[CRITIQUE] : Halloween Kills

[CRITIQUE] : Halloween Kills
Réalisateur : David Gordon Green
Avec : Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak, Anthony Michael Hall, James Jude Courtney,...
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Epouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h46min
Synopsis :
Laurie Strode, sa fille Karen et sa petite fille Allyson viennent d’abandonner le monstre au célèbre masque, enfermé dans le sous-sol de la maison dévorée par les flammes. Grièvement blessée, Laurie est transportée en urgence à l’Hôpital, avec la certitude qu’elle vient enfin de se débarrasser de celui qui la harcèle depuis toujours. Mais Micheal Myers parvient à s’extirper du piège où Laurie l’avait enfermé et son bain de sang rituel recommence. Surmontant sa douleur pour se préparer à l’affronter encore une fois, elle va inspirer la ville entière qui décide de l’imiter et de se soulever pour exterminer ce fléau indestructible. Les trois générations de femmes vont s’associer à une poignée de survivants du premier massacre, et prennent les choses en main en formant une milice organisée autour de la chasse et la destruction du monstre une fois pour toutes. Le mal meurt cette nuit.

Critique :
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Dans un giron du cinéma fantastique US ou le mot franchise est limite plus une insulte qu'une définition de plaisir pour les fans, la saga Halloween, non sans quelques couacs/panouilles mémorables, peut se targuer de pouvoir rendre une copie plus qu'honorable, chose que ne peut pas forcément dire Leatherface et surtout Jason Voorhees.
Renaissant de ces cendres après un diptyque signé Rob Zombie plus réussi que beaucoup voudront l'admettre (surtout le second opus), on avait laissé la saga avec un quasi-reboot en 2018 signé David Gordon Green, une suite au film original occultant volontairement tout le reste.
Un opus plus cru et réaliste dans ses explosions de rage, épuré dans sa révérence a Carpenter (les clins d'oeil facile ne sont pas légion), jouissif et gore sans pour autant être exempt de profondeur (la tentative de percer le mystère des motivations sanglantes de Myers autant que celui du choc post-traumatique et de la psychologie de Strode, dont la transmission de l'angoisse du tueur de la mère à sa progéniture, est encore plus imposante que sur H20) et d'émotion, même s'il subissait assez mal la seconde vision.

[CRITIQUE] : Halloween Kills

Copyright Universal Studios. All Rights Reserved.


Suite directe démarrant dans sa foulée, Halloween Kills embrasse lui l'aspect follement régressif des bandes horrifiques des 80s, tant il fleure bon le bis rital gore et brutal ou générosité rime avec un body count résolument élevé, une boucherie macabre extrême ou Michael déverse toute sa rage silencieuse sur tous ceux qui sont assez fous pour se mettre en travers de son chemin.
Outrancier comme jamais ne l'a été la saga jusqu'ici, Gordon Green laisse s'exprimer son penchant de viandard déviant en alignant les mises à morts jubilatoire avec une gourmandise folle (embaumé dans le grain vintage de la photographie de Michael Simmonds), assumant de bout en bout la radicalité de son parti pris qui s'amuse à épouser tous les codes du slasher, pour mieux en pervertir certaines.
Car si le film continue de redorer le blason du tueur au couteau, en en faisant aussi bien un monstre cruel et increvable qu'une potentielle menace surnaturelle intimement liée à Halloween (l'essence même du mythe du boogeyman, jusqu'au titre plus qu'évocateur), qui donnerait presque des cauchemars aux aficionados de la franchise (Cult of Thorn !!!), il déstructure également l'image même des victimes qui, à l'instar de la Laurie Strode du premier opus (ici volontairement mise de côté, pour le grand final), prennent désormais les armes et se rebellent.

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Un cycle de vengeance primitif et même un chouia absurde, porté par les rescapés de 78 (Tommy, Lindsey Wallace, le sheriff Leigh Brackett et l'ancienne infirmière Marion Chambers, à la lisière du fan service), un esprit " d'oeil pour oeil ", de douleur qui engendre la douleur assez rare dans le genre (ou plusieurs morts se voient affublées d'un appui émotionnel salutaire), tant elle est ici une menace peut-être encore plus sauvage et grande pour la sécurité de tous - un peu, toute propension gardée, comme pour le Frankenstein de James Whale - puisque totalement imprévisible.
Un cocktail détonnant, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme (son regard très léger de l'American Way of Life à la violence/haine latente, pas plus poussé qu'un film The Purge, ne lui fait pas du bien), fruit d'une narration à trois plumes (David Gordon Green, Scott Teems et Danny McBride) qui, même volontairement sacrifiée sur l'autel du film de transition - jusque dans son climax délibérément ambiguë -, voire même un brin frappé par le recyclage gentillet de la recette du Halloween II de Rosenthal (qui jouait déjà la carte fragile mais efficace, du bigger and louder pour masquer sa vacuité scénaristique, un gimmick que suivra presque toutes les autres suites), s'avère toujours moins facile qu'elle n'en à l'air.

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Comme le film de 2018, l'accent est mis sur la famille Strode et sur la façon dont cet héritage de traumatismes violents a façonné et affecté leur vie (au point de les réunir dans leur lutte pour survivre), d'autant que le prisme observé et cette fois celui de Karen et Allyson; deux femmes devant encaisser un deuil soudain (un mari pour l'une, un père pour l'autre) et une rage et un désir de vengeance qui menacent continuellement de les submerger.
De quoi donner du grain à moudre à une extraordinaire Judy Greer - qui n'a vraiment rien à envier à Jamie Lee Curtis -, ainsi qu'à une étonnante Andy Malichak, bien plus convaincante que la majorité des Scream Queens actuelles.
Si Halloween voulait faire oublier toutes les autres suites au chef-d'oeuvre de John Carpenter, Halloween Kills prend totalement le contrepied de cette volonté en incarnant une proto-suite brutale rythmée au cordeau et combinant plus ou moins habilement les tropes de toute la saga (même s'il se refuse à se laisser aller à du frisson bon marché), tout en poussant les potards au maximum quitte à perdre son auditoire dans sa volonté de démocratiser la vendetta contre Myers, et d'en faire non plus l'ennemi d'une femme (Laurie Strode), mais de toute une ville traumatisée (Haddonfield).

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Même le tueur se voit affublé d'une mission intime - retourner chez lui -, une signification personnelle qui ne donne pas de justification à ses tueries froides et détachées (sauf celle du couple qui vit dans son ancienne maison).
Reste à savoir maintenant ce que donnera Halloween Ends - qui se déroulera quatre ans après la nuit sanglante de Kills -, puisque le film tend vers une toute autre direction que le second opus (et peut-être même encore plus radical), avec une Laurie à nouveau seule (puisque plus personne ou presque, ne peut la soutenir) face à son pire ennemi.
La curiosité est là en tout cas, et ce n'était pas forcément gagné avant de rentrer en salles...
Jonathan Chevrier
[CRITIQUE] : Halloween Kills