L'amour trop fort

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Sidonis Calysta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « L’amour trop fort » de Daniel Duval.

« C’est dégueulasse ce qu’elle m’a fait : quand on a un homme comme moi on n’agit pas comme ça ! »

Respectivement réalisateur de télévision et comédien, Charlie et Max sont les meilleurs amis du monde. Des inséparables, jusqu’au jour où Charlie s’éprend d’une belle antiquaire, Rose-Marie. Plutôt que de s’éclipser sur la pointe des pieds, désormais seul après que sa femme l’ait abandonné, Max s’incruste. Une présence de plus en plus pesante qui menace de faire exploser le couple…

« T’es tout seul quand tu es avec Max peut-être ? »

Personnalité atypique du cinéma français, Daniel Duval aura pour l’essentiel joué les seconds couteaux en trainant sa « gueule » burinée et anguleuse dans pléthore de polars et de thrillers (« Un été d’enfer », « Si je t’aime prends garde à toi », « 36 quai des orfèvres », « Caché », « Le deuxième souffle »...). Pour autant, c’est d’abord pour son travail de cinéaste qu’il se fait connaitre et reconnaitre, et notamment pour les cinq films qu’il réalise en 1974 et 1983 (il en tournera un dernier, « Le temps des porte-plumes », en 2006). Réalisateur instinctif et autodidacte, il connaitra alors un certain succès public et critique avec ses drames sociaux « A l’ombre des châteaux » (1976) et surtout « La dérobade » (1979), descente très sombre dans les abysses de la prostitution qui valut à Miou-Miou le César de la meilleure actrice.

« T’es vraiment un chic type tu sais »

Tourné deux ans plus tard, « L’amour trop fort » est un film plutôt à part dans la carrière de Duval en ce qu’il reste sans doute son film à la tonalité la plus légère. A l’image d’une étonnante scène d’ouverture centrée sur le tournage particulièrement cocasse d’une caméra cachée pour la télévision. Construit à la manière d’un vaudeville, « L’amour trop fort » reprend ainsi à son compte le concept du ménage à trois. A ceci près que la rivalité ne se joue pas entre le mari et l’amant mais entre la femme et le meilleur ami du héros. Il faut dire que ce dernier, acteur raté, dépressif et geignard, se montre particulièrement envahissant. Difficile dès lors pour le héros de concilier des moments d’intimité avec sa nouvelle compagne et une nécessaire présence pour son vieil ami qui traverse alors une période difficile. A rebours des productions françaises de la même époque qui consacrent les valeurs de l’amitié virile (« Un éléphant ça trompe énormément » et sa suite, « Vincent, François, Paul et les autres », « L’aventure c’est l’aventure »), Duval fait lui le choix de dépeindre les affres d’une amitié nocive et beaucoup plus complexe, en ce qu’elle n’est finalement pas source de bienveillance et d’épanouissement réciproques. Sur la base d’un scénario qui navigue parfois un peu trop à vue et dont les enjeux dramatiques restent sommes toutes assez modestes, Duval développe ainsi cette chronique tragicomique un peu désuète et rarement palpitante, mais qui se sait se faire, au détour de quelques jolies scènes (l’envol symbolique d’une Marilyn Monroe factice, idéal féminin avoué du héros), assez attachante. Et ce en grande partie grâce à l’interprétation (comme souvent) impeccable de Jean Carmet, formidable en loser égocentrique et cruel.  

*

Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée 4k et proposé en version originale française (2.0).

Côté bonus, le film est accompagné d’une série d’entretiens avec Fabienne Vette (32 min.), Jeanne Labrune (17 min.), Max Morel (42 min.) ou encore Marie-Christine Barrault (archive, 11 min.).

Édité par Sidonis Calysta, « L’amour trop fort » est disponible en combo blu-ray + DVD ainsi qu’en édition DVD seul depuis le 24 août 2021.

Le site Internet de Sidonis Calysta est ici. Sa page Facebook est ici.