[CRITIQUE] : Illusions Perdues

[CRITIQUE] : Illusions Perdues
Réalisateur : Xavier Giannoli
Avec : Benjamin Voisin, Cécile de France, Vincent Lacoste, Jeanne Balibar, Xavier Dolan, Gérard Depardieu,...
Distributeur : Gaumont Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 2h29min
Synopsis :
Lucien est un jeune poète inconnu dans la France du XIXème siècle. Il a de grandes espérances et veut se forger un destin. Il quitte l’imprimerie familiale de sa province natale pour tenter sa chance à Paris, au bras de sa protectrice. Bientôt livré à lui-même dans la ville fabuleuse, le jeune homme va découvrir les coulisses d’un monde voué à la loi du profit et des faux-semblants. Une comédie humaine où tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes. Il va aimer, il va souffrir, et survivre à ses illusions.


Critique :

Flamboyant dans son excessivité et son opulence,
à la fois vicieusement plein d'esprit et honnête dans ses délibérations sur la "comédie humaine", Giannoli démontre avec #IllusionsPerdues que notre histoire n'est qu'une tragédie sociale universelle qui n'a de cesse de se répéter. pic.twitter.com/d9KS3CxNDz

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) October 2, 2021

Véritable monument prolifique de la littérature française, Honoré de Balzac a souvent été jugé - à raison -, comme l'un des auteurs les plus difficiles à adapter, tant ses romans aussi politiquement dense et épineux qu'émotionnellement complexes, réussissent péniblement à atteindre leur pleine ampleur autant sur le petit que sur le grand écran.
Pas un mince effort donc réalisé par Xavier Giannoli, avec sa mise en images torride et colorée d'une de ses oeuvres les plus importantes, Illusions Perdues.
Écrite sur six années et en pleine érosion du romantisme et de l'idéalisme, l'histoire s'attache à l'ascension fulgurante et l’échec tout aussi rapide et humiliant (littéralement jeté dans la fosse aux serpents de l'aristocratie parisienne) de Lucien de Rubempré (personnage emblématique de la vaste « Comédie humaine » de Balzac), jeune provincial épris de gloire littéraire dans une France post-révolutionnaire, qui a lui-même compromis - par orgueil - son chemin vers le sommet. 

[CRITIQUE] : Illusions Perdues

Copyright Roger Arpajou / 2021 CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINEMA – GABRIEL INC. - UMEDIA


Condensant trois volumes de plus de sept cents pages, en un effort robuste - mais pas exempt de quelques coups de mou - de deux heures et demie (il recentre l'histoire à la periode parisienne de Lucien), le film imprégné d'un ton furieusement contemporain, démontre l'actualité incroyable de la plume de l'auteur, tant rien ne semble avoir changé près de deux siècles plus tard (la mécanique est seulement devenue plus subtile), dans l'univers impitoyable (parce que régit par le pouvoir et la corruption) des médias et de leur toute récente extension aux réseaux sociaux/influenceurs.
Catapulté en 1821, au moment même où les presses à imprimer permettaient de produire de la désinformation en masse - la naissance du journalisme tabloïd -, et ou les artistes populaires mettaient de côté leurs rêves d'écrire de la grande littérature, en se contentant de laisser voguer leur plume sous " influence "; le film expose ce petit monde d'égoïstes comme les charlatans ivres d'une gloire éphémère qu'ils étaient (des hommes colportant leur prose au plus offrant, au moment même où dans l'histoire de France, leur influence est inestimable), artisan de la transformation en marchandise de la littérature.

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Copyright Roger Arpajou / 2021 CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINEMA – GABRIEL INC. - UMEDIA


À une heure pas si lointaine ou la liberté de la presse d'opposition a laissée s'immiscer et s'épanouir en son sein les royalistes et les banquiers, la péloche se fait le témoignage non seulement de la cruauté et de la vanité de la nature humaine, que celui de notre incapacité conditionnée à distinguer l'authenticité et le mensonge des mots de ces autorités daignées (et il est toujours aussi facile de nous distraire/manipuler).
Sorte d'union improbable entre le film de gangsters (ou les journalistes " pirates " sont montrés comme de anti-héros modernes), le film de costumes (on pense même, instinctivement, à Barry Lindon), le drame historico-politique et une pointe de Citizen Kane (si... dans sa vision sceptique de la presse), le tout catapulté dans un Paris magnifiquement et minutieusement chaotique (superbe travail du chef décorateur Riton Dupire-Clément et du costumier Pierre-Jean Larroque); Illusions Perdues, solidement incarné (d'un Benjamin Voisin parfait en anti-héros victime de son propre orgueil et de sa naïveté, à une Cécile de France exquise en passant par une Jeanne Balibar délicieusement méchante), ne pêche finalement que dans son manque d'émotions prégnantes, malgré une mélancolie palpable et une narration qui ne met pourtant jamais de côté ses personnages - aussi prévisible soit-elle.

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Flamboyant et inspiré dans son excessivité et son opulence,
à la fois vicieusement plein d'esprit et sauvagement honnête dans ses délibérations sur la " comédie humaine " chère à l'auteur, Giannoli démontre avec sa peinture romanesque que notre histoire n'est finalement qu'une tragédie sociale universelle qui n'a de cesse de se répéter.
Une sacré réussite qui fait honneur (pardon) à Honoré de Balzac.
Jonathan Chevrier
[CRITIQUE] : Illusions Perdues
 


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