[Venise 2021] “La Caja” de Lorenzo Vigas

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De quoi ça parle?

D’un adolescent, Hatzin (Hatzín Navarrete), qui fait le voyage de Mexico jusqu’à une localité dans la région de Chihuahua, afin de récupérer une boîte (la “caja” en question), contenant les affaires de son père, Esteban. Le corps de ce-dernier vient d’être retrouvé dans une fosse commune géante, en compagnie d’une cinquantaine d’autres personnes disparues ayant eu le malheur de croiser la route des nombreux criminels opérant dans cette zone frontalière.
Le jeune homme n’est pas franchement ému par la nouvelle de ce décès, puisqu’il n’a pas eu de nouvelles de son géniteur depuis des années. Il a fait le déplacement pour s’occuper des formalités administratives et éviter le déplacement à sa grand-mère, avec qui il vit désormais.
Mais alors qu’il est sur le chemin du retour, il croise un homme, Mario (Hernán Mendoza), qui ressemble fortement à son père. Hatzin restitue la boîte aux autorités, expliquant qu’il y a eu une erreur sur la personne, et se met à suivre celui qu’il se persuade être son père.
L’homme a beau nier et essayer de se débarrasser de l’adolescent, rien n’y fait. Hatzin s’accroche. Alors, Mario décide de s’occuper du jeune homme. Il a justement besoin d’aide pour l’aider à accomplir son travail, qui est de recruter de la main d’oeuvre bon marché pour le compte des maquiladoras locales, souvent des migrants désespérés et prêts à travailler pour un salaire de misère et un repas chaud. L’adolescent, ravi d’être encadré par la figure paternelle qui lui a tant manqué, et fier de se voir confier des responsabilités, prouve être un homme de main zélé, en qui Mario peut avoir confiance. Il décide donc de l’accepter chez lui, auprès de sa femme enceinte. Mais au fil des jours, Hatzin découvre certains des aspects obscurs de la personnalité de Mario et se retrouve entraîné lui-même dans des activités plus louches.

¿ Por qué amamos ?

Lorenzo Vigas semble continuer à explorer sa thématique préférée, la relation père-fils, qui était au coeur de ses oeuvres précédentes. S’il a eu avec son propre père, le peintre vénézuelien Oswaldo Vigas, une relation très saine, puisqu’il lui a rendu hommage avec son documentaire El vendedor de orquídeas, on ne peut pas en dire autant des protagonistes de ses films. Dans Les éléphants n’oublient jamais, son premier court-métrage, il filmait des adolescents décidés à se venger de leur père, qui les avait maltraités et abandonnés, plusieurs années auparavant. Et dans Les Amants de Caracas (1), un dentiste homosexuel et un jeune voyou entretenaient une relation complexe s’apparentant à une relation père-fils teintée de désir et de haine, leur permettant de régler leurs comptes avec leurs propres expériences familiales. Ici, c’est encore cette relation complexe à la figure paternelle qui est au coeur du récit.

Mais cette fois-ci, le propos est sensiblement différent. Ici, la relation entre Hatzin et Mario, et le mystère qui l’entoure tout au long du film – le quinquagénaire est-il vraiment le père de l’adolescent ? – sert de MacGuffin (2) à un autre propos, plus politique.
Comme Sundown de Michel Franco, qui est d’ailleurs producteur du film, La Caja dresse le portrait d’un Mexique en proie à la misère et à la violence. Un pays où des malheureux travaillent pour des salaires de misère dans les usines frontalières, enrichissant les actionnaires américains, et finissent le plus souvent victimes des mêmes profiteurs, jetés dans des fosses communes. Un pays où les disparus sont légion, et où de nombreuses personnes ne peuvent pas faire leur deuil.
Cependant, les deux propos finissent par se rejoindre. Père biologique ou père de substitution, absence d’éducation ou apprentissage à la dure, le résultat est le même : le Mexique entretient une culture atavique de la violence. Les enfants suivent les traces de leurs aînés et n’arrivent pas vraiment à se sortir de ce cycle de la violence, en perdant très tôt leurs illusions.

Comme Sundown, La Caja est un film sec et austère. Lorenzo Vigas partage avec son confrère mexicain le goût d’un cinéma peu démonstratif, sans musique et avec une économie de dialogues, mais parsemé d’un ou deux éclairs de violence destinés à provoquer le choc chez le spectateur. Le style est au service du propos, même si on peut trouver la méthode assez peu originale. C’est toutefois du cinéma solide, qui fait toujours son petit effet en festival.

Prix potentiels ?

On ne voit pas Lorenzo Vigas remporter un second Lion d’Or cette année, malgré les qualités indéniables de son film. On pencherait plutôt sur un prix du scénario ou une récompense pour le jeune Hatzin Navarette.

Contrepoints critiques :

”La Caja di Lorenzo Vigas si fa notare soprattutto per il suo giovanissimo interprete, che a mio avviso dice molto con il suo sguardo impassibile. Peccato che il film non decolli mai”
(La Caja de Lorenzo Vigas se démarque avant tout par son très jeune interprète, qui, à mon avis, en dit long avec son regard impassible. Dommage que le film ne décolle jamais”
(
Andrea F.Berni – @andreafrancesco sur Twitter)

”Su frugalidad, tanto en lo visual como en el guion, convierte a La Caja en un thriller emocional de altos vuelos y en un poderoso tratado político y sociológico.”
(Sa frugalité,tant dans le visuel que dans le scénario, fait de La Caja un thriller émotionnel de haut vol et un puissant traité politique et sociologique.)
(Maria Guerra – LaScript)

(1) Desde allà, Lion d’Or à Venise en 2015
(2) Cher à Alfred hitchcock, le MacGuffin est un prétexte au développement d’un scénario. C’est un enjeu finalement sans importance autour duquel l’intrigue peut se construire.

Crédits photos : copyright The Match Factory – photo officielle fournie par la Biennale Cinema


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