[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #144. Mad Max Beyond Thunderdome

[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #144. Mad Max Beyond Thunderdome

© - 1985. Warner Bros.

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 !

[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #144. Mad Max Beyond Thunderdome
#144. Mad Max : Au-delà du Dôme du Tonnerre de George Miller (1985)
Le 10 Juillet 1985, le célèbre critique américain Roger Ebert écrivait « Ce n’est pas censé se passer de cette façon. Les suites ne sont pas censées être meilleures que les films qui les ont inspirées. Le troisième film d’une série n’est pas censé créer un monde plus complexe, plus visionnaire et plus divertissant que les deux premiers. Les suites sont censées être des vides créatifs. Mais maintenant, voici Mad Max Beyond Thunderdome, non seulement le meilleur des trois films de Mad Max, mais l’un des meilleurs films de 1985 ».

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© - 1985. Warner Bros.


En ce milieu de décennie 1980 règnent les productions de George Lucas et Steven Spielberg au box-office mondial, œuvres populaires et spectaculaires réconciliant le grand public avec les salles, pour des films plus familiaux que ce que proposaient les artistes du Nouvel Hollywood entre 1967 et 1980 (Coppola, Scorsese et De Palma en tête). Le tournant que prend ce troisième opus de Mad Max en fait certainement un symptôme de cette époque, pour le meilleur et pour le pire. Quelques mois avant la sortie des Goonies et surtout quelques années avant Hook, (deux films qu'on lui lie injustement) le troisième film de la saga Mad Max réalisé par George Miller et George Ogilvie assume une identité dite « familiale » qu’on pourrait grossièrement rapprocher du cinéma de Spielberg ou de Zemeckis, s’éloignant des motifs désespérés et post-apocalyptiques des premiers et seconds opus. Une relecture plus campbellienne et « conventionnelle » du héros solitaire, alors que le premier film, d'une violence radicale pour l'époque, était interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie en France (même si la raison de cette censure paraît superficielle aujourd'hui).

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C’est dans un contexte étrange que débute le tournage de ce troisième film : George Miller vient de perdre son ami et producteur Byron Kennedy, décédé dans un accident d’hélicoptère pendant les repérages de ce film. On peut alors comprendre le retrait de Miller par rapport à son compère George Ogilvie. Ce dernier, originellement metteur en scène de théâtre et réalisateur de télévision, se serait attelé majoritairement aux scènes de dialogues, bien plus présentes que les scènes d’action dont  Miller se serait chargé. En outre, c’est un film au rythme beaucoup plus calme que les deux précédents, dont les enjeux se démontrent moins étouffants sur le long terme. L'écriture du personnage de Max, devenant au fur et à mesure du film un héros providentiel à la Luke Skywalker dans Le Retour du Jedi, dévoile une grande sensibilité du Road Warrior, plus exacerbée que dans les métrages qui l’ont précédé. L'interprétation de Mel Gibson est encore une fois subtile et touchante. Ce troisième opus a le mérite de creuser davantage les personnages, moins dans l’affrontement au cœur d’une action furieuse, mais plutôt dans des rapports de supériorité par le biais d'échanges dialogués, de coups de poings verbaux. George Miller délaisse quelque peu la corporalité de son cinéma pour une œuvre un tantinet plus cérébrale et réflexive, sans être inaccessible pour autant. Moins de bruits de moteur, plus de hurlements et de pleurs. De plus, et c’est aussi une réussite du film, le fait que l’antagoniste principale incarnée par Tina Turner ne soit pas aussi malfaisante que prévu en fait une antagoniste beaucoup plus ambigüe et insaisissable, dont le geste final provoque une sensation inédite pour un méchant de Mad Max : une véritable empathie et un pardon possible. Le film tend plusieurs fois à nous rappeler que plus le monde est vaste, plus il est difficile à cerner. C'est aussi remarquable de voir à quel point le film essaie de dégager une émotion pure. Comme cet instant où nous comprenons que le regard qui se cache derrière la brute épaisse que vient de vaincre Max dans le Thunderdome est celui d'un enfant dans le corps d'un adulte, annonçant par ailleurs le destin de notre héros dans le troisième tiers du métrage. 

