Matrix (1999) des frères Wachowski

1994, alors encore nommé Larry et Andy les frères Wachowski (qui deviendront les soeurs Lana et Lilly durant les années 2003-2016) vendent le scénario du futur "Assassins" (1995) de Richard Donner aux studios Warner qui en profitent pour acquérir les droits pour leurs deux prochains films. Ainsi les deux frères vont connaître leur premier succès avec le thriller lesbien "Bound" (1996) tout en écrivant (soit très de 5 ans d'écriture) leur trilogie dystopique "Matrix" qui n'a de fait aucun rapport avec un certain John Matrix alias Arnold Schwarzenegger dans "Commando" (1986) de Richard L. Lester. Les deux réalisateurs-scénaristes précisent : "Nous avons commencé à écrire Matrix en partant de l'idée que toutes les choses que nous croyons réelles, que tous les objets qui nous entourent, sont en fait élaborés par un univers électronique : la Matrice" (...) Tout au long de leur histoire, les hommes ont cherché à approfondir le sens de la vie, à aller au-delà des apparences, ce qui les conduits à d'étonnantes révélations. dans ce film, nous avons voulu raconter l'aventure d'un petit groupe de rebelles qui passe de l'autre côté du miroir et prend conscience du pouvoir de la Matrice. Cette découverte amorce le récit au lieu d'en constituer le terme, comme il est de règle dans les contes initiatiques." Au départ les Wachowski avait demandé un budget de 80 millions de dollars, une somme alors importante (ridicule aujourd'hui pour un tel projet) mais la Warner en offrit que 10 millions. Les frères cinéastes ont alors prit un pari osé, à savoir qu'ils ont utilisé la somme pour tourner une seule séquence (la poursuite de Trinity) pour la montrer aux producteurs et tenter le tout pour le tout ; bien leur en a pris puisque, bluffé, les nababs de la Warner ont ensuite accepter de rajouter les 70 millions !... Thomas Anderson est programmateur informatique le jour mais la nuit il est connu comme hacker sous le pseudo de Neo. Mais il commence à avoir des rêves qui semblent être comme des messages subliminaux provenant d'un certain Morpheus qui le pousse à s'interroger sur ce qu'est la Matrice. Morpheus explique alors à Neo qu'il est l'Elu de la prophétie qui doit abattre la Matrice un monde virtuel dans lequel les humains n'ont pas conscience de la réalité, et qu'ils sont en fait une source d'énergie pour les machines grâce à à la chaleur et l'électricité que leurs corps dégagent. Neo va devoir prendre conscience de son pouvoir et redonner le libre arbitre aux humains mais encore faut-il que Morpheus ait raison : "La Matrice est universelle. Elle est omniprésente. Elle est avec nous ici, en ce moment même. Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre, ou lorsque tu allumes la télévision. Tu ressens sa présence, quand tu pars au travail, quand tu vas à l'église, ou quand tu paies tes factures. Elle est le monde, qu'on superpose à ton regard pour t'empêcher de voir la vérité." ...

Matrix (1999) des frères Wachowski

Thomas Anderson alias Neo est incarné par Keanu Reeves, star alors au sommet en ayant gravit les échelons hollywoodiens de "Les Liaisons Dangereuses" (1988) de Stephen Frears à "L'Associé du Diable" (1997) de Taylor Hackford en passant par "Point Break" (1991) de Kathryn Bigelow ou (1994) de Jan De Bont. Morpheus est joué par Laurence Fishburne vu entre autre dans "The King of New-York" (1990) de Abel Ferrara, (1993) de Brian Gibson et "Othello" (1995) de Oliver Parker. L'alter ego Trinity est jouée par une inconnue, Carrie-Ann Moss aperçue vaguement dans quelques films, et qui surtout a déjà jouée dans une série TV éponyme avec "Matrix" (1993) qui parlait déjà d'un monde parallèle mais sans lien avec cette nouvelle franchise. Suite au carton du film "Matrix" elle retrouvera dans "Memento" (2000) de Christopher Nolan son partenaire Joe Pantaliano qui interprète Cypher et qui retrouve aussi les Wachowski après "Bound". Citons l'Oracle incarnée par Gloria Foster, actrice ayant débutée dans "Histoire de Harlem" (1963) de Shirley Clarke mais surtout vue dans des séries TV dont "New-York Police Judiciaire" (1992-1996), puis enfin citons le redoutable adversaire Smith joué par Hugo Weaving remarqué jusque là surtout dans "Priscilla, Folle du Désert" (1994) de Stephan Elliott sans parler du succès "virtuel" pour "Babe, le Cochon devenu Berger" (1995) de Chris Noonan dans lequel il prête sa voix à Rex... Première chose, c'est que d'emblée on remarque que les noms des protagonistes ne sont pas anodins, symboliques forcément avec Neo anagramme de One qui renvoie à l'Elu et qui vit à l'appartement 101, Morpheus qui renvoie logiquement à la divinité de songes Morphée, Trinity qui fait référence à la trinité mère/femme/amazone et qui vit au 303, Cypher à Lucifer, jusqu'au plus basique Smith, agent de la Matrice qui est partout à la fois ce qui colle idéalement au patronyme le plus courant aux Etats-Unis. Par là même, les Wachowski confirment plusieurs influences plus ou moins évidentes, outre la mythologie grecque, citons des oeuvres philosophiques avec "Allégorie de la Caverne" du Livre VII de "La République" (vers - 400 av J.C.) de Platon, "Simulacres et Simulation" (1981) de Jean Baudrillard, des oeuvres majeures comme "Alice au Pays des Merveilles" (1865) de Lewis Carroll, sans compter les mangas "Akira" (1988) de Katsuhiro Otomo et "Ghost in the Shell" (1995) de Mamoru Oshii, sans compter l'univers des jeux vidéos dont le scénario reprend la construction binaire : fuir ou non, sauver un ami ou non, avaler la pilule bleue ou rouge... etc... Mais ce qui fait la force du film c'est la sublime harmonie qui réunit tous ces facteurs, mêlant dystopie, philosophie existentielle, intelligence artificielle, dans un univers unique et originale. Niveau décors on est par contre pas autant soufflé, une sensation de déjà vu pour ce genre de SF dont une partie est d'ailleurs repris du film "Dark City" (1998) de Alex Proyas, mais heureusement l'ajout des "pluies" d'algorithmes et autres chiffrages informatiques donnent une dimension à la fois résolument "néo-millénaire" et universelle sans compter le magnifique travail photo signée de Bill Pope qui a notamment travaillé sur les films (1990) et "Evil Dead 3" (1992) tous deux de Sam Raimi, ainsi que sur le "Bound" des Wachowski. L'autre élément loin d'être anodin repose sur les scènes d'action, mêlant gunfights dantesques et arts martiaux en tous genres. Des scènes d'action qui ont obligé les acteurs à suivre une formation de plusieurs mois auprès du maître Yuen Woo-Ping, réalisateur de plusieurs films mais surtout chorégraphe par exemple sur les films "Il était une fois en Chine" (1991) de Tsui Hark, "Fist of Legend" (1994) de Gordon Chan et juste après "Matrix" signera aussi les chorégraphies de "Tigre et Dragon" (2000) de Ang Lee.

