Respect (2021) de Liesl Tommy

C'est après le soartie du film "N.W.A.Straight Outta Compton" (2015) de F. Gary Gray que les producteurs ont commencé à penser à un biopic de la Queen of Soul Aretha Franklin (Tout savoir ICI !), à tel point que Scott Bernstein et Harvey Mason Jr ont téléphoné directement à la star pour la convaincre : "On a passé 3 heures au téléphone à parler de la façon dont on pourrait raconter son histoire. Ce n'était que le début d'un cheminement qui allait durer 4 ans. On s'appelait tous les deux mois, et elle jaugeait la direction que prenait le film." Dès le début il semble que les producteurs étaient décidé à ne pas résumer plus de 50 ans de carrière en un seul film, mais le choix a été de se focaliser sur les 20-30 premières années à l'instar de l'excellent "Ray" (2004) de Taylor Hackford sur Ray Charles le pendant masculin de Aretha. La star par ailleurs voulaient éviter le ton misérabiliste inhérent à trop de biopic de pop stars. Notons que parmi les producteurs la présence de Harvey Mason Jr auteur-compositeur et surtout producteur de musique lauréat de 6 Grammy Awards et ayant travailler avec des stars aussi diverses que Elton John, Mary J. Blige, Justin Timberlake, Britney Spears et évidemment Aretha Franklin. Ce qui paraît plus surprenant est le choix du réalisateur, Liesl Tommy, cinéaste sud-africain inconnu ayant surtout travaillé pour la télévision signant des épisodes de séries TV par exemple pour "The Walking Dead" (2019) ou "Jessica Jones" (2019). L'histoire est signée de Callie Khourie surtout connue pour son Oscar du meilleur scénario pour le film "Thelma et Louise" (1991) de Ridley Scott, écrit également par Tracey Scott Wilson scénariste de la série TV "The Americans" (2014-2018)...

Respect (2021) de Liesl Tommy

Aretha fille du pasteur Clarence LaVaughn Franklin proche de Martin Luther King, se fait remarquer grâce à une voix unique et devient choriste de gospel. Au fil des années, sa réputation traverse les régions et bientôt la jeune femme décide d'explorer la musique vers un style plus profane ce qui lui est permis grâce aux encouragements de son père. Bientôt, en pleine époque de lutte pour les droits civiques, Aretha Franklin s'impose comme la plus grande star afro-américaine de sa génération... La star est incarnée par une actrice-chanteuse choisit par Aretha Franklin elle-même, comme l'avait été Jamie Foxx par Ray Charles, c'est ainsi Jennifer Hudson qui est l'heureuse élue après avoir déjà été remarquée dans plusieurs comédies musicales de "Dreamgirls" (2007) de Bill Condon à "Cats" (2019) de Tom Hooper en passant par "Black Nativity" (2013) de Kasi Lemmons et le film d'animation "Tous en Scène" (2016) de Garth Jennings. Son père est joué par Forrest Withaker vu récemment dans "Jingle Jangle" (2020) de David E. Talbert qui retrouve Jennifer Hudson après "Black Nativity", lui qui avait incarné une autre icône de la musique afro-américaine dans (1988) de Clint Eastwood. L'épouse du pasteur et mère de Aretha est jouée par Audra McDonald vue dans (2011) de Oren Moverman et "La Belle et la Bête" (2017) de Bill Condon. Un des maris de la star est interprété par Marlon Wayans qui délaisse ses nanards parodiques de temps à autres comme pour le récent "On the Rocks" (2020) de Sofia Coppola. Deux producteurs de légendes sont interprétés par Marc Maron vu entre autre dans "Presque Célèbre" (2000) de Cameron Crowe et (2019) de Todd Phillips, puis Tate Donovan qui a croisé d'autres stars de la musique dans "Elvis and Nixon" (2015) de Liza Johnson et (2019) de Dexter Fletcher. Citons aussi une autre icône du jazz, Dinah Washington qui est incarné par la star hiphop Mary J. Blige vu au cinéma notamment dans "Rock Forever" (2012) de Adam Shankman et (2017) de Dee Rees... Outre le film "Ray", on pense aussi forcément au tout récent "Billie Holliday, une Affaire d'État" (2021) de Lee Daniels biopic sur la star éponyme. La partie enfance de la future star prend une importance non négligeable mais pourtant on constate d'emblée que le film risque fort d'être très consensuel et démago. En effet, le film montre un point de vue discutable, outre le fait que la maman meurt avant les 10 ans de Aretha et que cette dernière début le piano après le décès, le film passe bien rapidement sur les conditions des premières naissances de son fils aîné à 12 ans (puisque seule Aretha connaît la vérité et qu'elle en a jamais parlé), et pour une telle période de vie il est étonnant de voir ensuite une ellipse de plusieurs années occultant ainsi les conséquences et notamment la réaction d'un père pasteur ! De plus, alors qu'on est en 1959 il y a l'incohérence de voir deux enfants d'environ 8-9 ans alors que les deux premiers avaient maximum 2 et 4 ans. On constate donc surtout que le film veut "pimenter" la vie de la star en extrapolant sur des rumeurs et/ou des doutes plus ou moins probants, par exemple en ce qui concerne le père pasteur, le film insinue très fortement qu'il était lui-même violent avec ses compagnes alors qu'en fait il s'agissait vraisemblablement d'infidélités.

