du légendaire dramaturge, étant même la plus fidèle de son matériau d'origine que n'importe quel autre de ses films jusqu'à présent (excepté peut-être No Country For Old Men).
Mais il ne fait pas tant ici preuve d'une déférence sincère à la précision dure et cristalline des vers de Shakespeare, qu'il laisse s'exprimer sa volonté d'offrir une oeuvre définitive et primitive à sa vision clair-obscur de l'existence et par extension, de son propre cinéma.
Il ne faut d'ailleurs que quelques instants pour que le scepticisme face à cette énième adaptation (Welles, Kurosawa ou encore Polanski s'y sont déjà essayés) se voit submergé par la pure éloquence visuelle de la mise en scène de Joel Coen (le seul réalisateur du duo, au cours de leurs vingt premières années de carrière), lui qui tire le meilleur parti de la merveilleuse photographie Bruno Delbonnel (avec qui il avait déjà collaboré sur Inside Llewyn Davis et La ballade de Buster Scruggs), pour créer une sorte de fusion surprenante et majestueuse entre la brutalité médiévale, l'expressionnisme du cinéma muet et l'illusionnisme lo-fi.

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Une union austère entre le cinéma et le théâtre, ou la caméra déforme constamment le temps et l'espace autour de ses comédiens (le tout appuyé par le score horrifique de Carter Burwell).
Une expérience minimaliste et radicale (les couleurs ont été saignées en monochrome, les décors sont exprimés dans des accessoires géométriquement austères, chaque syllabe est consciemment articulée,...) qui va de pair avec la défamiliarisation et la rationalisation audacieuse qu'il opère (comme l'excellente idée de s'attacher à un couple Macbeth vieillissant), même s'il traite la pièce comme une vraie écriture sacrée, en conservant plusieurs de ses dispositifs théâtraux (les personnages qui s'adressent directement à l'écran, et donc au spectateur, les apartés,...).
À la fois refonte modernisée de Macbeth (qui met l'accent sur l’inéluctabilité de la mort, l'insurrection, la cupidité extrême et la paranoïa), entre l'interprétation littérale respectueuse et esthétiquement somptueuse (très fortement influencé par les efforts de Dreyer), et l'écho presque méta à près de quarante ans de carrière, dont le fatalisme et le nihilisme s'expriment cette fois frontalement et non plus comme un existentialisme burlesque (ce qui faisait le sel de la " formule " Coen); The Tragedy of Macbeth convoque des ténèbres dévorantes au coeur d'un délice onirique sombre et hypnotique, incarné à la perfection.

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D'un Denzel Washington à la performance complexe et saisissante en Macbeth, aristocrate agité et maudit par son ambition, à une Frances McDormand délicieusement maléfique et dévorée d'ambition dans la peau de la conspiratrice Lady Macbeth (les deux sont constamment enivré par un cocktail bouillonnant de contradictions), en passant par une Kathryn Hunter physiquement impressionnante; tous sont au diapason de cette plongée cauchemardesque et poétiquement macabre dans la folie humaine, sans doute la plus captivante et singulière adaptation d'une oeuvre de Shakespeare depuis le Henry V de Kenneth Branagh.
Jonathan Chevrier
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