Flics en jeans

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Artus Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Flics en jeans » de Bruno Corbucci.

« Tu es le premier flic de la brigade motorisée à se faire piquer sa moto. Alors pour la peine tu prends ton cahier et tu écris cent fois je suis un connard ! »

Mal rasé et mal fringué, l’inspecteur Nico Giraldi, à la tête de son équipe de motards, fait la chasse aux truands de la ville en employant des méthodes peu orthodoxes. Alors qu’il est sur le point d’arrêter un voyou, celui-ci dérobe une mallette pleine d’argent à un gangster américain. Les voyous se font alors éliminer l’un après l’autre, ce qui va mener Giraldi à s’occuper de l’affaire.

« Si tu me donnes ton receleur, je te jure sur l’honneur de ta pouffiasse de sœur que tu seras libre ! »

Dans la famille Corbucci, on connaissait déjà Sergio, immense réalisateur de péplums et de westerns spaghetti à qui l’on doit notamment des monuments comme « Django » (1966) et « Le grand silence » (1968), ainsi que quelques réjouissantes curiosités comme « Le spécialiste » (1969, avec Johnny Halliday) ou « Salut l’ami, adieu le trésor » (1981, avec Bud Spencer et Terrence Hill). Tout aussi prolifique mais moins célèbre, son frère Bruno fut d’abord scénariste (notamment sur les meilleurs westerns de Sergio) avant d’entreprendre à son tour une riche carrière de cinéaste entièrement dédiée au cinéma bis. Après s’être ainsi essayé avec plus ou moins de persévérance à la comédie, au western et même à la comédie érotique, c’est dans l’univers du polar qu’il finira par s’épanouir. Avec notamment la saga consacrée aux aventures de l’inspecteur Nico Girardi, qui comptera pas moins de onze films entre 1976 et 1985, tous signés du même réalisateur et interprétés par Tomas Milian. Réalisé en 1976, « Flics en jeans » est ainsi le premier opus de la saga.

« Ils ne te tueront pas. Tant que tu auras l’argent, ta vie sera plus en sécurité que celle du Pape »

En cette deuxième partie des années 70, le poliziottesco – ou néo-polar italien, genre très influencé par le contexte de troubles socio-politiques qui agitent alors l’Italie (terrorisme, corruption, mafia) – entame déjà son déclin,donnant lieu à des films presque parodiques. Premier épisode d’une vaste saga, « Flics en jeans » installe le personnage de Nico Girardi, flic pittoresque aux manières brutales et au look improbable lointainement calqué sur celui du célèbre « Serpico » américain. Pour sa première enquête cinématographique, il devra lutter contre la petite criminalité de rue qui gangrène la capitale italienne, et plus spécifiquement contre un réseau de voleurs à la tire. Un sujet forcément moins électrisant que les complots impliquant la sphère politique (« Confessions d’un commissaire de police au procureur de la république », « Société anonyme anti-crime »), mais que le cinéaste parvient à transcender en y ajoutant de nombreuses courses-poursuites (et notamment celle en moto dans un immeuble) et autres scènes de rixes plutôt spectaculaires qui dynamisent pleinement le récit. Mais le film vaut surtout pour son second degré et son impertinence. En effet, « Flics en jeans » ose un renversement des valeurs plutôt audacieux en prenant pour héros un ancien voyou fils de prostitué, tandis que le chef du gang criminel qu’il devra faire tomber n’est autre qu’un respectable diplomate américain. Une ironie que l’on retrouve jusque dans l’ultime scène - où il sera contraint de renouer avec ses talents de voleur pour récupérer la précieuse mallette que sa compagne vient de se faire subtilisée – et qui donne au final une vision joyeusement foutraque d’une Italie où le vol est tellement omniprésent qu’il parait presque coutumier. Comme toujours dans les productions du cinéma bis italien de cette époque, l’acteur principal (Tomas Milian, qui ajoute à son jeu toujours aussi énergique une étonnante touche de second degré totalement assumé) fait face à une guest-star américaine, en l’occurrence un Jack Palance un peu terne qui aurait pu être mieux exploité. Sans être un sommet du film policier, ce « Flics en jeans » n’en demeure pas moins une comédie policière aussi divertissante que réjouissante.

***

Le blu-ray : Le film est présenté dans un Master Haute-Définition, en version originale italienne (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné de « Une taille sur mesure » : présentation du film par Curd Ridel (33 min.), d’un diaporama et d’une bande-annonce.

Édité par Artus Films, « Flics en jeans » est disponible en combo blu-ray + DVD depuis le 7 septembre 2021.

Le site Internet d’Artus Films est ici. Sa page Facebook est ici.