[CRITIQUE] : Cry Macho

[CRITIQUE] : Cry Macho
Réalisateur : Clint Eastwood
Avec : Clint Eastwood, Dwight Yoakam, Eduardo Minett, Daniel V. Graulau,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Drame, Western.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h44min
Synopsis :
Mike, star déchue du rodéo, se voit confier une mission a priori impossible : se rendre au Mexique pour y trouver un adolescent turbulent et l’amener jusqu’au Texas. Il lui faudra pour cela affronter la pègre mexicaine, la police et son propre passé.

Critique :

À l'approche du crépuscule, Eastwood a réduit son cinéma à l'essentiel et fait de #CryMacho une balade agréable et déchirante dont la fragilité laisserait presque croire que tout pourrait s'effondrer si l'on regarde ses défauts de trop près. Une mise à nu simple, intime et sage. pic.twitter.com/MIvZNnAF0T

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) November 10, 2021

Tout grand cinéaste ne peut pas dégainer un chef-d'oeuvre à chaque nouvelle réalisation, tant ce serait presque une hérésie de tenir une perfection artistique sur plusieurs décennies, mais surtout parce que leur appréciation est, tout simplement, une question de sensibilité et de subjectivité chez chaque spectateur.
C'est une évidence qui pourtant, se doit d'être répétée ad vitam aeternam tant il incomberait presque à chaque faiseur de rêve, de ne pas décevoir quiconque - monumentale connerie.
Passé ce petit aparté, il est donc sain de ne pas fustiger le dernier effort de l'immense Clint Eastwood, de loin l'un des meilleurs faiseurs de rêve du cinéma ricain (tellement qu'il n'a strictement plus rien à prouver à personne), simplement parce qu'il ne s'assoit jamais vraiment à la même table que les canons de sa propre filmographie.
Comme s'il ne pouvait pas se contenter de conter une histoire intime, comme s'il ne pouvait pas cornaquer un petit film pour lui et lui seul, comme s'il ne pouvait pas faire ce dont il avait envie, et nous dire ce qu'il a envie de nous dire, privilège qu'un tel cinéaste ne devrait pas avoir à réclamer ni justifier.

[CRITIQUE] : Cry Macho

Copyright 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved.


Car oui, Cry Macho a résolument plus à offrir que la majorité des spectateurs voudront bien le voir, incarnant une oeuvre qui si elle n'est pas testamentaire (espérons que non en tout cas), démontre avec une puissance déchirante que même le temps semble avoir rattrapé l'éternel " Homme sans nom ", authentiquement fragile et au bord de l'épuisement (encore plus quand on sait que le cinéaste se débat depuis des lustres pour adapter ce roman de Richard Nash).
Sans doute l'ultime vestige d'une ère de stars Hollywoodiennes viriles et machistes, il n'a jamais paru aussi près, avec pourtant neuf décennies au compteur, à déconstruire les principes mêmes sur laquelle son image s'est construite au fil du temps, tant il sape à nouveau - plus encore que pour La Mule -, son image de mâle alpha pragmatique en exprimant avec sincérité tout le vide accablant de la violence et de la virilité insolente, qui coûte aux individus ce qui compte le plus dans la vie - l'amour, l'amitié et le réconfort de ne pas être seul.
Si l'on pourrait - stupidement, evidemment - arguer que sa diction est devenue un poil maladroite et son corps de plus en plus voûté (mais qui sommes nous pour juger et serions-nous tous capable de tenir autant debout à 91 ans ?), ce n'est que des balivernes tant il est parfait pour le rôle parce que lui, comme nous, voulons tous qu'il le soit une dernière fois, cet héros férocement américain à l'endurance presque surnaturelle qui ne cesse de défier la logique et le temps (une aura qui, parce qu'il a percé sur le tard, n'a d'ailleurs jamais vraiment été bâtie sur la jeunesse).
D'autant que l'on peut décemment voir Cry Macho comme une manière pour lui de définitivement boucler la boucle de son pendant cinéaste, dans une sorte de réponse directe à son The Outlaw Josey Wales, et même tout ce qu'il a pu faire par la suite (Bronco Billy, Every Which Way but Loose, Million Dollar Baby, Gran Torino ou encore La Mule).

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Avançant au même rythme tranquille et mature que son protagoniste, dont il ne dépeint pas de manière sordide les fêlures (car son plus grand ennemi n'est pas tant son passé frappée par la toxicomanie, l'alcoolisme et la perte des siens, que le temps rabat sans cesse au visage, sa solitude et son manque de connexion aux autres), Eastwood ne fait que façonner un rappel édifiant - dans une tonalité légèrement différente -, de nombreuses de ses aventures cinématographiques, jusque dans sa photographie incroyablement soignée (et riche en plans mémorables) et sa bande originale pianotée savoureusement mélancolique.
Un procédé qui n'a absolument rien de subtil, tout comme la relation qui unit Mike Milo et le jeune homme qu'il à la charge de ramener à son père, Rafo, qui fait écho à celle au coeur de Gran Torino - l'esprit de vendetta, les tensions raciales et générationnelles en moins -; tant la volonté du cinéaste est ailleurs, dans la réfutation désinvolte et brutale non seulement de l'image primaire de son propre cinéma (caricaturale, la faute à ses nombreux westerns et l'aura imposante de Dirty Harry), mais d'une industrie US contemporaine qui se bâtie/nourrit du spectaculaire au détriment de la simplicité des rapports humains.
Privilégiant la douceur à la colère, la réflexion posée à la violence sourde, Eastwood démontre si besoin était qu'il n'a plus la nécessité de pointer une arme à feu face caméra, de dégainer un regard sombre ou de faire un grand discours pour imprimer l'écran : il l'habite simplement de tout son être chancelant et vigoureux à la fois, tout comme sa caméra tranquille qui se délecte des paysages merveilleux du pays de l'oncle Sam, autant que des quelques instants de contemplation taiseuse et de connexion humaine (Sur la route de Madison n'est jamais loin).

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Une mise à nu au sourire complice, plus intime encore que pour La Mule, plus désinvolte même tant son refus de s'engager là où on voudrait qu'il soit et sa simplicité parfois frustrante (l'écriture de Nick Schenk ne s'embarasse pas plus que cela à étoffer ses personnages, ses rebondissements ou même ses dialogues), le rapproche de la fable sur l'importance du bonheur et la possibilité qu'il ne puisse pas durer.
Soit en filigrane, l'aveu sage et déchirant d'un cinéaste parfaitement conscient que le jour ou il signera son ultime film est de plus en plus proche, et qu'il se doit donc de savourer l'instant et d'en faire ce que bon lui semble.
À l'approche du crépuscule, Clint Eastwood a réduit son cinéma à l'essentiel, une balade agréable et touchante dont la fragilité laisserait presque croire que tout pourrait s'effondrer si l'on regarde ses défauts de trop près.
Mais il ne faut pas se méprendre, le cow-boy éternel qu'il est sera toujours hanté par le septième art et il a, à n'en pas douter, encore de belles histoires à nous conter...
Jonathan Chevrier
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