[CRITIQUE] : Marcher sur l’eau

Par Fuckcinephiles

Réalisatrice : Aïssa Maïga
Avec : -
Distributeur : Les Films du Losange
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français, Nigérien.
Durée : 1h30min
Synopsis :
Marcher sur l'eau a été tourné dans le nord du Niger entre 2018 et 2020 et raconte l'histoire du village de Tatiste, victime du réchauffement climatique, qui se bat pour avoir accès à l’eau par la construction d'un forage. Chaque jour, Houlaye quatorze ans, comme d’autres jeunes filles, marche des kilomètres pour aller puiser l'eau, essentielle à la vie du village. Cette tâche quotidienne les empêche, entre autres, d'être assidues à l'école. L'absence d'eau pousse également les adultes à quitter leur famille chaque année pour aller chercher au-delà des frontières les ressources nécessaires à leur survie. Pourtant, cette région recouvre dans son sous-sol un lac aquifère de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Sous l’impulsion des habitants et par l’action de l’ONG Amman Imman un forage apporterait l’eau tant convoitée au centre du village et offrirait à tous une vie meilleure.


Critique :

Pointant du bout de sa caméra les effets cinglants et terrifiants du réchauffement climatique, Aïssa Maïga fait de #Marchersurleau un brillant premier doc, qui capte la vérité du quotidien de ses protagonistes, sans alourdir sa narration de propos existentiels et philosophiques. pic.twitter.com/xJ0kJNac7k

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) November 9, 2021

Au-delà d'être une comédienne de talent, Aïssa Maïga est aussi et surtout une femme engagée, qui n'hésite jamais à monter au créneau pour défendre ses croyances et opinions, quitte à parfois les exprimer avec un poil de maladresse, suffisant pour que la bien-pensance la tourne en dérision tout en faisant la sourde oreille face à la puissance - voire même la nécessité - des messages qu'elle cherche à donner (sa prise de parole décriée lors de la cérémonie des César 2020, en est l'exemple le plus douloureusement frappant).
C'est donc par le biais d'un septième art qui l'a fait connaître et qui est sans doute, le médium le plus percutant à sa disposition, qu'elle se fait désormais réalisatrice avec un brillant premier effort : Marcher sur l'eau, pointant du bout de sa caméra les effets cinglants et terrifiants du réchauffement climatique, et plus directement sur une population au nord du Niger.

Copyright Les Films du Losange


Si les documentaires sur le réchauffement climatique et l'urgence écologique se font de plus en plus présents - et à raison - pour alerter le public voire même les gouvernements, tant qu'il n'est pas encore complètement trop tard pour changer, le prisme choisit par Maïga se fait suffisamment original et fort pour se démarquer.
Suivant sur plusieurs mois (sur quatre saisons) le combat au quotidien des habitants d'un petit village du Niger - Tatiste -, pour survivre et avoir accès à l'eau (alors que dort sous leurs pieds, un lac aquifère de plusieurs milliers de kilomètres carrés qui ne demande qu'à être déterré), la caméra de la wannabe cinéaste ne cherche jamais plus que de capter l'intimité de ses protagonistes de fortune, sans alourdir sa narration de propos existentiello-philosophiques; la vérité est plus forte que tout, et elle la retranscrit avec le plus de sincérité possible cette quête (chimérique) d'une vie meilleure, qui permettrait d'avoir accès à l'essentiel - l'eau -, tout en allégeant le quotidien de tous (dont les enfants, qui ne peuvent avoir une scolarité décente à cause de cette recherche quotidienne).
Une vision clair et limpide pour une mise en scène qui l'est tout autant - et esthétiquement superbe -, trouvant la beauté même dans la tragédie la plus totale, autant dire donc que pour un premier effort, Aïssa Maïga frappe juste et fort.
Jonathan Chevrier