[CRITIQUE] : Si je t’oublie... je t’aime

[CRITIQUE] : Si je t’oublie... je t’aime

Réalisateur : Chad Hartigan
Acteurs :  Jack O'Connell, Olivia Cooke, Soko,...
Distributeur : - (Sony Pictures Releasing France)
Budget : -
Genre : Drame, Science-fiction, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h40min.
Synopsis :
Dans un monde où une pandémie a éclaté. La maladie fait perdre la mémoire à ses victimes. Les jeunes mariés, Emma et Jude, doivent faire face à cette nouvelle réalité. Bientôt Jude contracte le mal. Le couple lutte pour conserver le souvenir de leur histoire d'amour.


Critique :

Totalement en phase avec notre quotidien sous pandémie, porté par un lyrisme poétique autant que par une tension constante bouillonnante, #SiJeToublieJeTaime peut se voir à la fois comme une réflexion pertinente sur la nature de la mémoire, et une odyssée authentique sur l'amour. pic.twitter.com/nNmnnWPqRu

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) May 10, 2021

Qui y'a t-il de plus tragique dans ce monde, que d'être en vie et en pleine santé, mais de perdre totalement le souvenir de qui nous sommes ? De ne plus pouvoir vivre dans le souvenir ou même la simple connaissance des autres ? De nos amis ? De notre famille ?
En prenant pour toile de fond une pandémie mondiale (attention, contrairement à un Songbird, la péloche ne joue pas la carte de l'opportunisme et a été emballée avant que le Covid-19 ne bouscule le monde entier), ou la majorité des hommes et de femmes de la planète - peut importe les âges, personne n'est à l'abri - se voient frappés par une maladie neuroinflammatoire (une maladie aiguë semblable à la maladie d'Alzheimer mais en plus imprévisible et agressive, qui peut attaquer instantanment et détruit très vite les souvenirs de la partie affligée), Little Fish de Chad Hartigan - basé sur une nouvelle d'Aja Gabel - s'attaque non seulement à une peur universelle, mais également à une paranoïa palpable (puisqu'elle convoque intimement ce que nous vivons au quotidien : une maladie qui frappe sans prévenir, et qui peut vite tout changer) et aussi et surtout à l'un des maux les plus douloureux de la société contemporaine - la démence.

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COURTESY OF IFC FILMS


Totalement en phase avec notre époque - trop peut-être, au point que sa vision est parfois difficile -, tout en replaçant audacieusement l'église au milieu du village (non, les personnes âgées ne sont pas les seuls à agoniser face à la démence et la perte de mémoire), le film montre comment une simple - mais terrible - maladie peut nous ôter une majeure partie de notre identité et de ce que nous sommes, que ce soit de manière abrupte (des pilotes/conducteurs de bus qui oublient comment piloter/conduire en plein travail, des marathoniens qui ne savent pas s'arrêter puisqu'il ne savent plus pourquoi ils courent, des musiciens qui ne savent plus jouer de leurs instruments au beau milieu d'un concert, des maîtres qui conduisent leurs animaux à l'euthanasie puisqu'ils ne se rappellent plus les avoir,...), ou plus cruellement au jour le jour.
C'est ce qui arrive malheureusement à la douce vétérinaire Emma Ryerson et au timide photographe Jude Williams, deux âmes passionnément amoureuses l'une de l'autre.
Ils savaient qu'ils étaient destinés à être ensemble presque dès le moment où ils se sont rencontrés, même si Emma était en couple à ce moment-là.
Fraîchement mariés et nageant littéralement dans le bonheur, leur destin bascule lorsque Jude commence à montrer les premiers signes de NIA.
Naturellement brisés, ils espèreront désespérément qu'un remède ou un potentiel traitement sera trouvé avant qu'il ne soit trop tard, et que Jude ne se souvienne plus jamais de l'amour de sa vie...

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COURTESY OF IFC FILMS


Poignante et tragique histoire d'amour condamnée par la vie (ou, fait assez rare, ce n'est pas un personnage féminin qui est frappée par la maladie), qui capte de manière douloureusement inflexible l'anxiété que provoque la vie en temps de pandémie, citant instinctivement - et sans doute involontairement - les monuments Children of Men d'Alfonso Cuarón et Memento de Christopher Nolan; Little Fish peut se voir autant comme une réflexion pertinente et patiente sur la nature de la mémoire, qu'une odyssée pure et sincère sur l'amour et les liens authentiques qu'il convoque (avec en suspension, la douloureuse question du «Est-ce que je te connais mieux que tu ne te connais toi-même?»).
D'un lyrisme incroyablement poétique (l'importance, coûte que coûte, des petites choses qui font la vie, notre personnalité, notre quotidien, notre couple voire tout simplement notre monde...) autant qu'il est d'une tension constante bouillonnante (d'autant plus que la perspective intime du script n'ignore pas complètement le monde extérieur, certains ne voyant d'ailleurs pas leur vie changée puisque non touchés par la maladie), Little Fish laisse une légère impression de familiarité tout en apparaissant pourtant résolument plus philosophique et sensible que toutes les oeuvres de récentes mémoires sur la démence ou même la maladie.

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COURTESY OF IFC FILMS


Sans doute parce qu'il ne se limite pas à un seul public (un peu comme les drames YA), ou qu'il ne cherche pas plus que de raison à manipuler/tirer les larmes - bien réelles - de son auditoire, en laissant simplement la beauté de son histoire et de ses personnages s'exprimer par eux-mêmes, tout comme ses formidables interprètes.
Que ce soit la grâce magnétique d'une Olivia Cooke absolument renversante (l'imposante palette d'émotions qu'elle retranscrit ne serait-ce que par la force de son regard, donne littéralement des frissons), ou la détresse contenue d'un Jack O'Connell déchirant en homme qui se sait condamné (encore une fois, il dégaine une performance d'une puissance rare et comme peu de comédiens comme lui, sont capable d'offrir); le couple, furieusement empathique, incarne la cerise sur le (beau) gâteau d'un drame qui aurait mérité bien, bien plus qu'une timide sortie en VOD, à quelques heures de la réouverture des salles obscures hexagonales...
Jonathan Chevrier
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