Matrix (1999) des frères Wachowski

Mais outre les scènes d'action le film marque un tournant grâce à une séquence particulière, celle du Bullet Time bien que cette technique a connu une première fois assez rudimentaire dans le film "Zotz !" (1962) de William Castle avant d'être réellement mise au point par le frenchy Michel Gondry pour le clip "Like a Rolling Stone" (1995) et pour la pub Smirnoff (1997), tandis que les Wachowski ont été aussi devancé par les films "Perdus dans l'Espace" (1998) de Stephen Hopkins et "Blade" (1998) de Stephen Norrington. Il n'en demeure pas moins que les Wachowski signent le culte d'une scène devenue mythique car icônique où cette technique est portée à son paroxysme. On constate donc une déferlante de références assimilées et des effets spéciaux impressionnants et complètement cohérents avec le récit. Malheureusement, on constate également beaucoup de faux raccords ou d'erreurs maladroites. Par exemple et pêle-mêle : un morceau de viande au bout d'une fourchette qui ne semble plus le même, les chaussures de Neo qui change en l'espace d'une seconde, une fusillade où des policiers disparaissent comme par enchantement, des câbles de sécurité trop voyant notamment lorsque Neo soutient Morpheus, et le pire sans doute car cela touche à la crédibilité du récit, comment expliquer qu'un protagoniste puisse quitter la Matrice alors que le combiné du téléphone est raccroché ?! Néanmoins, les Wachowski offrent un film impressionnant techniquement mais encore plus dans la densité des thématiques explorées dans une histoire innovante et originale jusque dans la façon de combattre ou d'imaginer l'univers. Le film fait partie des rares oeuvres qui marquent un tournant dans le 7ème Art et de ce fait les maladresses ou les incohérences deviennent soudain des détails plus ou moins excusables, et surtout préfigure le nouveau millénaire. Le succès du film est aussi mérité que justifié engrangeant près de 460 millions de dollars au box-office Monde (dont 7,7 millions d'entrées France), ce qui est alors le plus gros succès historique de la Warner qui sera dépassé plus tard par la saga "Harry Potter". Le film obtient également 4 Oscars pour les Montages et effets visuels et sonores. On passera sur le fait que le changement de sexe des réalisateurs (2012 et 2016) semble avoir des répercussions inattendues, par exemple il semble qu'aujourd'hui elles assurent que déjà lors de "Matrix" la dimension transexuelle faisait partie intégrante du processus ( voir article pout Tout savoir ICI !), mais on notera que bientôt sort un "Matrix 4" qui est réalisé en solo par Lana Wachowski (ex Larry) et donc sans Lilly (ex-Andy) qui a lui déclaré à peu près l'inverse de sa soeur (?!). Mais malgré tout, le film est sans conteste au Panthéon de la SF avec un succès qui a amené à la série animée "The Animatrix" (2003) et confirmera la trilogie à venir sur laquelle Keanu Reeves alias Neo précisera : "Le premier film traite de la naissance, le second de la vie, et le troisième de la mort"...

Avis de Llowenn ICI

Matrix (1999) frères WachowskiMatrix (1999) frères WachowskiMatrix (1999) frères WachowskiMatrix (1999) frères Wachowski

Pour info bonus, Note de mon fils de 12 ans :

Matrix (1999) frères WachowskiMatrix (1999) frères Wachowski

wallpaper-1019588
Richard Chamberlain
wallpaper-1019588
[CRITIQUE] : Rimini
wallpaper-1019588
[CRITIQUE] : Les Engagés
wallpaper-1019588
[CRITIQUE] : Days