[CRITIQUE] : Gagarine

[CRITIQUE] : GagarineRéalisateur/trice : Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
Avec : Alséni Bathily, Lyna Khoudri, Jamil McCraven, Finnegan Oldfield, ...
Distributeur : Haut et Court
Budget : -
Genre : Drame
Nationalité : Français
Durée : 1h38min
Synopsis :
Le film fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020.
Youri, 16 ans, a grandi à Gagarine, immense cité de briques rouges d’Ivry-sur-Seine, où il rêve de devenir cosmonaute. Quand il apprend qu’elle est menacée de démolition, Youri décide de rentrer en résistance. Avec la complicité de Diana, Houssam et des habitants, il se donne pour mission de sauver la cité, devenue son " vaisseau spatial ".
Critique :

Mélange d'images d’archive et de fiction,#Gagarine ou une oeuvre onirique qui nourrit sa mise en scène par l’imaginaire, offrant un regard différent sur une communauté souvent stigmatisée. Un pur moment de poésie visuelle porté par une jeunesse énergique et riche (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/hwr8XdXS9H

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) June 14, 2021

L’énorme cité Gagarine d’Ivry-sur-Seine a été détruite en 2019, sous les yeux de ses anciens habitants. Construite dans les années 60 et inaugurée par Youri Gagarine lui-même en juin 1963, elle tenait lieu de “ceinture rouge”, symbole de modernité. Devenue stigmatisante au fur et à mesure que les cités autour de Paris font l'objet de reportages médiatiques biaisés, Gagarine (comme de nombreuses constructions) doit être démolie au profit de vastes projets de rénovation urbaine. Fanny Liatard et Jérémy Trouilh commencent à filmer les habitants en 2014 grâce à un concours de scénario (HLM sur court), qui donne naissance au court-métrage documentaire, Gagarine. Le film qui nous intéresse, possédant le même nom, a été tourné juste avant la démolition, captant à jamais la cité dans un film de fiction teinté d’onirisme spatial de toute beauté.

[CRITIQUE] : Gagarine

Copyright Haut et Court


Label Cannes 2020, Gagarine réinvente le drame social et insuffle une poésie de l’image, une métaphore de l’espace pour y raconter la véritable cité et ses habitants. Oeuvre de fiction, le film se nourrit pourtant de la réalité et s’échappe complètement du tableau stéréotypé de la banlieue populaire. L'onirisme n’empêche pas la violence cependant, elle l’aborde par un autre biais, permettant un incroyable équilibre entre la réalité et la magie, entre effondrement et apesanteur. Bloc compact de trois cent soixante-dix appartements, les cinéastes sont pourtant arrivé.e.s à donner vie au regard de Youri, qui le considère comme un vaisseau spatial. Le jeune homme grandit dans cette cité et refuse de la voir partir en fumée. Il mène un combat sans fin contre l’insalubrité du lieu. Il change méticuleusement les ampoules, nettoie les zones communes et s’occupe de ses voisins comme il le peut. Véritable résistant, il garde espoir de pouvoir sauver son habitation. Mais la fin de Gagarine est inéluctable.

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La révélation Alséni Bathily incarne Youri, ce personnage principal qui garde les yeux visés vers le ciel. Passionné par tout ce qui a trait à l’espace, il essaye de communiquer cet amour à ses proches et à ses voisins. À la fois rêveur et mature, il sort à peine de l’adolescence mais doit vivre seul depuis le remariage de sa mère. Elle doit venir le chercher pour l’évacuation, mais ne viendra finalement jamais. Alors que les familles s’en vont et que la cité devient un chantier de démantèlement, Youri disparaît entre les murs pour construire sa propre station spatiale. Une existence solitaire, semblable aux cosmonautes. Son appartement devient un lieu de science-fiction et quand il y entre, la réalité n’existe plus. L’air est équilibré grâce à un fonctionnement construit manuellement, un couloir est transformé en serre pour faire pousser fruits et légumes. La vie pourrait être douce, bien que difficile si seulement la menace de démolition n’était pas aussi vivace. Il devient de plus en plus dur, pour Youri et donc pour la mise en scène de faire fi du chantier. Plus la date approche et plus Youri semble s’enfoncer dans son déni. L’équilibre visuel, qui jusque-là était stable, plonge vers une grande confusion : le corps de Youri peut flotter, se détacher de la vie terrestre, mais en même temps, il est terriblement ancré dans la cité et donc à la Terre. En choisissant la symbolique de l’espace, les cinéastes déconstruisent un regard souvent négatif sur les banlieues. Gagarine prend conscience de l'enjeu politique du rêve et lui donne corps grâce à une jeunesse énergique et riche.

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Mélange d'images d’archive et de fiction, Gagarine nourrit sa mise en scène par l’imaginaire. Oeuvre onirique, le film nous propose un regard différent sur une communauté souvent stigmatisée et offre un moment de poésie visuelle, propulsant ses deux réalisateur‧trices parmi les nouveaux talents français à suivre.
Laura Enjolvy
[CRITIQUE] : Gagarine

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