Respect (2021) de Liesl Tommy

Sinon le film insiste sur la période d'alcoolisme de la star, ok mais alors pourquoi insister sur un fait déjà très répandu chez les stars et situé dans le film dans les années 70 alors qu'elle a arrêté l'alcool dans les années 60 ?! Pourquoi parler de l'alcool et non pas de la cigarette ! En effet, la chanteuse fumait entre 2 et 5 paquets par jour (!) et qu'elle a stoppé le tabac seulement dans les années 90, néanmoins le film occulte complètement ce sujet c'est à peine si on la voit fumer ! Censure à l'américaine ?! Par là même, la réalisatrice avoue que le lien père-fille sert de fil conducteur au récit, alors pourquoi finir le film vers 1972-1973 omettant alors un événement pourtant essentiel dans le destin de Aretha et de sa famille, soit l'assassinat de son père en 1979 (même si coma durant 5 ans) ?! Il y a une quantité de détails qui ne vont pas, la liste pourrait être longue comme le fait que son premier mari a d'abord été le conjoint de Dinah Washington, que certains moments mythiques soient occultés comme le duo improvisé avec Ray Charles lors d'un concert en 1971, le film effleure au détour d'une phrase le fait que la star composait-écrivait, ochestrait et réorchestrait ses chansons... etc... Certains pourront arguer qu'il ne s'agit que de détails, mais en profusion et qui biaise obligatoirement la vision de l'artiste, mais le pire reste sans doute la performance de Jennifer Hudson qui est d'habitude un peu plus inspirée. ici elle surjoue constamment, et on notera surtout cette drôle d'idée de dandiner son arrière-train et de minauder à tout va, particulièrement incohérent et invraisemblable lors de la garden party de 1959 alors que son papa pasteur est présent et qu'elle et encore sous son emprise. Si on excepte ces passages "allumeuses" l'actrice-chanteuse assure une Aretha chanteuse et femme mais on ne peut que regretter un manque de flamboyance notamment sur scène alors que les années 1967-1973 sont celles de son apogée dans tous les sens du terme. La mise en scène, trop académique n'offre aucune ampleur à l'image de cette incroyable carrière. Par contre on peut apprécier un joli travail sur les relations intra-familiales même si les enfants sont quasi inexistants (à la fin du film ses deux aînés sont adultes), on apprécie aussi le lien avec le producteur Jerry Wexler et le fait qu'il ait été effectivement assez malin pour laisser la direction artistique, et forcément une B.O. énorme. En bonus on peut apprécier la chansons "Here I Am (Singing My Way Home)" morceau original écrite et composée exprès pour la B.O. du film comme un hommage à Aretha Franklin. En conclusion un biopic qui omet trop de passages importants, ou pire qui interprète des moments de vie sans base solide, qui fait des raccourcis hasardeux et qui ne permet finalement qu'un résumé express et peu concluant d'une des plus belles voix de l'Histoire ! Etant donné que Aretha Franklin est la chanteuse préférée de votre serviteur (B.O. forcément au diapason !) on excusera une note indulgente mais égale à la déception...

Note :

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