[Venise 2021] “Qui rido Io” de Mario Martone

qui rido io affpro[Compétition Officielle]

De quoi ça parle ?

Du procès pour plagiat intenté par l’auteur dramatique Gabriele d’Annunzio au comédien Eduardo Scarpetta, au début du XXème siècle. Le second, comédien napolitain populaire, vedette du théâtre comique hérité de la Commedia dell’arte et préfigurant les héros du burlesque hollywoodien, a eu l’outrecuidance de parodier “La Figlia di lorio”, la pièce très sérieuse et d’un académisme plombant du premier. Pour la peine, les amis de d’Annunzio ont semé la zizanie lors de la première de la pièce parodique, avant que l’auteur ne porte plainte au tribunal. L’enjeu, pour Scarpetta, est de pouvoir continuer sa carrière et faire vivre sa troupe, à laquelle participent ses nombreux enfants, légitimes ou non. Mais il est aussi de faire valoir le droit à la parodie, la liberté de pouvoir réinventer une oeuvre sous un angle humoristique, sans devoir rendre des comptes ou payer des fortunes en droits absurdes.
Au-delà de l’affrontement entre Scarpetta et d’Annunzio, le film entend aussi montrer l’opposition entre le théâtre comique, réservé aux classes populaires, et le théâtre classique, jugé plus noble et réservé aux élites.

Pourquoi on ne rigole pas, mais alors pas du tout ?

Parce que les films de Mario Martone sont toujours d’un académisme plombant – un peu dans le même genre que les pièces de d’Annuzio – et celui-ci n’échappe pas à la règle, hélas…

On ne peut pas dire que le film est mauvais. La reconstitution de l’époque est plutôt réussie, les décors et les costumes sont soignés. Les nombreuses références théâtrales rappellent que Mario Martone est un érudit et un homme du métier, qui connaît bien le théâtre et la littérature italienne. Ses dernières oeuvres en attestent. Elles étaient soit des biographies d’écrivains italiens célèbres (Leopardi), soit des adaptations de classiques du répertoire transalpin (Il sindaco di Rione Sanita), soit des variations politico-historiques sur l’art et la révolution (Capri-revolution). Ici, il rend hommage à un comédien napolitain très populaire en Italie à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, et dont le nom évoquera peut-être encore quelque chose aux spectateurs locaux. Il a assurément travaillé son sujet en cherchant un maximum de détails sur le comédien et sa vie privée, et en se replongeant dans la description du procès opposant d’Annunzio et Scarpetta pour écrire le scénario de ce nouveau long-métrage.

Sa démarche n’est pas vraiment attaquable non plus. Ni le sujet de fond de son oeuvre, qui s’interroge sur la notion de propriété intellectuelle, d’humour, de droit à la parodie. Sur le papier, cela aurait pu donner un très bon film. Mais à l’écran, quelle tristesse! Que sa mise en scène manque de style!
Il n’y a rien de stimulant dans ce film plan-plan, aucune idée de mise en scène originale, aucun souffle cinématographique. C’est juste du théâtre filmé et des petites tranches de vie sans grand intérêt, prétextes à un grand numéro de cabotinage de Toni Servillo. Certes l’acteur italien se montre très à l’aise dans la peau de Scarpetta, à qui il ressemble de façon frappante. Et il brille lors d’une ou deux scènes, dont la grande séquence du procès qui clôt le film. Mais sa performance, qui tombe fréquemment dans l’excès, la démesure, le surjeu, n’est pas suffisante pour nous éviter l’ennui.

L’ambition de tenir la distance avec seulement des extraits de pièces d’époque, des petites tranches de vie redondantes et peu passionnantes, et le procès en lui-même, seul enjeu réel du récit, traité en dix minutes, était un peu folle. Pour que cela fonctionne, il aurait fallu une mise en scène virtuose, qui vienne transcender le récit, nous emmener ailleurs. Mario Martone n’a pas ce talent-là. Ou ne nous y sommes pas réceptifs.

Prix potentiels ?

Pour nous, le film ne mérite pas de figurer au palmarès.
Toni Servillo pourrait éventuellement glaner le prix d’interprétation masculin, si son omniprésence à l’écran n’a pas fatigué le jury.

Contrepoints critiques

“Se c’è un enorme merito per il lavoro di Martone è il coraggio di aver portato il teatro al cinema, scelta mai banale e di certo non facile.”
(“S’il y a un crédit à attribuer au travail de Martone, c’est le courage d’avoir amené le théâtre au cinéma, un choix jamais banal et certainement pas facile.”)
(Lucia Tedesco – Lost in Cinema)

”Eduardo Scarpetta est un personnage de cabotin, interprété de façon non moins cabotine par Toni Servillo, embarrassant de surjeu mièvre à tel point qu’on lui filerait bien directement le razzie de la pire performance de l’année.”
(Nicolas Bardot – Le Polyester)

Crédits photos : copyright Mario Spada – photo officielle fournie par La Biennale Cinema


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