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Malgré ces différences de ton, les obsessions de Miller sont  présentes et annoncent déjà le futur travail du réalisateur hors saga Mad Max: l'impossibilité du développement de l’enfance (Lorenzo’s Oil) ou la surexploitation de monde animalier (Babe 2, Happy Feet), des thèmes pertinents et exploités sans fioriture, toujours actuels. L'agrandissement conséquent de cet univers, notamment grâce à son budget bien plus important, rend les analogies avec notre société contemporaine encore plus évidentes. Le monde outrancier du spectacle d’une nouvelle génération représenté par le Thunderdome, dont les spectateurs sont avides de sensations fortes frôlant la mort, annonce d’une certaine manière l’attrait des téléspectateurs occidentaux pour les spectacles violents et absurdes ainsi que l’arrivée de la télé-réalité. La photographie crépusculaire et poussiéreuse se trouve dans la lignée du second opus, même quand le film s’aventure sur un terrain en apparence bien plus lumineux. Le film est toujours d’une excellente facture esthétique et rappelle les films les plus épiques que nous a offert le cinéma. L’introduction à la Lawrence d’Arabie, sans Interceptor en vue (le véhicule fétiche de Mad Max), magnifiée par la musique de Maurice Jarre (compositeur du film de David Lean avec Peter O’Toole), appuie cette volonté d’héritage cinématographique, pour devenir une œuvre davantage citationnelle que ce qu’avait produit Miller par le passé.  

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Tout film Mad Max peut être considéré comme indépendant en soi, narrativement ou esthétiquement. Quand bien même le film s’extirpe de la trilogie en développant cette intrigue digne d’un Indiana Jones, elle vient toutefois conclure un arc narratif important du personnage : le héros devient protecteur de la jeunesse (lorsqu'il vient en aide à ces enfants rescapés d'un Boeing), comme pour terminer son deuil et réparer la perte de son propre enfant qu’il n’a pas su empêcher, acte qui a plongé notre protagoniste dans la folie. C’est un film-somme pour la saga, à la fois âcre et doux, rassemblant les questionnements des précédents films tout en introduisant ce que deviendra Fury Road, dans ces affrontements de micro-sociétés abandonnées luttant face à une pseudo-civilisation instable. Il n’y a qu’à voir la séquence de course-poursuite finale  (après un rapide retour en arrière des personnages vers Bartertown) mettant en scène ces guerriers en culotte courte dans leur wagon-maison, une vision grisante, à la mise en scène inventive, rappelant la course folle du War Rig que conduit Furiosa et ses amies dans le quatrième opus.
Effectivement, ce troisième opus peut représenter une anomalie dans la saga du Road Warrior. Beaucoup moins minimaliste, édulcoré, parfois kitsch et nettement plus long, ce troisième Mad Max sauce rock'n'roll n’en reste pas moins une œuvre composée, étrange, débordante mais surtout hantée par une mélancolie qui rend le tout merveilleusement hésitant, humain avant tout. A la fin du film, Max laisse partir ses nouveaux amis dans un avion, partant vers l'inconnu. Difficile de ne pas voir ici la mise en image poignante d'un adieu de Miller envers son ami Byron Kennedy. Un film qui évite justement de mettre à mort gratuitement ses personnages : le monde doit devenir plus sensible, et c'est le chemin que prendra la carrière cinématographique de Miller jusqu'à Mad Max Fury Road (Miller n'aura plus le monopole de l'ultra-violence dans les 1990's, il faudra plutôt se tourner vers Tarantino).

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Ebert avait en quelque sorte raison : tout est ici plus complexe, visionnaire et divertissant. Le film ne possède certes pas la rage et la radicalité de ses précédents mais mérite qu'on s'y attarde pour l'éclosion d'une nouvelle identité, cette ouverture vers de nouveaux horizons, plus optimistes. L'intelligence de la saga Mad Max, et c'est aussi vrai pour cet opus que pour les autres, c'est cette sensation constante de nouveauté, l'idée que nous redécouvrons cet univers à chaque fois et que beaucoup de choses nous échappent. Tina Turner chantait "We don't need another hero" et les cinéphiles ont crié "We don't need an another Mad Max" après la réception mitigée de ce troisième film. Jusqu'où peut encore nous emmener George Miller, au lendemain d'un quatrième opus qui a tout changé, 20 ans après le Thunderdome ? Nous pouvons déjà parier qu'il nous surprendra à plus d'un titre, qu'il changera à nouveau la formule. What a lovely George. 
Florian
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