[CRITIQUE] : Noël et sa mère

Par Fuckcinephiles
Réalisateur : Arthur Dreyfus
Avec : Noël Herpe, Michelle Herpe
Distributeur : Outplay
Budget : -
Genre : Documentaire
Nationalité : Français
Durée : 1h30min
Synopsis :
Noël et sa mère Michelle forment un couple étrange. Ils ne peuvent pas se passer l’un de l’autre, mais dès qu’ils se trouvent réunis, l’atmosphère devient électrique. À travers le prisme de la parole et du silence, l’exploration d’une relation mère-fils dans ses détails les plus tragiques, mais aussi les plus comiques.


Critique :

Objet novateur et singulier, #Noëletsamère ne tient que par les personnages (hauts en couleur) qu’il nous présente et par ses discussions incessantes. Aidé parfois par des photos ou des images d’archives, le doc propose des points de vue uniquement par la parole. (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/0jnjBAL1PZ

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) November 20, 2021

Pour son premier long métrage, Arthur Dreyfus, écrivain et réalisateur, vient puiser dans une relation mère/fils fusionnelle et orageuse pour nous présenter un documentaire singulier, à la croisée du film de famille et de la psychanalyse. Dans Noël et sa mère, l’historien du cinéma et cinéaste Noël Herpe et sa mère, Michelle, témoignent de leur vécu et de leur relation sans tabou. L’occasion de creuser dans des traumatismes d’enfance, de comprendre l’enjeu des relations familiales, mais surtout, de sonder le rôle de la mère dans la construction d’un enfant.
Une chaise devant un fond noir. Une lumière crue, peu flatteuse, éclairant les visages de deux protagonistes. Noël et sa mère échappe dès les premières secondes aux artifices propres au cinéma. Il n’est pas question de sublimer le sujet par des images mais d’installer un dialogue entre une mère et son fils, séparé⋅es en premier lieu par le montage. L’une est presque allongée dans un fauteuil et raconte son enfance. L’autre, assis bien droit sur sa chaise, nous montre une vieille photo de Michelle, enfant. Noël fond en larmes face au regard plein d’attente de sa jeune mère sur cette photo-sépia. Sa sensibilité sera au cœur du film, face au pragmatisme et à la pudeur de Michelle. Déjà, les deux s’opposent.

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Arthur Dreyfus filme un duel. Les mots remplacent les épées et les cris remplacent les lances. Les points de vue diffèrent sur des souvenirs communs. Les approximations de l’une irrite le besoin d’exactitude de l’autre. La cruauté de ce dernier blesse la première. Le dialogue entre la mère et le fils, instauré par leur propre regard sur leur dire, façon confessionnal de télé-réalité, est parfois brutal. Pourtant, derrière les mots se cache une tendresse sincère. La mère et le fils ne se le cachent pas, ces deux-là ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Le dispositif minimaliste déploie un vrai sens des mots et dévoile l’envers des émotions. Les silences deviennent lourds de sens, ainsi que les regards et les gestes. Se dévoiler, comme Noël et Michelle le font, a l’air si facile, malgré les tempêtes qu’il et elle essuient.
Mais le film se fait avoir par sa propre singularité. Objet novateur, Noël et sa mère ne tient que par les personnages (hauts en couleur) qu’il nous présente et par ses discussions incessantes. Aidé parfois par des photos ou des images d’archives, par le son de la voix du père absent, le documentaire propose des points de vue uniquement par la parole. Il est alors si facile de prendre parti pour l’une ou pour l’autre. Prendre parti pour Noël et sa souffrance vive. Enfant des années 60-70, décennies synonymes de liberté sexuelle, liberté des femmes, il vit mal le trop plein d’amour de son père et la supposée froideur de sa mère. Un événement va bouleverser à jamais sa vie et sa sexualité. De l’autre côté, Michelle doit vivre avec ses choix et ses regrets, dans un monde où la mère aura toujours tort. Trop présente ou pas assez. Trop maternelle ou trop froide. Trop femme et pas assez mère (ou l’inverse). La parole, sans cadre bien défini, devient vecteur moral, pour la mère ou pour le fils. Sans contexte, sans véritable remise en question, cette discussion générationnelle et familiale semble bien vide, presque dénuée d'intérêt. Reste le lien indéfectible entre Michelle et Noël, bien que souvent orageux.

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Si le titre semblait nous indiquer une seule histoire, celle de Noël, la mère est tout aussi importante et nommée dans Noël et sa mère. Titre qui d’ailleurs nous induit en erreur. Il ne sera pas uniquement question du destin de mère de Michelle Herpe, mais plutôt de son destin de femme, qui a fait le choix d’être mère. La différence est de taille et montre bien qu’il est encore si facile de placer en défaut les mères, sans mettre en contexte la société dans laquelle elles doivent élever leurs enfants. Le documentaire d’Arthur Dreyfus est une discussion souvent fascinante heureusement, une joute verbale entre deux personnages attachants.
Laura Enjolvy