ADN (2021) de Maïwenn

5ème long métrage comme réalisatrice-scénariste pour Maïwenn après "Pardonnez-Moi" (2006), "Le Bal des Actrices" (2009), son chef d'oeuvre (2011) et (2015) après lequel elle a commencé à écrire son nouveau projet sur Madame Du Barry, maîtresse de Louis XV. Mais au vu du coût élevé de ce projet éventuel Pascal Caucheteux, producteur des films de Arnaud Desplechin, Ken Loach ou encore Jacques Audiard, la pousse à se lancer sur une autre histoire. C'est ainsi que la cinéaste reprend des notes personnelles qu'elle avait emmagasiner depuis des années : "Avant de tourner ce film j'étais très obsédée par des questions identitaires, d'où je venais, que représentais l'Algérie pour moi, au quotidien mais aussi dans mon âme intérieure, ces questions-là m'obsédaient jusqu'au point de m'empêcher de dormir, donc j'ai étudié mes origines, de façon boulimique, je n'étais jamais rassasiée. Puis je suis retournée en Algérie et là je me suis sentie Algérienne." Mais pourtant la cinéaste refus le terme "autobiographie" en précisant qu'elle trouve cela "réducteur et inadéquat". Elle précise finalement qu'il s'agit d'"un film CONTRE le racisme et POUR les immigrés, peu importe de quelle génération ou de quelle origine géographique. Cela n'a aucune importance. J'ai voulu faire un film qui nous pousse à nous demander : mais d'où je viens en fait ?" Après une première version, est arrivée la mort de Agnès Varda (2019) dont le fils Mathieu Demy est un ami proche ce qui a donné l'idée à Maïwenn de proposer à son ami de collaborer à son projet en enrichissant l'histoire de toute une réflexion sur le deuil. Mathieu Demy a réalisé son dernier film avec "Americano" (2011) et on ne l'avait pas vu au cinéma depuis qu'il a joué dans "Max et Lenny" (2015) de Fred Nicolas...

ADN (2021) de Maïwenn

Neige, divorcée et mère de trois enfants, rend très régulièrement visite à son grand-père algérien comme la plupart des membres de la famille qui sont soudés autour de ce patriarche qui souffre de Alzheimer et qui est désormais en maison de retraite. Mais quand ce grand-père meurt, les rancoeurs et les reproches du passé refont surface jusqu'à pousser Neige dans une profonde crise identitaire... Neige est logiquement incarnée par Maïwenn elle-même qui a joué dans tous ses films à l'exception notable de "Mon Roi" et qu'on a voir bientôt devant la caméra d'une autre réalisatrice "Soeurs" (2020) de Yamina Benguigui dont les sujets abordés sont très similaires. Ses parents sont interprétés par Fanny Ardant dont le dernier film est le magnifique "La Belle Epoque" (2019) de Nicolas Bedos, puis par Alain Françon, qui fait rarement acteur puisqu'il est surtout metteur en scène de théâtre depuis les années 60 obtenant entre autre un Molière pour "Qui a peur de Virginia Woolf ?" en 2016, et dont l'unique apparition au cinéma reste dans "Le Loup de la Côte Ouest" (2002) de Hugo Santiago. Parmi les autres membres de la famille citons Dylan Robert César du meilleur Espoir pour "Shéhérazade" (2018) de Jean-Bernard Marlin, et Marine Vacth remarquée chez François Ozon dans "Jeune et Jolie" (2013) et "L'Amant Double" (2017) et vue dernièrement en fée dans (2019) de Matteo Garrone... Voilà le film typiquement maladroit, emplit de bonnes intentions, plein d'humanité mais complètement boursouflé, trop pathos, collectionnant les clichés du mélo tout en tombant dans les écueils faciles balayant correctement le spectre de la crise identitaire. Le scénario est beaucoup trop écrit pour convaincre, cochant chaque case de cahier des charges que Maïwenn s'est sentie obligée de suivre.

ADN (2021) de Maïwenn

Ainsi, on a bien du mal à croire à cette réunion de famille plus ou moins non-organisée autour d'un livre familial plus ou moins bien assumé, le jeune si proche de son grand-père sonne faux, puis cette bagarre intra-familial sur les questions de l'enterrement est un calvaire pour les oreilles, puis arrive les pleurs logiques du deuil, puis les rancoeurs qu'on ne comprend que rarement jusqu'à cette recherche ADN dont on sait aujourd'hui qu'ils ne sont pas fiables et qu'ils restent très "résumés", à vision "très larges" qu'on nous vend dans ce film comme la réponse à une crise identitaire qui serait plus une crise de la quarantaine parasitée par un deuil. La dispute pour les obsèques est aussi horripilantes que peu compréhensibles, d'abord parce qu'il n'est question que de détails, parce que l'hystérie et les insultes à tout va ne peuvent être compris que si on a un minimum de connaissance sur les pourquoi du comment, à l'instar d'ailleurs d'une séquence très dure qui paraît terriblement gratuite entre une fille et sa mère, la première étant à la limite de la suffocation et du dégoût (?!) rien qu'à imaginer sa mère la toucher ?! Pourquoi ?! Comment ?! On nous laisse là avec ça... Le seul passage qui semble juste, qui aborde un vrai soucis est celui qui concerne directement le papy, où comment lui aurait aimé avoir ses obsèques. Un débat houleux mais non hystérique et abordant les nuances aussi logiques que complexes quant à la notion de religion et croyant ou non croyant, le rapport à la foi et comment chaque membre interprète les opinions et les sentiments d'un grand-père disparu. Le film manque de cohérence et de fil conducteur, où on a l'impression d'être avant tout dans un film choral où il est question de famille et d'héritage voir de transmission mais où au final seul compte le personnage de Neige. On passera sur la vision idyllique voir fantasmée de l'Algérie, les effets raccourcis faciles des images d'archives façon souvenirs fugaces. Il manque aussi sûrement un peu de légèreté (un court passage avec les enfants uniquement), car une famille c'est aussi des rires parfois, voir de la tendresse alors qu'ici le bon semble s'être volatilisé il y a longtemps (Alzheimer), bien avant même que la mort du grand-père. Maïwenn signe là son film qui n'est sans doute pas le moins ambitieux mais assurément le moins aboutit.

(2021) Maïwenn


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